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Plus de 8 homosexuels sur 10 avouent avoir déjà ressenti des marques homophobes sur leur lieu de travail. Les deux tiers d’entre eux n’osent pas faire état de leur orientation sexuelle durant leur parcours professionnel.
Il y a peu une enquête CSA menée pour le compte de la Halde affirmait qu’un salarié du privé sur quatre avait été victime au moins une fois de discrimination au travail. Aujourd’hui, la Haute autorité de lutte contre les discriminations braque les projecteurs sur l’un des 18 motifs de celle-ci trop souvent oublié : l’orientation sexuelle. Ainsi d’après l’étude inédite en France que lui a livrée le cabinet RCF Management, 85% des homosexuels déclarent avoir ressenti au moins une fois une marque d’homophobie implicite sur leur lieu de travail, laquelle revêt plusieurs formes (rumeur, rejet, dénigrement, etc…) Pire. 40% indiquent en avoir directement souffert. Et là, le curseur varie des blagues graveleuses à l’agression physique en passant par les insultes ou les chantages au licenciement.
Sans surprise, les registres homophobes les plus fréquents "collent" aux stéréotypes en vigueur : ainsi, un salarié homme sera jugé « efféminé » tandis qu’une femme paraîtra « masculine ». Mais surtout, dans les deux cas, la personne ainsi stigmatisée sera présumée « incapable de diriger les autres ». Elle sera généralement épinglée pour ses tenues vestimentaires (trop excentriques, trop colorées, trop sophistiquées…), sa coiffure (32%), ses gestes (26%) et même sa voix (18%).
« Dans notre monde occidental hétéro-centré, la minorité gay et lesbienne oscille entre indifférence et colère face aux attitudes ou aux comportements homophobes, note pour L’Expansion.com Christophe Falcoz, le responsable de l’étude et directeur de RCF Management. Mais une chose est sûre, les homosexuels se sentent souvent démotivés. Les lesbiennes, elles, subissent généralement la double peine : c’est-à-dire qu’elles se heurtent en plus au fameux "plafond de verre" propre aux femmes tant en termes de rémunérations que de promotions.
Un panel de près de 1500 gays et lesbiennes
Du coup, pour tout cela, ils préfèrent se cacher, deux fois sur trois. 17% d’entre eux, même, ne disent jamais rien durant tout leur parcours professionnel. Le tiers restant, lui, effectue son coming-out, mais celui-ci se passe mal une fois sur trois, en ce sens que ses conséquences s’avèrent néfastes : « Les détériorations constatées sont insidieuses car il s’agit le plus souvent d’un malaise au quotidien auprès des collègues ou des supérieurs voire des subordonnés, souligne Christophe Falcoz. D’où leur mutisme. Les gays et lesbiens ont en fait intériorisé le risque potentiel qu’il y avait pour eux à se dévoiler. Ils fonctionnent finalement comme des personnes souffrant de handicaps masqués qui font tout pour le dissimuler ». « Concrètement, cela représente aussi une perte sèche pour les entreprises, relève Luc Ferrand, directeur juridique de la Halde. Car les salariés homosexuels se consument dans des stratégies de camouflage ou d’évitement. Ce qui nuit à leur productivité. A force de devoir inventer des stratagèmes pour présenter une vie privée acceptable lors de la pause café du lundi matin ou lors des retours de vacances, ils finissent par songer à se reclasser ailleurs dans des firmes ou des secteurs présumés plus tolérants ».
Face à cela, quelle peut-être la voie à explorer ? « Pour les discriminations souterraines, invisibles, comme peuvent l’être celles relatives aux orientations sexuelles ou aux préférences politiques et religieuses, il est sans doute souhaitable de ne pas se focaliser sur la logique juridique. Au motif précisément que les deux tiers des gays et lesbiens préfèrent se cacher, ajoute Christophe Falcoz. A contrario, il faut encourager le management de la diversité. C’est-à-dire considérer que les différences ne sont plus un risque pour l’entreprise mais une chance ». On note d’ailleurs que moins la personne ressent d’homophobie, plus elle se sent impliquée et satisfaire sur le plan professionnel. De même, ceux qui se sont dévoilés en interne s’estiment plus satisfaits et plus motivés que les autres.
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L’enquête effectuée par RCF Management pour la Halde s’est déroulée fin 2006 auprès de 1413 salariés gays et lesbiennes ainsi qu’une poignée de DRH de grosses entreprises. Le profil type du répondant ? Un homme dans 78% des cas, trentenaire (34 ans en moyenne), vivant et travaillant dans une grande ville et plutôt diplômé du supérieur (58% ont davantage qu’un bac+2).
48% des homosexuels interrogés sont cadres alors que ces derniers ne pèsent que 15% de la population active française. Ils sont sur-représentés dans le secteur CIAS – communication-information-art et spectacle – et à l’inverse sous-représentés dans les fonctions gestion/administration/commerce. Ils opèrent dans 41% des cas dans la fonction publique (contre 20% pour la moyenne nationale) et notamment dans l’éducation (surtout les lesbiennes).
GE