"J'avais choisi mon médecin traitant un peu par hasard, dans l'annuaire parce qu'il était près de chez moi. J'avais une relation on ne peut plus normale avec lui. Je suis allé le voir à deux reprises parce que je craignais d'avoir contracté une IST. Il n'a pas pris la peine de m'examiner. À chaque fois, un partenaire m'avait prévenu qu'il avait des symptômes faisant penser à une IST. Dans les deux cas, il ne me semblait rien avoir, même si j'avais un doute pour la seconde fois. Et dans les deux cas, le médecin m'a tout de suite administré un traitement et "Au revoir monsieur !".
Quand j'ai eu une nouvelle (fausse) alerte, j'ai décidé d'en consulter un autre et le changement a été très significatif. Ce nouveau médecin a pris le temps de m'ausculter et de me prescrire des tests avant d'envisager un traitement. Il a bien fait, car finalement, je n'avais rien. Je ne sais pas si le médecin précédent était mal à l'aise avec mon homosexualité, mais son côté expéditif ne correspond pas tout à fait à l'idée que je me fais de la relation entre un médecin et son patient. Je n'ai pas forcément besoin qu'on en fasse des tonnes pour me rassurer, mais je n'aime pas avoir l'impression d'être à l'usine."
Témoignage de Gilbert 44 ans
Mes critères de choix d'un médecin traitant sont les suivants : une patientèle variée, de tous âges ; une pratique d'au moins dix ans de la médecine générale ; un médecin qui prend le temps d'ausculter, d'écouter, d'observer... Peu importe qu'il soit gay ou pas.
Critère 1 : une patientèle variée.
Cela me semble nécessaire dans notre situation vih que le médecin ait l'habitude de diagnostiquer tous types de pathologies (maladies opportunistes, rénales, diabète...). Un médecin de famille qui soigne du nourrission à l'arrière grand-père a cette habitude-là puisque nous pouvons présenter les pathologies caractéristiques du nourrisson jusqu'à l'arrière-grand père, de la candidose à l'insuffisance rénale. Je ne suis pas sûr qu'un médecin ayant une clientèle spécifique (gay, par exemple) puisse avoir cette expérience clinique.
Critère 2 : une pratique d'au moins dix ans.
Un médecin néophyte risque de minorer ou de majorer certains symptôme. Un médecin confirmé sait ce qui relève de la bobologie ou du phénomène majeur.
Critère 3 : un médecin qui prend son temps.
Chacun connaît des médecins qui fonctionnent montre en mains. Pas plus de dix minutes pour chaque consultation. Souvent dans les grandes villes. Il faut fuir autant que possible ce type de médecin bling bling. Et ils peuvent être gays aussi.
Mon médecin répond évidemment à ces critères. Il me suit depuis vingt ans. Il m'a connu séronégatif et me soigne séropositif. Il fonctionne beaucoup par l'observation et l'écoute. Une consultation peut aller de 20 minutes à trois quarts d'heure. Mon ami qui avait un médecin plutôt bling bling a changé pour lui, il y a dix ans. Et cela lui a d'une certaine manière sauvé la vie.