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Le vendredi 15 novembre 2002, Gayvox.com est heureux de vous convier à un nouveau Chat Evènementiel avec Anne Vaisman, auteur de l'ouvrage L'homosexualité à l'adolescence, sorti au début du mois d'octobre aux Editions de la Martinière.

Voici déjà un aperçu de ce que vous pourrez apprendre vendredi 15 avec Anne Vaisman, grâce à cette interview et ces quelques extraits de son livre.

Bonne lecture.


Gayvox.com D'où vient l'idée de cet ouvrage ?
Anne Vaisman : D’un double constat :
1- Certes l’homosexualité est aujourd’hui moins tabou qu’elle a été; on en parle plus, on la voit plus; mais cette plus grande visibilité semble réservée à l’homosexualité adulte. Il est rarement question des jeunes homos, et surtout il n’existait aucun livre pour eux, alors qu’il en existe sur tant de sujets !
2- Se sentir homo quand on est ado n’est pas simple. C’est parfois encore une grande souffrance. Dans le meilleur des cas, cela pose une foule de questions qui ne trouvent des réponses qu’après un long cheminement, des mois, des années durant lesquels les jeunes manquent d’interlocuteurs.

GV Avez-vous rencontré des obstacles à sa rédaction ?
A. V. Non aucun. Les jeunes et jeunes adultes avec lesquels j’ai parlé étaient même plutôt ravis de me raconter leur parcours. Mon éditeur trouvait le sujet “ délicat”, “pas facile à traiter”, mais pensait qu’il fallait faire un livre sur ce sujet.

GV Pensez-vous que l'homosexualité soit de mieux en mieux acceptée, surtout en Province ?
A. V. Oui, il faut bien le reconnaître, l’homosexualité est mieux acceptée qu’avant. En province, il semble que ce soit toujours dur de vivre son homosexualité. Et je ne parle pas de ceux qui se découvrent homos et qui habitent dans des petites villes, voire des villages ! Ce n’est pas un hasard si beaucoup de jeunes homos rejoignent les grandes villes : il est plus facile de vivre son homosexualité quand il y a une communauté gay et lesbienne.

GV Pensez-vous que si l'homosexualité était expliquée aux enfants, il y aurait moins de problème sur son acceptation plus tard ?
A. V. Très certainement ! Si beaucoup de jeunes vivent mal la découverte de leur homosexualité et/ou craignent la réaction des autres à cet égard, c’est bien parce qu’il existe encore pas mal de préjugés, faute d’information. Beaucoup d’enfants aujourd’hui connaissent le mot “homosexualité” , qu’ils utilisent comme une insulte ( sous forme de “ pédé”), mais ignorent de quoi il s’agit au juste. Comme personne n’en parle avec simplicité à l’école, au collège, dans la famille, dans les médias etc., ils en concluent que l’homosexualité est une chose à part, un peu bizarre, voire franchement répréhensible ! Si les adultes parlaient d’homosexualité quand l’occasion se présente ( en réponse à une question d’enfant, à la suite d’un film ou d’une émission vue à la télé ...), cela contribuerait certainement à banaliser l’homosexualité. Et à “ fabriquer” de futurs adultes tolérants, ou même mieux : large d’esprit, ouverts.

GV Est-ce vraiment à l'Education Nationale d'aborder le sujet ? Si oui, comment le traiter sans le cantonner à quelque chose de marginal ou épiphénoménal ?
A. V. C’est vrai, le réseau associatif gay et lesbien se développe et fait un vrai travail d’information. Mais l’Education Nationale doit informer elle aussi ! C’est même, il me semble, un de ses devoirs aujourd’hui. Comme elle s’est fait un devoir d’inclure quelques séances d’éducation sexuelle au programme des classes de 4 ème, pour que les jeunes connaissent mieux l’amour, leurs corps, les conséquences d’une sexualité non protégée, bref les choses de la vie. Or l’homosexualité fait partie de la vie. Même si on ne se sent pas homo, on peut être amené à rencontrer des homos. Et puis, les enseignants ont peut-être dans leur classe des jeunes homos ou des ados en questionnement sur leur orientation sexuelle, et qui auraient besoin de se sentir exister. On sait qu’une absence de parole et une marginalisation excessive poussent certains jeunes homos à se replier sur eux-même, voir à faire des tentatives de suicide.
- Comment parler d’homosexualité à l’Ecole ? Certainement pas en y consacrant un cours spécial qui contribuerait à marginaliser les homos et l’homosexualité, mais en abordant le sujet quand ils se pose : d’abord dans les cours d’éducation sexuelle ( c’est rarement le cas et c’est scandaleux ! ); ensuite en signalant que tel auteur ou tel personnage historique était homo. Les profs parlent abondamment des mariages et adultères des rois et reine de France, faisant ainsi allusion à leur hétérosexualité. Il suffit de signaler, à l’occasion, qu’un tel ou une telle était homo. Cela permettrait d’ailleurs de mieux comprendre leur vie, leurs oeuvres etc.

