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L'édito du 17.12


Une journée en Belgique. Au musée folklorique de Tournai plus précisément. Avec un guide et des copains. On pourrait croire que l’exercice relève d’intellos esseulés, ou de déçus du web. Pas du tout. Juste l’opportunité d’un week-end à l’occasion d’une pendaison de crémaillère.
Nous voici donc un matin de décembre par - 2°C, emmitouflés comme si la Sibérie était à nos pieds. Nous patientons, grelottant, trépignant. Le guide arrive. Un vieux bonhomme avec la goutte au nez.
- La minuscule maison en face, regardez, c’est là qu’est né mon père.
Et le voila parti, intarissable, éternellement passionné du temps jadis.
Personne à cette heure-là. La grande bâtisse nichée dans un vieux quartier de Tournai nous ouvre ses portes. C’est chauffé, heureusement. Tout est là de l’histoire des gens du pays, de leurs métiers, de leurs vies de labeur, des outils qu’ils utilisaient, des difficultés de leur quotidien. De l’atelier reconstitué du sabotier, à la forge artisanale du forgeron du village, du tisserand à domicile qui disparaîtra aux scieurs de long qui découpaient à la force de leurs (vrais) biceps des planches dans d’immenses troncs d’arbres posés sur d’énormes tréteaux… tous les anciens métiers, toutes ces vies à la dure sont là, représentées. Ce n’était pas rose et cependant pas forcément triste. Les fêtes, les carnavals, les rassemblements sur les places et les défilés dans les rues rassemblaient l’ensemble sans se poser les questions d’appartenance qu’on a fini par mettre à jour et qui organisent aujourd'hui nos guerres intestines.
Au musée de Tournai, sont aussi exposés les bistouris d’antan des arracheurs d’amygdales, les jouets en bois, les luges, les échasses des cours de récréation. Y est reconstituée une salle de classe du temps où les maîtres tapaient sur les doigts des « mauvais » élèves. Pratiques ignobles au demeurant, disparue depuis. Aux murs, des cartes de géographie au design grossier empêchaient les rêveurs de perdre leur temps en continuant d’engranger le peu qu’il fallait au minimum savoir.
Dans une salle, la maquette de la ville, commandée par Louis XIV, est entouré de cartes et de dessins plus ou moins précis reflétant l’existant d’un siècle de transports et de communications réduits au minimum.
Dans une autre, des reconstitutions telle cette entrée de couvent avec, dans un coin de mur, cette espèce de tourniquet, sorte de petite barrique dans laquelle on déposait les enfants abandonnés aux bons soins des religieuses. Triste passé. Mourait-on de froid en hiver ? Pas de la même manière qu’aujourd’hui, bien que tout autant assurément.
Un musée sans guide, sans anecdotes, sans parole vivante n’est qu’une ombre poussiéreuse et sans âme, une accumulation sombre de tristesses.
J’irai peut-être à la messe de minuit cette année.
Lionel Duroi
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