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Information relayée par TaPaGeS (TransPédéGouines de Strasbourg), le 7 avril 2007

Nous ne sommes pas des miettes,
ne nous contentons pas de miettes !



Discours prononcé par Larry Kramer à l’occasion des 20 ans d’ACT UP (www.actupny.org) au Lesbian, Gay, Bisexual & Transgender Community Center de New York City, le 13 mars 2007. Le texte original et l'enregistrement vidéo original de ce discours se trouvent à l'adresse http://www.gaycenter.org/events/actupVideo .


Rodger McFarlane, Eric Sawyer, Jim Eigo, Peter Staley, Troy Masters, Mark Harrington, David Webster, Jeremy Waldron et Hannah Arendt ont contribué aux remarques suivantes.

Un jour, le sida a débarqué.
C’est arrivé très vite.
Presque tous mes amis sont morts.
Eric parle encore de son premier amant, 81 kilos, 28 ans. Un athlète universitaire qui est devenu en quelques mois un sac d’os de 54 kilos couvert de taches violettes et de bosses. Nombre d’entre nous devront à jamais affronter de tels souvenirs.

C’est comme ça qu’ACT UP est né.
Nous avons organisé des réunions et des groupes de soutien et d’affinités à travers le monde entier. Des centaines d’hommes et de femmes se sont réuniEs toutes les semaines dans la seule ville de New York. Tout traitement contre le VIH aujourd’hui disponible l’est parce que des militants ont arraché ces médicaments des griffes des labos, des sociétés pharmaceutiques et du gouvernement. Ce résultat n’a aucun égal dans l’histoire du monde. Tout gay, toute lesbienne devrait se sentir immensément fierE d’un tel accomplissement. Des centaines de millions de personnes peuvent se soigner grâce à nous et sont ou pourraient nous être reconnaissants d’avoir sauvé leurs vies.

Tant de gens ont oublié, ou n’ont jamais su, comment ça s’est passé à l’époque.
Nous ne devrions jamais laisser oublier le fait que PERSONNE, je dis bien PERSONNE ne voulait aider des pédés qui crevaient.
En 2006, le sénateur Edward Kennedy a décrit l’« effroyable manque d’intérêt pour la souffrance de tant de personnes ».
Ronald Reagan a très clairement fait comprendre qu’il était irrévocablement opposé à ce qui, de près ou de loin, était en rapport avec l’homosexualité. Il aurait fallu attendre sept ans sous son mandat pour l’entendre prononcer le mot sida, le temps qu’il aura fallu à tout gay dans tout le monde pour être exposé au virus. Durant toute cette période, son gouvernement n’a pas édicté le moindre avertissement sanitaire, pas le moindre appel à la prudence. Qui se soucie d’un pédé qui crève ? Je crois que Ronald Reagan est responsable de plus de morts qu’Adolf Hitler. Ce n’est pas une hyperbole. C’est un fait.

