Cabaret aux Folies Bergère
Mise en scène Sam Mendès. Aux Folies Bergères, jusqu’au 31 décembre 2006
Wilkommen, Welcome, Bienvenue !
Dans des Folies Bergère transformées en un Kit Kat Klub berlinois décadent, la rencontre d’une chanteuse-danseuse vaguement vedette, Sally Bowles, et d’un écrivain américain, Cliff Bradshaw. Un musical faussement léger sur fond de montée du nazisme. Réjouissant et redoutablement efficace.
Les mythiques Folies Bergère ont fait table rase. Les fauteuils d’orchestre ont été totalement démontés et remplacés par 400 chaises et 100 tables éclairées de lampes rouges, entre lesquelles vont et viennent des serveurs du lieu. On peut y boire et y manger, comme au Cabaret. Le décor affiche les lettres « KIT KAT KLUB », rehaussées de loupiotes. A cour et jardin, deux escaliers de métal. A l’étage, l’orchestre live et, au rez-de-chaussée, le plateau principal, où se nouera l’intrigue.
Wilkommen, bienvenue, welcome...Avec cette chanson culte, le maître de cérémonie nous accueille. Créature singulière, joyeusement cruelle et délicieusement ambiguë, blond peroxydé ou brun selon les soirs (ils sont deux à se partager le rôle, David Alexis, excellent, et Fabian Richard), il arbore tour à tour tenue SM, costard, redingote de cuir d’allure nazi ou pyjama rayé de déporté. Le vrai clou du spectacle, c’est lui.
A ses côtés, Sally Bowles (Claire Pérot ou Virginie Perrier ), chanteuse anglaise, vedette du club, Cliff Bradswhaw, écrivain américain en quête d’inspiration pour son prochain roman, Fraulein Schneider, quinquagénaire logeuse d’une pension modeste et Herr Schultz, son prétendant secret.
Tout ce petit monde se courtise, s’aime, se quitte et se retrouve, sur fond de chansons. Sur fond de montée du nazisme surtout.
La version théâtrale recentre l'intérêt sur les dialogues, alertes et très bien traduits, et sur les excellentes chansons, écrites dans le style des années 1920 et 1930. Claire Pérot est éblouissante de naturel mutin, à la fois catin et enfant, elle est bonne comédienne, bonne danseuse et bonne chanteuse.
Le rôle omniprésent du Maître de cérémonie, créé par Joel Grey à la scène et à l'écran, revient à Fabian Richard, impudique et ambigu, mais d'une manière très différente de l'original. Qu'il soit en tenue SM et moulante, en manteau de nazi ou en habit à rayures des camps, son talent éclate. Même si elle ne chante pas très bien, Catherine Arditi est bouleversante dans le rôle de Fraülein Schneider, créé à la scène par Lotte Lenya, la veuve de Kurt Weill.
Autour d'eux, des seconds rôles parfaits, une troupe épatante, vive, sexy, un orchestre tonique. Tout cela prouve que les Français sont capables d'un professionnalisme impeccable et multi-facettes à l'anglo-saxonne (certains acteurs et danseurs jouent aussi d'un instrument). La mise en scène de Sam Mendes et la chorégraphie de Rob Marshall sont d'une efficacité minimaliste prodigieuse dans ces Folies Bergère rhabillées en Kit Kat Club avec petites tables à loupiotes où le public sirote champagne et cocktail.
On ne sort pas indemne de Cabaret, mais on n'a qu'une envie : y retourner.
P.E pour Gayvox
Informations :
Le site officiel
Les Folies Bergere
Mise en ligne le 16 novembre 2006