Commenter /
Lire les commentaires
[207]
L'EDITO du 23.04.07
Même pas drôle !
À 19h30 déjà, les rues de l’agglomération s’endormaient d’un silence de suspense. À 19h45, moins de voitures roulaient en ville. À 20h00, chacun vivait l’apnée qui sied à ceux et celles qui avaient une conception ferme du sens à donner à cette élection. Voilà. 25/30, ou à peu près. Pourtant, planait l’impression qu’un méchant coup de tonnerre allait se faire entendre. Certains imaginaient un « duel » Bayrou / Le Pen, et vibraient à l’idée de voir s’étrangler les deux principaux prétendants en appelant le peuple au sursaut républicain.
Et puis, le premier de la classe apparaissait à son pupitre en bon petit prof plein de compassion. Sarko en mère courage, défenseur de la veuve et de l’orphelin... Je rêve ! À écouter son discours au soir du premier tour, adressé aux accidentés de la vie, je tombe à la renverse. Lui qui stigmatise les jeunes de banlieue, lui qui lance des CRS jouer aux chasseurs de gibier de grand chemin dans le 93 notamment... j’hallucine total. En même temps, croquis contre ébauche, ça peut le faire sur certains points, mais pas tous.
Il veut s’offrir un bain de foule. Elle n’ose pas dire : « Je vous demande de vous arrêter ! »... Il ne donne pas de consigne de choix. De gauche à droite en passant par le centre, la politique française repart de plus belle. Rêvez braves gens, ce n’est pas demain les lendemains qui brament ou qui chantent.
Et le vote blanc ? On n’en parle pas. On ne saura pas combien de personnes qui s’expriment et qui tiennent à l’idée de la démocratie ont formulé leur dépit. Leur accablement ne vaut pas pipette tant que leur nombre ne sera pas rendu public. Raison de plus de ne pas en faire état.
Ségo sourit. Longue ovation. Interminable attente. Éternel élan. Blanche de Castille, pardon : la mariée est apparue. Un fondu enchaîné l’a plongé dans un noir relatif. Elle demande de « quitter un système qui ne marche plus »... j’hallucine de nouveau. Elle qui sort de la cuisse de l’histoire qui se reproduit, d’un système qui se concentre sur le perpétuel retour de l’exclu à tour de rôle. Elle n’est l’otage d’aucun clan, d’aucune puissance... ben, voyons !
Aller, vive les mots creux, les élans du cœur, les sourires béats, les appels enfiévrés : venez, venez, venez à moi les enfants du peuple. Caressez l’espoir énergique d’une France nouvelle toujours aussi... non je n’ose pas. Ton sur ton. Blanc sur blanc. Ne mélangeons rien. Pour que rien ne change. Encore quinze jours de fête nationale. La France est un fichu pays de cocagne !
Lionel DUROI pour
Gayvox.com