GV Concernant les ados, comment faire pour les rassurer quant à leur orientation sexuelle ?
A. V. En commençant par leur dire qu’ils ne sont pas les seuls, loin de là ! Et en leur parlant de l’homosexualité telle qu’elle est vécue par beaucoup d’homos qui s’assument : c’est à dire une forme de sexualité, qui n’est pas répréhensible et qui n’oblige pas à vivre de façon marginale. Beaucoup de jeunes ont besoin de s’entendre dire qu’on peut être homo sans être efféminé ou masculine, sans passer son temps à écumer les boites de nuits, en travaillant, en se promenant, en vivant comme tout le monde d’une certaine façon. Pour que les ados soient rassurés, ils ont besoin de chasser eux aussi les préjugés homophobes dont ils sont souvent victimes, à leur insu.

GV M6 a présenté une nouvelle émission sur la sexualité. Une fois de plus, on y a parlé de la sexualité des ados, mais sans évoquer l'homosexualité. Les médias sont-ils coupables de désinformation sur le sujet ?
A. V. Eh bien oui ! Encore une fois, sans en faire toute une affaire, on peut ( on doit!) parler d’homosexualité quand on fait une émission sur la sexualité. De la même façon qu’on essaie de déculpabiliser sur la masturbation, on doit dire simplement qu’il y a plusieurs façons de faire l’amour, avec ou sans pénétration, avec un partenaire de sexe opposé ou de même sexe etc.

GV A l'heure actuelle, on nie qu'un ado, voire un enfant, puisse être homosexuel... on pense que l'homosexualité est un truc d'adulte... une pratique entre adultes consentants. N'est-ce pas réducteur de considérer l'orientation sexuelle comme une simple pratique ? L'amalgame avec la perversion est du coup très facile à faire... Qu'en pensez-vous ?
A. V. On nie volontiers aujourd’hui l’homosexualité adolescente comme on niait autrefois la sexualité des jeunes en général. C’est bien la preuve, alors qu’on reconnaît désormais aux ados le droit d’avoir une sexualité, que l’homosexualité est encore tabou. Tout se passe comme si faire l’amour à 16 ans avec une personne de sexe opposé était assez normal, mais très déplacé quand le partenaire est de même sexe. ça dérange parce que l’homosexualité dérange encore. Et ceux qui craignent que l’homosexualité soit non consentante sont sans doute des gens qui font l’amalgame entre homosexualité et pédophilie. ( l’idée étant qu’un jeune homo serait forcé d’avoir des rapports par un plus vieux, majeur en tout cas). En vérité, il faut apprendre aux jeunes homos comme aux jeunes hétéros qu’ils doivent faire l’amour seulement s’ils en ont envie. Le consentement n’est pas un problème d’homosexualité mais de sexualité tout court, de maturité aussi.
Quant à savoir si l’orientation sexuelle est une simple pratique ou non, tout dépend des gens je crois : certains voient l’homosexualité comme une autre manière de faire l’amour; d’autres comme un choix de vie; d’autres encore comme une adhésion de facto à une culture. Chacun pense et fait comme il sent. L’essentiel, pour les jeunes et leurs parents est de comprendre que l’homosexualité n’est pas une fantaisie, mais une part de soi ( qui agit sur le désir, les émotions) qu’il est difficile de nier ou de renier.


Propos recueillis par Céline Viallet pour Gayvox.com

L'homosexualité à l'adolescence, coll. Hydrogène, Ed. de la Martinière, écrit par Anne Vaisman et illustré par Daniel Maja.
10 €, 120 pages, à partir de 13 ans.

Remerciements aux Editions de la Martinière pour la réalisation de cet article.


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