Couper les amarres, toucher le fond du compte en banque, puis retrouver le rivage de l’entreprise : derrière ce va-et-vient professionnel se cache bien plus qu’une simple envie d’aventure. Ici, la route croise la raison, et c’est tout sauf un simple tour de van !
Le saut : du CDI à la route, une parenthèse pas toujours enchantée
En 2015, après sept années dans l’aéronautique et la défense, cet homme aurait pu continuer tranquillement à faire tourner ses projets techniques. Mais voilà, la routine s’installait, la progression semblait bloquée, et la curiosité était en embuscade. Les congés scolaires ? Parfaits pour prendre la poudre d’escampette en van et s’octroyer des parenthèses plus légères. Chaque fois, la route lui proposait un tempo différent, direct, loin des couloirs feutrés de l’entreprise.
- L’impression d’étouffer sous la routine
- Une soif d’exploration nourrie par les voyages en van
- L’appel du large, plus fort que le confort
À force de nourrir son audace, il mesure les risques. Au diable la sécurité ! Il démissionne en septembre 2019, guidé par un déclic après un road trip en Suisse. En quelques mois, il monte sa structure d’aménagement de vans grâce au statut de micro-entrepreneur, investit ses économies, loue un atelier en région parisienne et sème ses réalisations sur les réseaux sociaux. La demande semblait-là, la dynamique aussi, au point d’envisager des stagiaires pour répondre à la cadence… jusqu’à ce que les clients lèvent le pied. Les charges compressent ses marges, menacent l’équilibre. Cette fois, aucun employeur en réserve pour absorber les coups durs.
Retour au port : demander sa place avec un regard neuf
Printemps 2022 : les réserves s’érodent, la micro-entreprise ferme. Il solde démarches et factures pour éviter l’endettement, privilégiant la stabilité. L’énergie, précieuse, est préservée. À ce moment-là, l’égo pourrait en prendre un coup, mais le lien avec son ancien manager, entretenu sur LinkedIn, n’est pas rompu. Deux mois suffisent pour qu’un poste se libère. Candidature retenue, retour organisé en douceur : comme quoi, partir n’empêche pas de revenir – surtout avec un bagage de maturité et d’autonomie affiné sur les routes.
Son expérience d’entrepreneur modifie profondément sa vision : désormais, la gestion de projet prend une saveur nouvelle, teintée d’indépendance. Du côté de l’employeur, cette maturité n’a pas de prix.
Cap sur l’avenir : le congé sabbatique bien ficelé
La stabilité retrouvée ? Oui, mais le goût du voyage n’a pas disparu. Aujourd’hui, il envisage déjà une année sabbatique pour parcourir la Belgique et les Pays-Bas. Petit rappel juridique : pour prétendre au sabbatique, il faut 36 mois d’ancienneté et six années d’activité. La durée s’échelonne entre six et onze mois. Dans les structures de moins de 300 salariés, l’entreprise peut refuser pour raisons opérationnelles, ou différer le départ jusqu’à six mois pour assurer la continuité. Formalisme, délais, écrits : rien ne doit être laissé au hasard.
Pour ceux qui préfèrent le congé sans solde, c’est la liberté totale… ou presque. Tout repose sur un accord écrit et loyal. L’employeur garde la main sur l’organisation et la nature de la mission.
Sans surprise, le phénomène des « boomerang hires » a le vent en poupe depuis 2020. Les retours rassurent, les équipes gagnent en efficacité et la confiance s’établit plus vite. Mais pour que ce come-back soit un véritable tremplin :
- Clarifier l’objectif du break
- Présenter un plan avec des dates, un budget, des étapes
- Négocier une passation fluide et programmer le relais
La crédibilité se joue sur la lisibilité de l’intention et la transparence du projet. Préparer son voyage hors temps de travail, détailler l’assurance, la maintenance du van, anticiper les imprévus dans les réserves, éviter les angles morts grâce à des outils budgétaires : voilà de quoi partir serein.
Équilibre : quand la route et la stabilité ne s’excluent plus
Ce récit touche à cette fameuse tension entre liberté et sécurité. L’atelier a fermé, mais l’élan demeure, plus réfléchi. Le goût de la route persiste, à condition de nourrir le moteur du rêve sans sacrifier l’équilibre financier. La stabilité, désormais, n’est plus un frein, mais un socle permettant de financer la prochaine étape. Le projet s’épanouit en douceur, à son rythme, sans subir la pression du court terme. Avancer par paliers renforce le désir et permet de négocier un break cadré, puis de revenir enrichi par l’expérience, des preuves tangibles en poche.
La morale ? Plutôt une boussole : partir oui, mais revenir, mûri et plus solide, c’est offrir à l’employeur – et à soi-même – un collaborateur ressourcé. Et au voyage, un sens durable. La route n’est pas une fuite, mais une étape. À chaque virage sa leçon, mais ici, ce sont les choix assumés qui dessinent un cap plus clair. Un conseil ? Rêver large, planifier précis, et garder LinkedIn sous le coude…
