Commenter /
Lire les commentaires
[0]
 |
Le sujet :
Avant l'ombre qu'y a-t-il ? Après l'ombre que reste-t-il ? Se souvenant des découvertes d'Oskar Schlemmer, l'homme du Ballet triadique sous influence Bauhaus, d'Alwin Nikolais, chorégraphe des formes et des couleurs qu'il fréquenta à Angers, ou de Merce Cunningham, génie américain qui le premier flirta avec la vidéo, Decouflé fait de 'Sombreros' un terrain d'expérimentations. Décor changeant par la magie de projections, jeu du chat et de la souris entre virtuel et réel de la chorégraphie, décalage musical entre la partition de Brian Eno et les créations sonores de Sébastien Libolt, cette oeuvre a l'extrême élégance d'emporter le visiteur d'un soir dans un autre monde.
Chorégraphie de Philippe Decouflé - Musique de Brian Eno
Avec Clémence Galliard, Yannick Jory, Sébastien Libolt, Alexandra Naudet, Leïla Pasquier, Aurélia Petit ou Nathalie Hauwelle (en alternance), Christophe Salengro, Olivier Simola, Christophe Waksmann
Adresse :
THEATRE NATIONAL DE CHAILLOT
1 PLACE DU TROCADERO - 75016 PARIS
Accès :
METRO : TROCADERO
Le spectacle :
Feu d’artifice créatif, sublime variation sur le thème de l’ombre (et tant d’autres), Sombrero embrasse théâtre, musique, cinéma et danse, et remet Decouflé à l’épreuve du solo… L’œuvre séduit, mais interroge : un trop plein d’images tue-t-il l’image ?
Par quoi commencer ? Il y a tant de choses à dire, tant d’images puissantes et fantasmagoriques à décrire, tant de domaines qui s’entrechoquent dans ce réjouissant patchwork, alors commençons par le début : deux acteurs font leur entrée en scène côté gradins. Lestés de gigantesques sombreros, ils descendent une à une les marches de la salle Jean Vilar de Chaillot, en déroulant leur partition et préviennent : « A la sortie, votre moi socio-culturel habituel vous attendra. Soyez confiants ». Nous voilà donc rassurés, et parés au voyage. Une plongée d’une heure trente en terre découfleenne, où la compagnie DCA a rarement aussi bien porté son nom : D comme diversité, C comme camaraderie, A comme agilité.
Diversité des arts d’abord : la vitalité créative de Philippe Decouflé embrasse toutes les formes. Musique (signée Brian Eno, aux accents tantôt contemporains tantôt rappelant les notes d’un Yann Tiersen). Théâtre (on n’est pas totalement convaincus par les textes de Carlo Ponti d’ailleurs). Cinéma : le créateur rend là un hommage appuyé à Murnau, à Dreyer, mais aussi au western spaghetti, jusqu’au final burlesque façon Le bon, la brute et le truand.
Danse encore, bien sûr. Pas de deux des danseurs avec leurs ombres réelles (corps et visages peints) ou virtuelles (projections au cordeau) : le chorégraphe signe quelques séquences magnifiques et s’autorise un solo rageur qui aiguise l’envie féroce de (re) découvrir son solo intégral, création 2003 qui sera présentée dans la même salle, dans quelques jours. BD enfin, pour ce fan de longue date qui croque ses personnages façon cartoons, avec malice et sans craindre le kitsch, l’humour, ou le décalage.
Tourbillon plastique
Camaraderie et agilité, car cette attachante brochette d’acteurs-danseurs-musiciens est à l’unisson et chaque interprète, qu’il se produise en solo ou à plusieurs déploie une virtuosité à toute épreuve. Decouflé lui-même partage ici l’affiche avec des compagnons de route au long cours Clémence Galliard, Christophe Salengro, Alexandra Naudet, superbe, ainsi que Sébastien Libolt, Christophe Waksmann. Enfin Manon Andersen, par ailleurs interprète savoureuse des Epis noirs, dont on retrouve ici le sourire, les formes généreuses, la voix perçante et les petits cris singuliers et drôles.
Les images se succèdent donc dans un tourbillon plastique de toute beauté : noir et blanc éclatant, jeux d’ombres portées, miracles visuels, qui naissent tantôt de la technologie la plus élaborée, tantôt de trois fois rien : une lampe de poche et un mouvement circulaire, tout comme les ombres chinoises prennent corps avec une main sur un tissu blanc. Une esthétique de haut vol, qui cherche et trouve.
Le public conquis se lève comme un seul homme pour applaudir l’exploit. Mais on se demande pourtant si abondance de biens, dans un ensemble au final un peu touffu, ne nuit pas, si un trop plein d’images ne tue pas l’image. Et surtout, quid du fond dans cette explosion formelle et poétique ?
Source Fluctuanet
Mis en ligne le 13/11/08