Travailler en Suisse : salaires record jusqu’à 6 500 € mais la réalité est-elle à la hauteur ?
Un eldorado pour l’emploi ?
Dans une Europe où les offres d’emploi se font rares et où les entreprises tirent la langue pour trouver des bras, la Suisse fait figure d’exception. Derniers chiffres en date de l’Office fédéral de la statistique à l’appui : près de 85 000 postes y attendent toujours preneur. Et ce n’est pas tout. Les salaires proposés par les entreprises suisses sont parmi les plus élevés du continent, culminant jusqu’à 6 500 € nets mensuels selon les secteurs. De quoi faire tourner la tête des travailleurs… et faire chauffer les moteurs des voitures qui franchissent la frontière chaque matin.
L’appel de la Suisse : entre rêves et réalité
Comment ne pas succomber à la promesse d’un salaire qui ferait pâlir d’envie tout DRH français ? Pas étonnant alors que les candidats étrangers, et notamment français, affluent, alléchés par trois sirènes : un bon salaire, la stabilité et, si l’on en croit le bouche-à-oreille, de meilleures conditions de travail. Cerise sur le gâteau, comme l’assure Nathalie, infirmière française installée à Lausanne depuis 2022 : « Ici, les horaires sont respectés et les salaires suivent le coût de la vie. C’est un vrai saut de qualité de vie. » Quand la Suisse tend la main aux talents venus d’ailleurs, elle ne fait pas les choses à moitié : salaires attractifs, aides au logement, primes de bienvenue, formations internes, relocalisation… Marc Dufour, directeur d’une grande agence de recrutement genevoise, explique même que les employeurs veulent attirer « les bons profils » à n’importe quel prix… ou presque.
- Des salaires nettement supérieurs à la France pour un poste équivalent
- Primes de bienvenue et accompagnement à l’arrivée souvent proposés
- Pour les frontaliers, possibilité de vivre côté français (logement moins cher) tout en recevant un salaire suisse
Le revers du miroir helvétique
Mais si la Suisse était vraiment le paradis du salarié, pourquoi toute la planète ne se bousculerait-elle pas à ses frontières ? Parce qu’à côté des pièces en chocolat dorées, il y a aussi la facture… et elle est salée. Certes, le salaire suit le coût de la vie. Mais ce même coût fait grincer des dents plus d’un travailleur :
- Horaires réels parfois proches de 52 heures par semaine, surtout quand on compte les 10 heures de transport en moyenne
- Frais de logement et transports particulièrement élevés, rendant l’achat immobilier inaccessible, même avec deux salaires suisses
- Assurance maladie non incluse, à souscrire soi-même, avec une fiscalité jugée de moins en moins intéressante
- Beaucoup d’emplois monotones ou difficiles d’accès pour les étrangers
- Trajets interminables et bouchons quotidiens pour les frontaliers, pollution omniprésente dans certaines vallées
- Saturation des axes de transports, pression sur les infrastructures suisses, flambée de l’immobilier côté français
D’ailleurs, bon nombre de Français jettent l’éponge avant même d’avoir monté un meuble IKEA dans leur nouvelle vie helvétique. Une réalité bien différente de celle vantée par les agences de recrutement.
Atmosphère : pas toujours tout sourire de l’autre côté du Léman
Il ne faudrait pas non plus oublier que tout le monde n’accueille pas les travailleurs étrangers à bras ouverts. Certains Suisses dénoncent même un marché saturé où les profils français auraient peu de chances, sauf dans le secteur de la santé. Climat de suspicion, intégration compliquée, voire rivalités sur fond de hausse des prix de l’immobilier et congestion des infrastructures… L’ambiance n’est pas que chocolatée ! Les messages se font parfois acerbes : « Restez chez vous les Français. On en a assez de vous. »
- Compétition rude pour décrocher un poste face aux candidats suisses ou déjà sur place
- Peu de reconnaissance professionnelle signalée par des salariés locaux
- Départ probable pour certains Suisses eux-mêmes, qui jugent la qualité de vie trop chère payée
Sans oublier la difficulté de s’installer : témoignages à l’appui, quelques candidats racontent des mois d’attente sans obtenir le moindre entretien malgré des années d’expérience dans l’IT ou le transport.
Conclusion : la Suisse, un pays doré… mais pas sans brouillard !
Travailler en Suisse, c’est un peu comme vouloir faire du ski hors-piste : il faut s’attendre à quelques bosses. Salaires très au-dessus de la moyenne, oui, mais la vie sur place ou même en frontalier s’accompagne d’un quotidien pas toujours rose : coûts faramineux, embouteillages, pression professionnelle, ambiance parfois tendue. Avant de troquer votre béret pour un ramequin à fondue, renseignez-vous bien, pesez le pour et le contre, et rappelez-vous : l’herbe n’est pas toujours plus verte chez le voisin – même quand il habite dans un chalet tout confort !
