Un bon pédé est-il un pédé qui a «le style hétéro»? A chatter sur Internet, la question se pose tant la référence est répandue dans les petites annonces. Elle induit l’idée qu’il existe une hiérarchisation au sein de la communauté gay où les acteurs les plus virils sont les plus désirables. Qu’est-ce à dire?
La drague internautique a encore de beaux jours devant elle, comme l’atteste le nombre croissant d’annonces que les sites de rencontres fournissent chaque jour.
Ce jeu de dupes, qui pour beaucoup, peu imaginatifs, s’apparente à un vaste «boxon», s’impose comme le médium favori de la jeunesse homosexuelle en Suisse romande. La raison de cet engouement demeure que l’internaute ne prend aucun risque de confrontation directe en naviguant, l’identité masquée, sur ces eaux virtuelles. Faut-il percevoir un paradoxe entre ce jeu de cache-cache, ou plutôt de dissimulation, et l’aspiration à briser le cercle de la honte, tâche qui incombe à la communauté LGBT elle-même? L’expression de ce paradoxe trouve sa forme la plus manifeste dans la description que de plus en plus de jeunes gens fournissent aux autres chatters sur leur propre compte en se qualifiant d’hétéros, ou en usant de formules telles que «look hétéro» ou «style hétéro». Qu’est-ce à dire dans les faits?