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Les années Gai Pied (1979-1992)
Culture & Presse / TV

Gai Pied n° 23 : Une campagne marginale pour ne pas mentir



Une interview de Coluche


Il y a un an et demi sur Europe 1, Coluche, non encore interdit d'antenne, annonçait la sortie du premier numéro du Gai Pied. Il nous confiait alors : « Je trouve que la vie qu'on fait aux homos est trop méchante pour que je me permette de faire rire les gens sur vous avec des blagues faciles ». Nous croyons à cette  sincérité-là.

Mais bien au-delà du personnage frondeur, l'annonce de sa candidature (qui lui donne 16% des intentions de vote) est d'une autre portée. En haut lieu on est passé du rire au claquement de dents, s'indignant que notre système politique soit bafoué de la sorte. Mais qui aujourd'hui bafoue dangereusement la démocratie ?

Coluche, rencontré chez lui le 6 décembre nous confirmait sa joie devant la récente création  du Comité des Gai(e)s pour Coluche (CGC) : « Qu'ils n'envoient pas d'argent, mais qu'ils prennent  contact, fassent des affiches, rejoignent les comités déjà existants ».

La candidature Coluche soulève des débats passionnés. Vous trouverez ci-après une interview du plus gros des petits candidats, celui qui donne la tremblote à la partie carrée de la bande des quatre.

Jean  Le Bitoux


Coluche, pourquoi es-tu candidat à la présidence de la république ?

 

Au départ j'avais envie de faire une connerie. Je ne perdais rien de toutes façons : je fais mes adieux au music-hall, je vends beaucoup de disques, je bourre ma salle. Je n'avais donc pas besoin de publicité, mais j'avais envie de partir en faisant un coup d'éclat. Et puis je me suis aperçu que ce n'était pas moi qui récupérais la campagne pour me faire de la publicité, mais que c'était politique qui me récupérait. Et toutes les minorités ont commencé à me suivre. C'est que ma candidature s'avère pratique pour un tas de gens. Et qu'on peut montrer à l'occasion de ces élections qu'on n'existe pas politiquement mais qu'on existe quand même. Il faut qu'on ait des voix en pagaille pour montrer combien il y a de marginaux en France et combien la minorité est immense. Vous les homosexuels, vous êtes une minorité, mais vous n'êtes pas les seuls. Il y a les femmes d'abord, et ce n'est pas la même minorité, mais c'est le même problème. Il faut que les gens en ce moment, ils aillent s'inscrire, c'est l'occasion ou jamais.


Tu n'as jamais voté ?


Non  jamais. Enfin si, une fois pour inaugurer ma carte d'électeur. J'ai voté pour Mitterrand. Et j'ai voté pour rien puisqu'il n'a pas été élu : on n'a pas envie de perdre, quand on vote. On a envie de gagner, d'être du côté du mec qui va gagner.


Mais ta candidature n'est pas prise au sérieux par les hommes politiques.


Tu sais ils cachent leur trouille, avec les scores que je fais déjà. Et puis je ne cherche pas des conneries à dire, j'attends que les hommes politiques en disent, et puis je les relève.


Quel est ton plan de campagne ?


Je vais établir un cahier de charges avec les minorités qui soutiennent ma candidature. On prendra les principales revendications et on en fera une liste. Au deuxième tour je n'appellerai à voter pour personne mais, en fonction du score qu'on aura fait au premier tour, je dirai : « si quelqu'un veut prendre en charge ces revendications, aujourd'hui, publiquement, à la télévision, il risque de récupérer mes voix ». C'est celui qui en prendra le plus à son compte qui risque d'être élu.


Donc  tu ne te désisteras pas.


Non, pas question. Mais le problème des minorités, c'est qu'elles doivent s'associer. Leur problème c'est que, si tu ne veux pas voter à droite tu dois voter à gauche et vice-versa, et ça ne prouve pas que tu sois d'accord avec celui pour qui tu votes. Ma candidature est là pour ça. Maintenant en ce qui concerne les homosexuels, je propose que ceux qui veulent voter pour moi expriment leurs revendications dans un cahier de charges qu'il faudra ensuite me remettre. La place que vous allez prendre vous dans ma campagne, ce n'est pas moi qui la donne. Il faut que les homosexuels viennent voter pour moi parce que, à moi, ça ne me sert à rien, mais à vous ça sert à quelque chose. La place qu'on va donner aux homosexuels va dépendre de la place qu'ils vont prendre. C'est déjà bien que les journaux homosexuels aient diffusé le bulletin qui est dans Charlie Hebdo. Il était fait pour ça.


Et les comités Coluche ?


Il y en a des centaines maintenant en France. Charlie Hebdo en donne la liste toutes les semaines. Les homosexuels doivent faire des comités et rejoindre aussi les comités actuels. Ils y seront les bienvenus. Et je ne veux pas d'argent, les gens m'en ont assez donné, je finance tout. Mais si je suis le candidat des minorités, il faut qu'elles soient présentes et m'investissent sérieusement comme candidat. De toutes manières je ne suis rien dans l'histoire, je ne suis rien si vous n'êtes pas là. Par contre celui qui connaît le problème homo autour de moi et qui veut s'en occuper est trouvé.


Tu vas axer ta campagne sur les libertés ?


Les libertés en général, moi je vais pas en faire une histoire. Moi ce que je veux c'est des faits. On est gouvernés par la droite depuis qu'on est nés et moi personnellement je ne demande pas à être gouverné par la gauche. J'en ai rien à foutre. Ce que je veux par exemple, c'est qu'on améliore concrètement notre vie quotidienne. Depuis le temps aussi qu'on entend dire que le métro reviendrait moins cher s'il était gratuit, pourquoi on ne le fait pas ? Pourquoi est-ce que les policiers ont des revolvers alors que c'est pas utile ? Le plus dangereux dans la vie c'est quand même le mec qui a un revolver, et il se trouve que ce sont eux qui font le plus de morts. Et plus un pays est évolué et plus justement il a besoin de libertés individuelles. Les homosexuels ont besoin de libertés particulières que ne réclament pas les autres. Et les homosexuels ne peuvent pas être pris en compte par un parti. Comme Mitterrand a dit à un journaliste la dernière fois qu'il s'est présenté : « Si aujourd'hui je me déclare en faveur des homosexuels, sur les trois millions que ça représente, il va peut-être y en avoir six cent mille qui vont voter pour moi, mais je vais perdre un million et demi de voix d'un autre côté ». C'est dingue d'en arriver là ! Les politiciens sont limités par les mensonges qu'ils ont à dire. Et la gauche ne dément pas les mensonges de la droite au cas où elle accèderait au pouvoir. C'est ça le grand intérêt d'une campagne marginale et populaire : on est pas obligé de mentir parce qu'on ne veut pas être élu. La gauche ne dispense que l'espoir qu'ils sont incapables de tenir, et la droite ne dispense que des promesses qu'ils sont aussi incapables de tenir. Donc que tu votes à droite ou à gauche, il n'y a pas de raisons pour ne pas recommencer.


C'est plutôt pessimiste.


C'est pessimiste ! La politique c'est pas un truc gai. Ce qu'on craint le plus en France, c'est que si la bande des quatre devient centenaire, nous on les aura toute notre vie, et ça c'est pas gai du tout !

Propos recueillis par Joël Hérode


En ligne le 8 février 2017

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