Gayvox.fr
Les années Gai Pied (1979-1992)
Culture & Presse / TV

Gai Pied n° 23 : Médecin, patient, quel face à face ?



En juin dernier Le Quotidien du Médecin et le bulletin du Syndicat de la Médecine Générale publiaient un questionnaire simple, destiné à mieux connaître les réactions des médecins face aux malades homosexuels. Rédigé par un groupe de travail d'une vingtaine de médecins gais, généralistes et spécialistes, ce questionnaire a recueilli 120 réponses dont 80 pour Le Quotidien du Médecin qui s'est fait l'écho de ce succès le 18 décembre dernier.

Des éléments pour regarder le présent et penser l'avenir. Un groupe de médecins-gais qui s'organise ; une empreinte qui ne demande qu'à se développer pour informer ses confrères. Une relation d'aide. Une affaire à suivre.

Après l'interview du secrétaire du syndicat des médecins gays de San Francisco parue dans Gai-Pied n° 21 nous vous proposons les résultats commentés de ce questionnaire : la preuve qu'une partie du corps médical bouge.

 

Le 18 juin 80 - quelle date ! - paraît, pour la première fois dans les annales de la presse médicale française, un questionnaire (une quinzaine d'interrogations) concernant « le médecin face au patient homosexuel ». Une grande première dans les colonnes du Quotidien du médecin diffusé exclusivement par abonnement et qui tire à plus de 45 000 exemplaires.


Malgré les conditions désavantageuses de cette publication, un seul passage dans la rubrique « informations générales » - 80 médecins répondent dont 71 réponses sont exploitables.


Effectuée par lettres individuelles auprès de 2 000 médecins berlinois, une enquête similaire réalisée sous l'égide d'un collectif de médecins pédés (1) n'a recueilli que... 20 réponses.


Un événement donc, mais dans quel sens ?


Mouvement de sympathie pour le problème homosexuel ? Intérêt réel pour la condition homosexuelle ou simple phénomène de mode pour un thème décidément mobilisateur ?


Médecin, patient : quel face à face ?

Le corps médical bouge


DES CHIFFRES


L'échantillon se présente de la manière suivante :

- pratiquement égale répartition Paris (48 %) - province (52 %)

- âge moyen : 40 ans avec prédominance des jeunes médecins (62 % ont moins de 40 ans)

- 10 % de femmes ont répondu

- 62 % de généralistes et pour les 38 % des spécialistes, essentiellement psychiatres (23 %), pédiatres (15 %), gynécologues et rhumatologues (11 %) et dermatologues (7 %).

Fait capital : ce questionnaire facultatif était anonyme. Or, près de la moitié des réponses ont pu être identifiées 42 % des praticiens sont sortis de l'anonymat et certains ont écrit qu'ils étaient homosexuels. Plus qu'un sondage, l'occasion de SE DIRE. Dire quoi ?


- Avez-vous soigné des patients homosexuels ? OUI : 90 %. Ne sais pas : 9 %.

- Quels sont les motifs de consultation les plus fréquents ? 50 % de problèmes psychologiques, 44 % de maladies sexuellement transmissibles et 49 % pour des conflits : impuissance, épilation, délit d'outrage public à la pudeur.

A noter : 60 % des médecins qui ont répondu ont eu connaissance de l'homosexualité du patient grâce à la relation de confiance réciproque.


- Considérez-vous par définition que l'homosexualité est un état pathologique ? OUI : 2 réponses. NON : tous les autres.

Que faire devant un malade anxieux ou déprimé du fait de son homosexualité ? L'immense majorité (toutes les réponses sauf une) parle avec le malade et cherche à le déculpabiliser ; un seul fait appel aux médicaments.

Quant aux mineurs, 60 % invoquent le secret professionnel par rapport aux parents. Et lorsque ce sont les parents qui consultent pour leur enfant, 10,5 % précisent que... cela ne concerne pas les parents, qu'il faut dédramatiser, les informer (68,5 %) et que leur action tendrait à ce qu'ils acceptent leur enfant tel quel.

Si l'ensemble des réponses recueillies à partir de la publication dans Le Quotidien du médecin est connoté d'une sympathie réelle pour l'homosexualité, voire renfermant un nombre appréciable de réponses émanant de médecins gays, il n'en va pas de même pour le sondage effectué parallèlement, à partir du même questionnaire, par le syndicat de la médecine générale - le S.M.G. - seul syndicat médical à avoir soutenu le Dr Buisson sanctionné par l'Ordre des Médecins pour « tendances profondes incompatibles avec l'éthique médicale » (entendez homosexualité) qui donne toute sa valeur à ce galop d'essai dans la mesure où, aux dires de ses intéressés, le SMG comprend dans ses rangs très peu de toubibs gays.

37 réponses : chiffre crédible et représentatif  selon ses responsables.

Pour ces praticiens l'homosexualité N'EST PAS UN ÉTAT PATHOLOGIQUE. Tous veulent avoir un rôle DÉCULPABILISANT vis-à-vis des patients angoissés, la relation médecin­malade étant alors primordiale avec la possibilité d'un recours éventuel au psychiâtre ou au psychanalyste. Personne n'a mentionné orienter l'homosexuel qui souffre vers un endocrinologue ; l'évolution est de taille car il n'y a pas si longtemps des pédés se sont vus infliger des traitements hormonaux pour réparer leur masculinité contrariée. Souhaitons que cela continue.

