La photographie en noir et blanc a le pouvoir de dépouiller une image de son noyau émotionnel et, entre les mains du photographe ukrainien Dmytro Komissarenko, elle devient quelque chose de transportant. Ses portraits ne se contentent pas de présenter le corps masculin, ils le remodèlent de la meilleure des manières en quelque chose de mythique, d'intime et légèrement troublant.
À travers cette série saisissante, Komissarenko capture des physiques sculptés posés avec intention. Chaque angle semble délibéré, mettant l’accent sur les muscles, la tension et l’immobilité. Mais ce qui persiste plus longtemps que les corps eux-mêmes, c’est le fantasme qui les recouvre. Les masques, les coiffes et les visages obscurcis reviennent tout au long de l'œuvre, poussant les images au-delà du portrait de nu traditionnel vers quelque chose de plus cinématographique.







Parfois, les chiffres semblent presque surnaturels. Certains casques ressemblent à des appareils de respiration aquatique, d’autres évoquent des masques à gaz sortis d’un rêve dystopique. La question reste en suspens : ces hommes sont-ils des humains ou quelque chose d’évolué au-delà de nous ? C’est dans cette ambiguïté que le travail prospère. On se sent entraîné dans un univers de science-fiction tout en enregistrant la séduction indéniable de la forme masculine.
De l’histoire personnelle au langage visuel
L'approche de Komissarenko est profondément ancrée dans l'autoréflexion. Il a grandi à Zaporizhzhia, une ville industrielle du sud-est de l'Ukraine, entouré de caméras. L'intérêt de son père pour la photographie a suscité une curiosité précoce, ce qui a amené Komissarenko à expérimenter des équipements bien avant d'envisager une carrière.
Une séance photo spontanée l’a ensuite poussé vers la photographie professionnelle. Des influences ont suivi, Helmut Newton, Bruce Weber, Stephen Meisel, mais l'imitation n'a jamais été le but ultime. Au lieu de cela, Komissarenko a développé un langage visuel centré sur son propre monde interne, utilisant d’autres corps comme récipients pour ses pensées.








Cette orientation vers l'intérieur s'est poursuivie lors de son déménagement de Zaporizhzhia à Dnipro, puis à Kiev, où son travail a trouvé un public ouvert à l'expérimentation. La ville lui a donné un espace pour explorer les thèmes de l'identité, de l'exposition et de la dissimulation sans compromis.
Le pouvoir de ce qui est caché
L'un des aspects les plus fascinants de la photographie de Komissarenko est ce qui reste invisible. Les visages sont souvent couverts ou entièrement tronqués. Plutôt que d’éloigner le spectateur, l’absence invite à la projection. Une face cachée devient le substitut d’une émotion tacite, d’une peur privée ou d’un désir retenu.
Selon ses propres mots, le corps exposé et l’identité obscurcie coexistent par conception. La nudité devient permission, tandis que la dissimulation devient protection. C’est dans la tension entre les deux que se forme le sens.
En centrant les corps masculins nus, un sujet toujours surveillé et incompris en ligne, Komissarenko remet tranquillement en question qui est autorisé à être vu et comment. Son travail ne s'intéresse pas au choc pour le plaisir. Il demande aux spectateurs de ralentir, de s'attarder et d'attribuer un sens selon leurs propres termes.








Art, censure et contrôle
Comme de nombreux artistes travaillant avec la forme humaine, Komissarenko affronte intentionnellement la censure sur toutes les plateformes. Les espaces ouverts au public conduisent les spectateurs vers des espaces plus ouverts, pour finalement arriver à des endroits où l'œuvre peut exister sans censure. Plutôt que de considérer les restrictions comme un obstacle, il les traite comme un entonnoir qui guide le public vers un engagement plus profond.
La frontière entre l’art et la pornographie, suggère-t-il, dépend moins du corps lui-même que de l’exécution. Le contexte, la composition et l’intention façonnent la perception. Après tout, un corps nu n’est aussi provocateur que l’histoire qui l’entoure.




Une invitation, pas une réponse
Komissarenko n'exige pas de compréhension de la part de son auditoire. Son objectif est plus simple et plus généreux : retenir l’attention. Si quelqu’un fait une pause, étudie un cadre et imagine sa propre signification, l’œuvre est réussie.
Ces portraits ne s'expliquent pas, et c'est là leur force. Ils invitent à la curiosité plutôt qu’à la fermeture. Ce faisant, Komissarenko nous rappelle que la photographie ne concerne pas seulement ce qui est visible, mais aussi ce à quoi nous sommes prêts à nous confronter lorsque nous regardons un peu plus longtemps.
Pour voir la galerie complète et explorer plus d'histoires comme celle-ci, Gayety's Substack a ce qu'il vous faut.
