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L'EDITO DU 25.09.06
Petites libérations
Il y a d’un côté nos vies ordinaires et de l’autre nos facettes hors norme. Cela semble vrai pour la majorité d’entre nous. Tantôt le boulot ou les repas de famille. Tantôt la fête, les soirées, les délires, le strass... Chacun à sa manière, un peu militant et un peu planqué. Conjuguer nos existences au rythme des temps, s’affranchir d’une position pour en adopter une autre selon que l’on y est obligé ou selon les lois d’un certain marché de la reconnaissance.
Un moment pour chaque chose proférait la grand-mère. Elle ne croyait pas si bien dire sans penser à mal.
Certains matins apparaissent plus lugubres que d’autres. Dans nos habits de ville couleur banalité, quand nous partons travailler, le bas blesse nos convictions d’un autre possible que l’on imagine plus joyeux. Et puis, parfois, sans trop savoir pourquoi, l’euphorie nous gagne, nous donne des ailes de géantes porteuses de folies à sortir à tout prix. Alors le monde change de teinte, le sourire aux lèvres se dessine, notre corps tout entier ondule. Nous affrontons la difficulté qui se profile de croiser des gens qui vivent à l’aune de votre tempo. Dans les transports par exemple, si vous sifflotez, on vous le reprochera. Si vous vous dandinez, on vous fera remarquer que ce n’est pas une façon de marcher. Si vous souriez, on vous demandera de qui vous vous fichez. Le jour suivant, vous blâmerez votre voisin.
L’universalité des temps de bonheur n’est pas réglée sur l’axe de la lune ni même sur celui du soleil. Nous sommes profondément des individus individuels individuellement désaxés du reste, des autres, de l’univers. Que l’on soit transpédébigouines ou simplement hétérodechezhétéros, rien ne changera, nous ne siégerons jamais sur la même longueur d’onde.
L’instant n’est pas universel. Il est particulier et chacun le cultive selon qu’il le maîtrise ou pas. Et même quand le moment nous bouscule et joue à l’exogène perturbateur, il ne domine jamais plus d’un être à la fois sur le même degré d’une échelle de valeurs qu’on pourrait imaginer.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu’un matin, je pars en voiture et je me surprends à chanter à tue-tête. Pour quelle raison ? Le CD que j’écoutais disait enfin tout ce que je méditais de cette putain de réalité. Et pourquoi je tendais l’oreille à ce CD ? Parce que toute la semaine, mon esprit se lamentait ailleurs. J’avais été obligé de penser à d’autres choses, plus sérieuses il paraît. Pas certain que si nous prêtions attention à nos pulsions, les heures de nos vies seraient mieux remplies. Il nous avons besoin des frustrations pour avoir à les dépasser. Mais pas trop. On aimerait bien statuer sur cette abondance. Nos semblables décident à notre place parce que nous sommes tous liés par la survie de nos conditions. Les autres, c’est donc nous tous à la fois. D’où ces moments magiques qui font de la fête, de l’échange et du partage de nos folies des brins de bonheur dont il faut profiter. Ce n’est pas pour rien qu’on revient d’une soirée raviEs, que ce soit au théâtre, en boîte, au restaurant ou entre amiEs chez soi.
Savourez et jetez aux orties les petits riens encombrants, les pépins à la poubelle, les propos homophobes à la corbeille et les agressions en tous genres dans le fossé des quantités non négligeables, hélas.
Lionel DUROI pour
Gayvox.com
Photo : Portrait of a hippy couple