Dans le cas où des parents viendraient consulter pour leur fils homosexuel, la majorité des réponses parvenues au SMG insiste sur le rôle de dédramatisation. Mais certains ont précisé qu'il s'agissait d'une situation délicate à laquelle ils n'avaient jamais été confrontés et... n'aimeraient pas être confrontés. On peut être médecin et avoir envie d'être à l'abri  !

Enfin, 68 % désirent une information complémentaire, et ce, par voie de presse médicale... et 100 % estiment que l'on peut être homosexuel et bon médecin. « Il faut être bien courageux pour le dire, surtout en province », souligne un médecin qui cite le cas d'un confrère mis à l'index par une grande partie de la population locale et qui a dû quitter la ville où il exerçait.


MÉDECIN ET HOMOSEXUEL


Médecin homosexuel : est-ce « possible » ?

Est-il possible d'effectuer son come out quand le statut social est si prégnant ? Peut-on être médecin ET homosexuel ? NON : 2 réponses, OUI : toutes les autres. Mais pratiquement plus d'un médecin sur deux (47 %) affirme ne pas connaître de confrère homosexuel. Cette ignorance se retrouve dans l'absence et le besoin d'information sur le fait homosexuel : les DEUX TIERS souhaitant une INFORMATION COMPLÉMENTAIRE (chiffre identique pour le SMG) sur le sujet, et un médecin sur trois connaît un groupe de soutien pour homosexuels, Arcadie étant le plus cité. En ce sens, et pour votre gouverne personnelle, il existe, depuis environ un an, un groupe de travail de médecins gais qui se réunit chaque deuxième jeudi du mois, à 20h30, au 42 rue de la Folie Méricourt, paris 11e. Si vous connaissez un toubib gai, à vous de véhiculer cette information. On n'est jamais assez nombreux pour faire évoluer les choses. Prochaine étape de ce groupe : une permanence téléphonique chaque samedi après-midi. Un médecin gai vous écoute, essaie de vous piloter. Une relation d'aide. Pour très bientôt. On vous tiendra au courant...

Quel enseignement tirer de tout cela ?

Tout d'abord que l'homosexualité ne laisse personne indifférent et qu'elle est source de questionnement, y compris pour les médecins. Savoir qu'une centaine de toubibs français disent que l'homosexualité n'est pas quelque chose de pathologique fait chaud quelque part.

Ensuite que le corps médical, si conservateur et traditionnel dans ses réactions, n'est pas figé, la demande d'informations complémentaires est significative. Quelles informations ? Des listes de lieux utilisables par tout médecin face à un pédé isolé (GLH, CUARH, Arcadie, SOS Homo, David et Jonathan...) ? Des précisions sur le vécu homosexuel tant en ville qu'à la campagne, tant à Paris qu'en province ? Autant de voies à défricher.


Enfin que le médecin libéral n'est pas une denrée rare et si votre généraliste patauge, vous paraît gêné ou bloqué, eh bien... changez-en ! Preuve est maintenant donnée qu'il y a des praticiens ouverts, homos ou hétéros. Hétéros ou homos, en effet, avec cette restrictive qu'il faut soulever, quitte à passer pour un empêcheur de tourner en rond : le toubib homo est-il plus libéral qu'un autre ? Est-il plus apte à entendre l'Autre parce que son désir le situe dans le même champ ? Pas évident : un peu comme si la nature homosexuelle d'un individu était une garantie d'ouverture d'esprit ! Un débat qui n'est pas prêt d'être clos.

Gai Toubib


Les commentaires des. médecins


Parmi les médecins qui considèrent l'homosexualité comme un état pathologique, un seul cherche à dissuader le patient de son orientation sexuelle, un psychiâtre considère qu'il s'agit « d'un symptôme modifiable », mais aucun de ces médecins ne trouve incompatible la pratique de la médecine pour un homosexuel. Un médecin­généraliste de 30 ans y met toutefois une condition et propose :

« une homosexualité constructive et non perverse » et se déclare prêt à accepter des médecins homosexuels « mais dignes et non des folles » (!). Pour justifier sa position par rapport à l'homosexualité, un généraliste-homéopathe­ acupuncteur-phytothérapeute (il soigne par les plantes) de 58 ans déclare que pour lui « tout ça c'est biologique et que de toute façon l'Homme est profondément anormal puisqu'il est le seul de la Création à pouvoir être alcoolique, fumeur, célibataire ou homosexuel... » Pour illustrer sa thèse il reproduira à l'inverse, en utilisant avec les chats et les chiens, la démonstration de Gide dans Corydon avec la preuve par les canards. Ah, scientisme brumeux quand tu nous tiens !

Ces quelques commentaires pour le moins discutables ne sauraient faire oublier la majorité positive des réactions que l'on peut résumer par celle d'un généraliste de 32 ans : « Bravo ! d'aborder ce thème qui me permet une introspection par le biais de mon exercice professionnel. »


En ligne le 8 février 2017

Gai Pied : Infos gay lesbienne LGBT, news gay lesbienne LGBT, actualité gay lesbienne, LGBT
Informations
Pour utiliser nos services, tu dois être membre de Gayvox et identifié.
Je suis déjà membre Mot de passe oublié ?
Pas encore membre
Je souhaite m'inscrire maintenant :

Rencontres express

Je cherche
Qui cherche
Résidant en

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies. En savoir plus OK