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L'EDITO du 20.11.06
Homo soit qui mal y pense
Comme s’en réjouit le cercle de La Baronne, L'Espagne avance vite. Là bas, les droits à l’homomariage, l’homoparentalité et l’homoadoption ont le vent en poupe. Par ailleurs, l’homologation du genre comme critère de changement d'état civil auprès des personnes trans-genre apparaît maintenant d’actualité. La France quant à elle, continue d’ignorer les revendications faites par les Trans (aspects sociaux juridiques et identitaires). Mais où va-t-on ma brave dame ?
Amer constat de l’association LGBT au sein de France Télécom.
Telles et Tels ne répond plus. Ainsi vogue la réalité sur le terrain de la reconnaissance. Visiblement, ni la direction de cette entreprise qui se la pète depuis des lustres, ni les syndicats bien installés dans leur courte vue ne se sont bougés pour que perdure l’initiative. De charmantes rencontres en délicieuses paroles creuses, chacun ne voit que son poste, son près carré, son avenir dans les vagues des houleuses restructurations de ce mammouth. Les autres tiennent bon. À la RATP, à La Poste, Air France, IBM, dans la Police… les groupes LGBT poursuivent leur chemin. On ne sait pas toujours ce qu’elles parviennent à faire progresser, mais au moins, elles continuent d’œuvrer à leurs buts.
Il est autrement plus facile (et souvent plus agréable) de militer en soutenant ça et là les développeurs de rêves, autrement dit, les artistes. Il suffit d’acheter leurs œuvres, de se déplacer lorsqu’ils exposent, de les encourager quand ils en ont besoin ou de payer son écho à l’entrée de leurs spectacles. À l’occasion, si vous n’êtes pas abonnés à Canal+, profitez du programme «
La Nuit sera Gay » diffusée le 23 novembre 2006 à 23heures pour vous inviter chez le voisin ou la voisine. On pourra dire que l’initiative aura créé des liens. Surtout, pour une fois, la télévision n’abusera pas du bon goût d’entretenir le marasme social de l’isolement en injectant dans vos yeux des sous merde comme certaines chaînes qu’on ne nomme plus.
Dans la
presse gay gratuite cette semaine, de très belles surprises. J’ai redécouvert
Baby Boy. Les thèmes sont fournis. On y apprend plein de choses intéressantes sur nos vies partagées. Les couleurs rappellent Podium, mais on s’en fou. Et peut-être même est-ce pour ça qu’on le lit. Dans le Nº 28 de novembre 2006, un article relate l’évolution de la réflexion et du regard des membres de la scène Hip Hop sur l’homosexualité. Un second texte rend compte de la force libératrice d’un clubbing qualifié de ghetto, mais qui tient ferme la rampe et ses promesses de garde fou contre la solitude et l’ouverture à soi. Il faut bien commencer par là pour s’ouvrir ensuite à son prochain… L’ascenseur social communautariste marche-t-il ? Un autre angle d’analyse nous raconte quelques expériences vécues çà et là. Et comme un désir de continuité, le titre suivant entre dans les détails secrets d’un lobby de francs-maçons gays. De quoi alimenter tous les fantasmes de puissance des uns et de piston des autres. Enfin, à l’heure ou
Salim Kechiouche fait parler de lui artistiquement, cela va sans dire, Baby Boy recadre le personnage. En effet, s’il semble épanoui, radieux, sensible, capable d’argumenter que les rôles qu’il joue lui offrent l’occasion de célébrer la différence et la tolérance, Salim Kechiouche peut aussi éprouver des orgasmes à contre-emploi. Piqué par on ne sait quel retournement de conscience, il mégote sur des conditions d’interview en essayant de freiner une image qui court peut-être un peu plus rapidement que lui (un peu trop vite ?). Commencerait-il à vouloir exercer dans la demi-mesure ? N’aurait-il pas été entier jusque-là ? Qu’il se rassure. La carrière ne s’arrête pas là. Elle se poursuit sur la base des qualités mises sur le marché. L’une des plus inébranlables consiste à être soi-même…
Lionel DUROI pour
Gayvox.com
Illustration : "L'infante" - Martin Bruneau. D'après Vélasquez