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Arrestation d’un jeune homosexuel français de 17ans par la Gestapo le 2 Mai 1941
Arrestation d’un jeune homosexuel français de 17ans par la Gestapo le 2 Mai 1941 :
Pierre Seel est né le 16 août 1923 à Haguenau, en Alsace. Convoqué à la Gestapo de Mulhouse, le 2 mai 1941, il est arrêté le lendemain, et emprisonné jusqu'au 13 mai. Au cours d'un interrogatoire un officier allemand lui met sous les yeux une déclaration signée trois ans plus tôt, à la suite du vol de sa montre. Le square dans lequel il avait été agressé était le lieu de rendez-vous homosexuel de la ville. Il avait été fiché par la police de la ville, alors qu'il était venu porter plainte. Pour un plaisir mille douleurs." La citation de Villon qui ouvre le récit de Pierre Seel (1) résume la trajectoire de cet homme marqué à jamais par la cruauté nazie.
Le destin de ce jeune Alsacien de 16 ans bascule un jour de 1939. Alors qu'il faisait des rencontres dans un square à Berlin, Pierre Seel se fait voler sa montre par un inconnu. Il dépose plainte au commissariat de la ville. En divulguant le lieu du forfait à l'officier de police, le jeune homme était loin de penser dans quel engrenage il mettait le pied. Quelques mois après l'invasion allemande, en automne 1940, il reçoit l'ordre de se présenter au quartier général de la Gestapo. Parmi les archives abandonnées par la police française, les Nazis trouvent sa déposition de vol, ainsi que la mention de son homosexualité.
Avec une douzaine de congénères, Pierre Seel est arrêté. Il subit des tortures effroyables pendant 13 jours et 13 nuits, avant d'être déporté au camp de concentration de Schirmeck, à 30 km de Strasbourg. "L'horreur et la sauvagerie étaient la loi ». Très vite, je suis devenu une ombre silencieuse et obéissante", confie-t-il. "Il n'y avait pas de solidarité avec les homosexuels, qui étaient considérés la classe la plus basse. Les détenus entre eux les prenaient comme cible", poursuit-il. Un matin, alors que les prisonniers sont rassemblés dans la cour, Pierre Seel reconnaît son ami Jo, le garçon de 18 ans qui fut son premier amour. Ce dernier est battu, déshabillé et coiffé d'un seau de métal. Puis les Nazis lâchent leurs chiens. Impuissant, Pierre Seel assiste à l'exécution de son ami, dévoré par une meute de bergers allemands.
"Depuis 50 ans, cette scène de barbarie défile sans cesse devant mes yeux. Je n'oublierai jamais l'assassinat de mon ex petit ami", raconte-t-il les larmes aux yeux. Un mouchoir sur la bouche
De retour à la vie civile, le cauchemar a continué. "L'homosexualité était synonyme de honte et de péché mortel dans la société catholique et bourgeoise d'après-guerre", raconte-t-il. Pour tenter d'oublier son ami Jo et des penchants affectifs qui faisaient de lui un paria, Pierre Seel décide de se marier. "Je voulais vivre comme les autres", dit-il.
Devenu directeur de société, il restera marié pendant 28 ans, et aura 4 enfants. "Mais je n'ai jamais oublié ma vraie nature et mon ami Jo. Je pleurais chaque fois que je faisais l'amour à ma femme. Le spectre de Jo me hantait."
"Pendant 40 ans, j'ai vécu avec un mouchoir sur la bouche", avoue Pierre Seel. Il aura fallu les attaques homophobes de l'évêque de Strasbourg à l'occasion d'une réunion de l'ILGA en 1982 pour qu'il sorte enfin du silence dans lequel il s'était emmuré. Il publie une lettre ouverte pour répondre aux propos offensants de l'évêque qui traitait les homosexuels "d'infirmes", s'exposant ainsi au regard de sa famille, à qui il avait toujours caché son amour des garçons.