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Mémoires d'un jeune homme rangé.

De ses relations avec son père Robert, son fils Robert (dans "Lunar Park" tout du moins), sa créature dans "American Psycho", Patrick Bateman, Bret se libère. Non qu'il soit véritablement en odeur de sainteté - l'écrivain de tous les excès ne va tout de même pas devenir un ascète - Il revient apaisé voire assagit. À sa manière. Car en librairie, son nouvel équilibre prend la forme d'un roman mi-psychanalytique, mi-fantastique, avec maison hantée, revenants, spiritisme et tout le toutim.
Il s'aventure donc dans un genre nouveau, tout en restant fidèle à lui-même. Il n'est pas arrivé là par hasard.

Si on résume, tout lui réussit. Un premier succès littéraire à tout juste 21 ans, du best-seller polémique "American Psycho" adapté au cinéma, un compte en banque que l'on suppose bien garni; "Glamorama" son avant-dernier roman, en passe d'être porté à l'écran également, et, aujourd'hui, un nouvel opus : "Lunar Park". Il est un auteur accompli, culte pour certains, et pourtant c'est en tant que loser qu'il se met en scène dans ce roman. Un authentique loser, drogué, alcoolique, dépressif et déjanté qui se prépare des vokda-orange au petit déjeuner. Aussi sûrement défoncé qu'il est coincé dans une grosse baraque et dans une vie conformiste qu'il regarde avec le mépris de celui qui sait qui n'entrera jamais dans le moule. L'esprit critique de l'auteur, toujours aussi acerbe, s'illustre à nouveau dans son recours au "name dropping", ce raccourci percutant - qu'il utilise cependant avec plus de parcimonie qu'à son habitude. Bref, Bret observe avec une lucidité déconcertante et dénonce, peut-être malgré lui, les symptômes du mal qui nous ronge... Parce que les séances d'acuponcture à 500 dollars pour des enfants surmenés dans leurs fringues de marque, la thérapie de couple chez le psy à la mode que tout le monde s'arrache, tout comme les histoires d'amour entre mannequins et acteurs sont autant de préoccupations qui nous sont étrangères. Mais que l'on vient rechercher dans l'écriture d'Ellis. Ce roman, s'il comporte comme les précédents son lot de people, de drogues et d'abus, marque néanmoins la transition vers une nouvelle écriture.

Lunar Park
Roman de : Bret Easton Ellis
Editeur : Robert Laffont
Sortie : 10/2005
Prix : 19€

Fran, pour gayvox.com 2005




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