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Les années Gai Pied (1979-1992)
Culture & Presse / TV

Gai Pied n° 22 - Janv. 81 - Art. 1



•L'éventail et les Triangles Roses

•Les pédés en prennent un coup dans L'Aisne

•Gault et Millau se trompent de Guide


Il est beaucoup question d'homosexualité dans la Presse ce mois­-ci à propos du Goncourt décerné à Yves Navarre. Il est même beaucoup plus question d'homosexualité que de littérature. Rarement lauréat de ce prix aura été si durement fustigé par l’ensemble des journalistes, et la mise en question de la valeur littéraire de l'ouvrage d'Yves Navarre tourne souvent à l'attaque de sa vie privée. Du côté du Figaro-Aurore, Gérard Guillot expédie Navarre et les jurés du Goncourt par le « Ouf ! enfin débarrassés de Navarre ! », qu'il leur prête. Mais les véritables surprises ne nous attendent pas aux endroits prévus : L’Express publie une critique du livre très peu tendre, voire franchement mauvaise, et ce méchant libellé est signé Dominique Fernandez ! Comme quoi un ancien « Médicis » et une nouveau « Goncourt » ne s’entendent pas forçément… Le Parisien Libéré, mais oui, publie sous la plume de J.-M. Royer un article très élogieux, chaleureux, et même courageux, si l’on tient compte du niveau de réflexion habituellement prêté aux lecteurs du Parisien !

 

France Soir enfin, fait appel à Jacques Chazot pour parler du « jardin d’acclimatation », celui-ci déclare à Philippe Bouvard : « l’homosexualité peut s’afficher quand elle est cocasse… pas quand elle se prend au sérieux. La meilleure œuvre sur ce thème est La Cage aux Folles ». Est-il nécessaire de commenter ?

 

Le chapitre « Faits divers » est, comme souvent, très important. Il représente à lui tout seul environ quarante pour cent des coupures ! Souvent aussi il est hautement indigeste, car c'est dans ce domaine que les homophobes de service se régalent : à les lire on ne peut plus douter que si la sécurité est tant menacée dans notre beau pays, c'est à cause des pédés. Pas de faits divers, quel qui soit, où, de près ou de loin, l'homosexualité ne soit la cause profonde du mal causé. Si l'on tue, si l'on viole, que ce soit des petites filles ou des vieilles dames c’est toujours parce que « l’assassin était un homosexuel refoulé ». Parmi les sujets retenus, l’affaire des deux jeunes siciliens qui se sont suicidés par procuration, se faisant tuer par un jeune garçon, auquel ils auraient donné des instructions dans ce sens.

 

Si la majorité des « papiers » sur ce sujet titrent « Suicide par procuration »,La Montagne de Clermont Ferrand n’hésite pas à annoncer : « Deux homosexuels persuadent un enfant de les suicider » », l’article qui suit n’est pas signé (c’est d’ailleurs une constante, dans les rubriques faits divers, on ne signe pas…). La Montagne, vous savez, c’est ce quotidien fabriqué à 600 mètres de la Mairie de Chamalières, par les hommes du Président. Le Soir de Bruxelles, parle de cette affaire et Vanja Luksic termine son article par cette réflexion : « la reconstitution de cette horrible affaire est révélatrice d’un mezzogiorno ancré dans ses traditions et ses intolérances, qui se passent de tout commentaire. » C’est une conclusion que je fais provisoirement mienne.

 

Les sous-entendus graveleux que je devine sans peine dans la rédaction de ce genre de papier, font plus d'une fois bondir au plafond ! Pour les faits divers concernant les homosexuels, tels qu'agressions, affaires de « mœurs », etc, on note parfois un léger mieux dans leur compte-rendu : Libération parle de cinq loulous condamnés à 6 et 5 mois de prison ferme pour agression aux Tuileries. Ils déclarent à l'audience : « Lorsque je vois un pédé je lui casse la gueule ! ». La Dépêche du Midi relate l'arrestation ; suite à une plainte, de deux loubards casseurs de pédés au cours Dillon à Toulouse : « les homosexuels sont fréquemment visés par les mauvais garçons... pour une fois cette sorte d'agressions , particulièrement lâche, n'aura guère profité à ses auteurs ». L'Alsace raconte sous le titre « un homosexuel sauvagement agressé dans une vespasienne » l'horrible aventure d'un septuagénaire qui a manqué perdre la vie dans une tasse de Bâle… Pas de frontière à l’homophobie.


