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L'EDITO du 01.01.07
Adieu 2006.
Que puis-je vous souhaiter pour 2007 ? L’année commencera forcément très mal. Dès le premier instant et pendant quelques jours inéluctablement trop longs, on vous répétera à l’envie, jusqu’à l’overdose, au dégoût : Bonne Année ! Bonne Année ! Bonne Année ! Bonne Année ! Bonne Année ! Je vous épargne une brassée de : Bonne Santé ! Vous allez vous en mettre plein les oreilles. Pire que le Bonjour ! familier du matin. Le mouvement perpétuel à côté de ça, c’est du pipo !
Attendu qu’on vous offre de l’espérance à bon compte qu’il n’y a rien de plus beau que la désespérance. Pourquoi ? Parce que les joies quotidiennes sont frelatées à l’aune de nos faux semblants. Hier par exemple, en ville, j’observais deux petites vieilles s’esbaudir devant une chose dans l’agglomération, située juste derrière moi. Leur surprise, leur commentaire, leurs grands yeux émerveillés fascinaient. Je me demandais ce qu’elles pouvaient admirer à ce point, visiblement là, tout près, dans mon dos. Étant à Besançon, localité apparemment modèle en matière de secours aux indigents puisqu’il paraît que personne ne couche dehors et que tout est mis en œuvre dans cette cité pour que nul ne meure de froid contre sa volonté, je me suis dit : un éblouissement architectural a dû m’échapper. Je me retourne et je fouille l’horizon limité de cette petite place au fond de laquelle un sauna gay œuvre aux bons soins d’une clientèle variée. Mais, passons, le sujet se tient ailleurs. Donc, sous mes yeux, rien d’extraordinaire méritant un éloge particulier. Et mes deux petites vieilles de poursuivre :
— Qu’est-ce qu’il est beau !
— Absolument lumineux !
— Fantastique !
Pouffant de rire :
— J’aimerais bien en avoir un comme ça à la maison.
— Assurément ma chère. Je te comprends.
— Ces formes sont d’une grâce à vous couper le souffle.
Un instant, j’ai songé à une chute de reins. La mienne ? Personne à part moi ne circulait sur ce trottoir. De qui d’autre pouvait-il s’agir ?
En fait, elles se pâmaient devant des guirlandes luminescentes pendouillant entre les branches d’un platane. Non, mais, vous y croyez vous ? Se tordre d’admiration devant ce qu’il y a de moins naturel, de plus convenu, préfabriqué, faux, confondant de surfait et banal en cette période.
Comment après ça partir en croisade à la Bonne Année 2007 ? Elles auraient évoqué un physique, un regard, un cul, une apparence humaine, j’aurais souhaité Bonne Année à la terre entière. J’aurais été motivé pour douze mois de plus. Mais un chapelet d’ampoules qui dormira dès demain dans des caisses, au sous-sol d’un local technique municipal ne peut que me déprimer.
« On est foutu, on mange trop... et toutes ces choses qu’on nous propose… » Voilà soudain que le jouet électronique du marmot s’oppose au Polux en bois, à Babar en image, à Nicolas et pimprenelle en dessin animé, et que la yaourtière et le couteau à découper électrique ne m’inspirent plus que de la consternation. Des représentations de montagnes d’engins fabriqués, achetés et offerts me navrent. Je pense au temps qui file, aux pensées qui n’en sont pas, aux actions qui nous amenuisent et nous tuent, au malaise des hommes qui banalisent nos existences.
Puisque nous cherchons des vérités qui n’existent pas (encore moins dans les objets) continuons d’estimer qu’il suffit de le dire pour le faire advenir : Bonne Année 2007 ! Parce que c’est désespérant, j’y crois : Bonne Année 2007 ! Les guirlandes vous excitent ? Ne vous gênez pas, poursuivez, accordez votre attention soutenue et Bonne Année 2007. Dans la mesure où je ne suis pas dupe de la croyance, j’insiste : Bonne Année 2007 !
Finalement, ce qui m’émeut chez elles, quand elles se doigtent l’esprit avec ce qu’on leur propose de faux, c’est leur capacité humaine de se maintenir en état d’admirer le monde, même moche.
Bonne année à vous de la part de notre équipe qui ne désespère même pas.
Lionel DUROI pour
Gayvox.com
Photographie Éric Gounelle