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Bernard Bousset - Homme d'Affaires - Cofondateur du SNEG
par Thierry Mallet

Nous nous sommes rencontrés Monsieur Bernard Bousset et moi en 87 au gigantesque Geopoly (la première de ses créations). Je postulais alors pour un poste de maître d'hôtel. Rempli d'incertitudes, je me présentais à lui.
Peu rompu à l'exercice difficile de l'entretien d'embauche, impressionné, intimidé, maladroit, j'ai du passer l'épreuve sans trop d'embûches car ma candidature fut retenue. Une rencontre exceptionnelle et une opportunité Outre-Atlantique me firent décliner l'offre faite. Comment imaginer que quatorze années plus tard, nous aurions de nouveaux rendez-vous et que les mêmes craintes enfouies depuis lors resurgiraient...Que voulez vous, il est des hommes qui impressionnent. Bernard Bousset est de ceux là.
Aussi, c'est l'air penaud que Laurent et Moi, nous présentions devant l'entrée de l'immeuble cossu où l'on nous attendait. Journalistes ou prélats ? interviewou audience ?
A l'instant même où nous fumes reçus, nos doutes se dissipèrent, bien au-delà de l'apparence redoutable de l'homme d'affaires avisé. C'est un monsieur charmant qui reçu agréablement. Exempt de toute fanforterie et non avare de bon mots, il se livra à nos questions de la façon la plus affable qui soit : «Vous raconter ma vie, certes non ! Il vous faudrait noircir trop de pages. Dix volumes ne suffiraient pas à les contenir et au fond ça n'intéresserait personne !
Mais pour l'essentiel, puisque notre histoire commence avec le Geopoly, sachez que c'est une affaire que j'ai crée en 87, après avoir quitté le siège du Club Méditerranée où j'exerçais les fonctions de directeur des ressources humaines. Le concept de Geopoly était novateur. L'idée était de proposer sept cuisines du monde dans un local immense sur trois niveaux. Un pari fou, on y parlait déjà de cultures, de goûts et de couleurs différentes. L'idée a fait son chemin et nombre de restaurants proposent aujourd'hui des cartes métissées. La tendance est au mélange des saveurs, des genres, des
races...L'humanité serait-elle en route ? La Piscine Deligny fut aussi une entreprise démesurée. Redonner vie à ce monument historique oublié de tous, ne fut pas une mince affaire. Cette barge d'eau flottante sur la Seine rouillait d'ennui. Nous en fîmes un espace de fêtes de jour comme de nuit.
Le tout Paris «ébaubi» s'y donnait rendez vous.
Puis, c'est en 89, que j'ai acheté le sauna IDM que je conserve encore aujourd'hui. Nous l'avons agrandi, rendu plus confortable. Avec IDM, nous fumes les premiers à proposer, sur la scène du gay-tea-dance au Palace des garçons presque nus exhibant leurs muscles. J'ai repris ensuite Le Quetzal initié par mon ami Bernard Jabaud. Je l'ai cédé, il y a deux ans à Jean-François Chassagne.
L'Open Café a ensuite ouvert en 97. L'idée ? créer un bar ouvert sur l'extérieur, jouer la carte de la visibilité, extraire les garçons d'où ils se cantonnaient, briser les murs de la honte, s'ouvrir au monde, au yeux et à la face de tous ! De longs mois de travaux et plus de quatre millions de francs d'investissement ont permis d'atteindre nos objectifs. Le succès fut immédiat. Si L'Open aujourd'hui, ne désemplit pas, il faut admettre que cela n'est pas sans nous causer d'énormes soucis de voisinage. Ils m'ont valu d'être vilipendé, bafoué, honni, placardé injustement. Je compte sur la bonne volonté de chacun pour que cela rentre dans l'ordre. Les débordements de certains garçons, leurs attitudes pour le moins choquantes, nous conduisent aujourd'hui à moins de laxisme. Rappelons que les trottoirs du Marais appartiennent aussi aux piétons. Poussettes et personnes âgées ont bien du mal à se frayer un chemin les soirs d'affluence. Je déplore que ce qui semble possible à Londres, New York ou Amsterdam ne le soit pas à Paris.
Nous nous battons pour cela, mais chacun doit faire un effort, au risque de voir l'espace de nos libertés amputé pour une bonne part. Ouvrir un espace Gay dans le Marais, c'est s'exposer aux collectifs et associations de propriétaires et riverains excédés et souvent homophobes.
Ce n'est pas impunément que Gérard Vapereau, Alain Deboui, Jacky Fougeray et moi-même avons créé en 89 le SNEG.
Il y avait urgence. On nous accusait en pleine crise du Sida : «d'incitation à la débauche» car nous distribuions des préservatifs dans les bars et les discothèques. Par la suite, grâce au SNEG et au soutien de milliers de garçons descendus dans la rue, nous avons en 97 fait rouvrir certains établissements gay fermés arbitrairement. J'ai été aussi à l'origine, en 89, de la première émission de télévision qui débattait sur le SIDA : «Ruban Rouge». Sans des relations proches du pouvoir de l'époque et Jack Lang que je remercie ici publiquement, rien n'aurait été possible, ni sans les subventions de l'Etat non plus.
Au SNEG, nous avons réalisé de grands projets, fait évoluer les comportements, fait reculer l'intolérance, j'aurai tant à dire...J'ai quitté la présidence du SNEG en janvier 99.
Désormais, j'ai davantage de temps pour me consacrer à mes entreprises qui emploient bon nombre de salariés. Je salue leur travail et les remercie. Nous allons, pour le confort de chacun, agrandir Le Coffee Shop de L'Open qui bat des records : 300 couverts jours. A venir aussi un changement de carte et un menu que tous réclamaient. J'en profite pour souhaiter à Rachid (le chef), un prompt rétablissement suite à un souci de santé, qui j'espère ne nous privera pas de lui trop longtemps. Pour bientôt, je vous annonce l'ouverture de Hand Made, une boutique-traiteur de produits Anglais, très British, très Chic, très Touch, avec un service de livraison, idéal pour les break improvisés. C'est une enseigne en franchise qui a fait ses preuves (entre Le Coffee Shop et L'Open).
Avenir ? de grands travaux à L'Open, une métamorphose complète mais aussi un ambitieux projet qui devrait en étonner certains et en ravir bien d'autres ? Mais chut, c'est une autre histoire...
Coup de gueule ? Ils sont multiples : contre un virus bien sûr, contre le manque de cohésion entre les établissements du Marais et cette petite «gay- guerre» qui m'agace un peu il faut le dire.
Coup de coeur ? A mes clients en premier et à quelques copains sans qui le milieu gay ne serait pas devenu ce qu'il est. Je pense en particulier à Bernard Jabaud, Arnaud Marty La Vauzelle, Gérard Vapereau pour ne citer qu'eux, et bien d'autres disparus, qui dorment blottis au fond de mon coeur. Endroits préférés ? Le Café des Musées pour sa cuisine authentique, Chez Georges pour la vue, Bon pour le design, Le Tanjia pour m'évader.
Comble du luxe ? LaLiberté.
ndrl - Merci à Jean-Claude pour son accueil.

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