Mais il faudrait pas croire que seuls les pigistes spécialisés nous en veulent, loin de là ! Ainsi par exemple, les célèbres duettistes (à moins qu’il ne s’agisse d’un ménage ?), Gault et Millau s’indignent dans le dernier numéro du Nouveau Guide : le portier de « L’Underground », boîte cuir de New York, n’a-t-il pas osé leur refuser l’entrée du club, sous prétexte qu’ils étaient vêtus de flanelle ! Et nos aimables compères d’insister : le « Paradise Garage » ne les recevra pas non plus car ils ne sont, les pauvres, ni noirs ni homosexuels ! Pleurons donc sur le sort de ces deux infortunées victimes du si connu racisme hétérophobe ! Pleurons, et aussi interrogeons-nous : qu’allaient donc faire dans de telles galères ces deux infortunés ? Pourquoi par ailleurs les adresses des dits-clubs sont-elles mentionnées de manière si précise ? Y aurait-il parmi les lecteurs du Nouveau Guide des messieurs désireux, au cours d’une escapade new-yorkaise, de forcer l’entrée de tels lieux ? Si oui, dans quels buts ? On se perd en conjectures ! Je citais plus haut Le Soir de Bruxelles, voici L’Eventail de la même bonne ville, dans un article non signé (encore !), on se gausse des homosexuels qui ont défilés à Paris le 23 octobre : « franchement on ne voit pas très bien en quoi ou comment l'homosexualité est persécutée en France... Il faut lui rappeler l'homosexualité n'est pas une cause qui appelant à la mobilisation ». Le reste est encore pire, et je ne puis par manque de place en citer davantage. Petite question à X, rédacteur à l'Eventail de Bruxelles, avez-vous jamais entendu parler du Triangle Rose et de la déportation des homosexuels lors de la dernière guerre ?

 

Poursuivant le tableau d'honneur des « franchisseurs du mur du con » comme dit Le Canard, un certain V. dans La Liberté des Côtes du Nord s'en prend à ceux qui dénoncent l’enterrement de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 (à propos de la reconduction de l’article 331 lors du vote du Sénat) : « Si l’on ne peut plus s’amuser avec des jeunes garçons, alors vraiment nous retombons au Moyen Âge, et les mânes des Grands ancêtres sont bafouées… Il va falloir que je relise sérieusement les droit de l’« Homo » et du « citoyen ». La plaisanterie on vous la laisse Monsieur V., vous qui, aussi, n’osez pas signer vos papiers, quant à la relecture de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen version 1789, nous ne saurions que trop vous la recommander. Dans L’Aisne Nouvelle c’est un lecteur qui intervient : « La France n’existe plus » déclare t-il, et parmi les exemples qui lui paraissent typiques de la déliquescence de ce pays il cite, pêle-mêle, les revendications des routiers, des objecteurs de conscience, des homosexuels. Et d’ajouter, l’infâme : « c’est peut-être cette ébullition qui redonne de la voix aux apprentis nazis ». Question au lecteur de L’Aisne Libérée. Vous êtes un apprenti ou quoi, vous ?

 

Toujours plus fort : Voici le Docteur Chauchard, sexologue réputé (?) qui signe dans La Croix un papier titré « L'Homme NormaL « Il n'y a pas d'homme normal, au sens usuel, mais des hommes qui ont appris à se normaliser en adoptant les bons comportements voulus, et des hommes qui, inéduqués à la vraie vie, se dénormalisent (!!!) même s'ils se croient normaux, et dans la mesure même où ils se croient normaux de cette fausse normalité sans problèmes qui est le grand handicap des normaux inéduqués du monde moderne ». Ouf ! Question : Docteur Chauchard, êtes-vous normal ? Conseil : si d'aucuns, parmi les lecteurs de cette rubrique, avait besoin des avis d'un sexologue, il sait déjà chez qui ne pas aller !


Thierry Roth-Platen


En ligne le 6 janvier 2017
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