Rencontre avec Zazie
Avoir appelé votre album Totem, était-ce juste pour le plaisir de répondre à la négative à une subtile allusion à votre précédent album Rodéo ?
Non ! Je m’en suis aperçue après, j’ai même pensé le changer à cause de ça, parce que ça m’agaçait profondément et que je voyais arriver le «après les cow-boys, les Indiens, etc.», mais comme
Rodéo ne ressemblait pas à un truc de cow-boy, je me suis dit que
Totem ne ressemblait pas à un truc d’Indiens, donc… Marrions-les ! Ce n’était pas prémédité.
Rien à voir avec Pocahontas ?
Avec l’état sauvage, je dirais. Le côté sauvage « pieds nus et sans chignon » et le côté sauvagerie, violence. Pas le mien, mais tous nos états, à nous.
Vous aviez d’ailleurs commencé à l’aborder, avec le titre « Je, tu, ils », par exemple, dont le clip était assez explicite.
Oui, c’est vrai, il y avait une ambiance un peu tribale. Je n’ai pas vraiment fait attention à ça, à un éventuel écho, ce n’est pas évident de faire et de se regarder en même temps. Mais il n’y avait pas de boucle à boucler non plus. On ne change jamais, on fait toujours la même chose, la même chanson, selon les expériences que l’on a. On tourne un peu autour du pot, du même pot. Moi, je parle toujours de la faille, de la faiblesse ou de la rupture, c’est ça qui m’intéresse, et c’est donc éclairé chaque fois d’une manière différente, mais forcément, c’est toujours moi.
Vous vous questionnez apparemment beaucoup sur l’identité, le genre féminin ou masculin. Cela s’exprime souvent visuellement, vous proposez, et laissez l’interprétation très ouverte.
Sur le genre, plus le temps passe, plus je me rends compte que la société dicte beaucoup de choses. Le verbe
« aimer », verbe intransitif pouvant s’adresser aussi bien au masculin qu’au féminin que l’on a en nous, ou que l’on a en face, m’importe de moins en moins. Sans doute parce que j’en étais prisonnière, en bonne hétéro de base. Je me suis rendu compte que l’amour était juste un truc à inventer entre deux personnes, du féminin ou masculin. Chacun possède les deux, j’ai une masculinité en moi, et je me retrouve avec des hommes assez féminins en général, ce qui peut être complémentaire, mais cela reste un exemple comme un autre, deux masculins se complètent de la même façon. C’est l’amour qui compte, merde !
Sans lever le poing et faire du communautarisme, chacun fait ce qu’il veut et a le droit à l’indifférence, et non la différence.
La mode étant souvent lancée par des stars, assumez-vous le fait que si demain, vous portez un fuseau, cela pourra avoir de terribles répercussions ?
Non, je ne l’assume pas du tout ! J’aimerais que, si les gens suivaient ma mode, ce soit pieds nus sur une scène plutôt que d’avoir un truc de chez Gucci. On a trop remplacé l’être par l’avoir et j’essaie de faire l’effort inverse. Même si je ne me gêne pas pour m’offrir une fringue si j’en ai envie, je suis une fashion victim comme n’importe qui !
Etes-vous satisfaite de l’image que vous véhiculez ?
On ne peut jamais être satisfait de son image, qui est figée et souvent caricaturale. Si je me trouve belle sur tel cliché, le fait que je ne sois pas chaque seconde si belle, je me dis que si les gens m’aiment comme ça, s’ils me voient en vrai, ils me détesteront ! Je préfère les photos de moi qui reflètent un moment, comme en concert, même si mes cheveux ne sont pas en place, que je sue et que je fais une tête pas possible, je serai heureuse de me souvenir de ce moment, dans l'instant.
Les réactions sont donc bonnes ? Les gens ont la bonne opinion sur vous ?
Oui, ce n’est pas non plus à l’ouest de ce que je suis. Le côté « bonne copine » m’agace un peu, par contre, parce que je n’ai pas l’impression d’être si gentille tout le temps, mais je comprends. Je n’ai pas démarché un côté très inaccessible, très paillettes, très « star system », c’est normal que les gens aient l’impression que je sois un peu à côté d’eux. J’espère qu’ils peuvent se rendre compte que c’est vrai, bien sûr, au niveau de mon travail, de ma musique. Mais de temps en temps, cela arrive que certains fassent l’amalgame. Gentiment, bien sûr, ça reste mignon. Je prends juste le temps de leur rappeler qu’eux me connaissent, mais que moi, je ne les connais pas, et ça passe très bien.
Sans transition aucune, écoutez-vous vos disques ?
Alors… Bonne question ! Non. La musique que l’on fait n’est pas la musique que l’on écoute. Par contre, sans me flatter, pour les deux derniers albums, j’ai dit à mes copains que j’aimerais bien qu’on fasse un album que je puisse écouter après. Ça ne veut pas dire que je l’écouterai mais je pense qu’il est important de garder en mémoire, pour ne pas se trahir, le public qu’on est.
Vous avez arrêté de lire pendant que vous écriviez votre dernier album : sur quel livre vous êtes-vous jetée une fois l’album terminé ?
La Théorie des nuages. J’ai bien aimé le titre ! ça me semblait bien pour un atterrissage en douceur après avoir passé du temps dans les nuages. Mais j’ai dû mettre 10 jours à lire un seul chapitre. Ah ! non, non, c’est pas vrai, le premier livre que j’ai lu après, c’est
le Pacte Écologique, de Nicolas Hulot. Je voulais voir un peu de quoi ça causait et j’ai adoré ce bouquin. Il se lit comme un roman. C’est très intéressant, il a une approche romanesque de l’écologie.
Vos pochettes d’albums : vous avez été suspendue et baignée dans une peinture bleue, vous avez fait d’une photo retournée deux de vos pochettes. Vous essayez de nous faire passer un message, ou avez-vous un souci avec la gravité et les choses à l’endroit ?
Mes chansons défient l’apesanteur, elles sont ma manière à moi de décoller. C’est un monde rêvé, un monde qui n’existe pas, j’essaie donc de détourner la réalité, en fonction de la vision des gens. La première fois qu’on m’a « retournée », si je suis m’exprimer ainsi, c’était Mondino et c’est lui qui a eu l’idée de retourner la photo. Il avait pris des photos de moi, contre un mur, et il a dit « c’est bon, j’ai ce que je veux ». Je me suis dit que c’était un peu banal, un peu léger, quoi, c’était quand même Mondino ! et il m’a montré la photo, qu’il avait déjà retournée. Il a dit « c’est une pompe du futur » que tu fais là ! Et c’est ça aussi, le travail de l’artiste. De voir ça, de moi. Le bleu aussi est présent sur les trois dernières pochettes, c’est sans doute ce que j’évoque aux photographes avec qui j’ai travaillé, et pourquoi pas !
Cette photo pour
Totem me plait, on m’a mise entre l’eau et l’air, et il n’y a pas d’effets spéciaux débordants, c’est tout simple. J’étais couchée pour la photo, et je me retrouve debout en la retournant simplement. Il suffit de la remettre à l’endroit pour s’apercevoir du « trucage ».
Les trains et la vie en général ont un rapport, comme vous le dites dans « des rails », premier single de l’album Totem ?
Le train de vie, le train-train, sortir hors des rails, je peux vous en citer une trentaine d’expressions comme ça, où le parallèle est possible. C’est juste une notion de partir d’un point A et aller à un point B, avec des aiguillages possibles. Et puis le train est le moyen de transport le plus écolo qu’on ait !
SKZ pour gayvox.com
Mars 2007