Voici quelques-unes des actions entreprises par ACT UP pour attirer l’attention du monde sur la situation :
- Nous avons envahi les bureaux des entreprises pharmaceutiques et des laboratoires scientifiques et nous nous sommes enchaînéEs aux bureaux de leurs responsables.
- Nous nous sommes enchaînéEs aux camions qui essayaient de livrer les produits pharmaceutiques.
- Nous avons déversé avec largesse des seaux de faux sang dans les lieux publics.
- Nous avons bloqué les tunnels et ponts de New York et San Francisco.
- Nos enfants catholiques ont pris d’assaut la cathédrale Saint-Patrick de New York et ont pris à partie le cardinal O’Connor .
- Nous avons dispersé les cendres de nos morts sur la pelouse de la Maison Blanche.
- Nous avons coiffé la maison de Jesse Holmes d’une capote géante
- Nous avons investi les locaux de la bourse de NYC pour la première fois de son histoire et les avons tapissés de tracts appelant les courtiers à revendre les actions de la société pharmaceutique Burroughs Wellcome.
- Nous nous sommes enferméEs à l’intérieur du pôle de recherches de la société pharmaceutique Wellcome (maintenant nommée GlaxoSmithKline) propriétaire du brevet de l’AZT , les obligeant à nous déloger par la force.
- Nous avons régulièrement manifesté sous forme de « die-in » devant la Food and Drug Administration , l’Institut national de la Santé, les hôtels de ville, la Maison Blanche, le Congrès et tous les bâtiments du gouvernement. La manifestation à Wall Street, où une foule entière s’est allongée les bras croisés sur la poitrine devant des pierres tombales en carton jusqu’à que les flics viennent embarquer les militantEs par camionnettes entières, avait servi de point de départ à ces mobilisations.
- Il y a eu des actions massives à la FDA et au NIH . Il n’y a eu aucune réunion, nulle part, que nous n’ayons envahie, interrompue ou infiltrée.
- Nous avons averti la société pharmaceutique Bristol-Myers que s’ils ne le mettaient pas immédiatement à disposition, nous allions nous-mêmes fabriquer et distribuer à San Francisco un médicament prometteur que des militants avaient volé dans une de leurs usines canadiennes et dupliqué. Par la suite, le produit, maintenant connu sous le nom de Videx® a été commercialisé. (Ironie du sort : le Videx® fut découvert à l’université de Yale, que j’ai fréquentée et où je prends toujours part à des disputes militantes délicieusement agaçantes : ils sont eux aussi sacrément têtus !)
- Nous avons entièrement saccagé une réception chez Hoffmann-LaRoche lorsqu’ils ont retardé la sortie d’un médicament.
- Et nous avons protesté continuellement contre la couverture médiatique dramatiquement et scandaleusement inepte de l’épidémie par le New York Times : nous avons collé des dizaines de milliers d’autocollants à travers la ville de New York disant « Gina Kolata du New York Times est la pire journaliste sur la question du sida en Amérique ». Nous avons manifesté devant le siège de l’éditeur du New York Times sur la 5e Avenue, un certain Arthur Sulzberger.
- Nous avons manifesté partout. Il suffisait de nommer un de nos adversaires et nous débarquions chez lui, que ce soit devant l’hôpital Sloane Kettering, où s’est déroulée l’une de nos manifestations les plus spectaculaires qui a duré 24h/24 durant une semaine ou chez un autre de ces assassins haineux, notre maire placardisé Edward I. Koch : 3000 personnes ont manifesté contre ce monstre devant l’hôtel de ville.
- Et évidemment, nous avons manifesté contre nos indignes présidents. Reagan, nous l’avons hué lors d’un énorme événement AmFAR à Washington. Il n’était pas content. Bush a été traqué par 2500 d’entre nous jusqu’à sa résidence de vacances à Kennebunkport, dans le Maine, à la grande surprise des habitants. Enfin Clinton. Les mots me manquent pour exprimer la déception qu’il a représentée pour nous. Il s’est bien foutu de nos gueules et je crains que sa femme ne sera du même tonneau. Et puis Bush de nouveau, l’empereur au ramage le plus vil et au plumage le plus détestable. Nous sommes désormais trop peu nombreux pour le poursuivre.

Beaucoup d’entre nous ont été arrêtéEs. Beaucoup. Beaucoup. Nous avons sollicité de manière continue celles et ceux d’entre nos membres qui étaient avocats. En fait, c’était un sentiment merveilleux de se retrouver enferméE derrière les barreaux avec les frères et les sœurs qui se sont battuEs à vos côtés pour ce que vous pensez ardemment être la bonne cause.

Petit à petit, on nous a remarquéEs et on a peu à peu commencé à nous écouter.

Au cours de cette odyssée, certains de nos membres ont tant appris au sujet de notre maladie, de ses aspects médicaux, politiques et bureaucratiques, que nous en avons bientôt su plus que quiconque. On se retrouvait dans des réunions avec des scientifiques de compagnies pharmaceutiques qui ne pouvaient croire que nous n’étions pas médecins. J’ai assisté avec un groupe d’activistes à une réunion avec le docteur Anthony Fauci, que j’avais traité de « chef des assassins » dans plusieurs publications à travers le pays. Le docteur Fauci était et est encore responsable gouvernemental pour les questions sur le sida et directeur du département des maladies infectieuses au NIH. Nous avons pu lui démontrer point par point à quel point ses projets et idées étaient inférieurs aux nôtres. Nous lui avons montré ce qu’il devait faire et ne faisait pas. Nous lui avons démontré à quel point, contrairement à nous, lui, son personnel, ses médecins, ses scientifiques et ses statisticiens ne comprenaient pas cette population de patients. Nous avions trouvé nous-même nos propres médecins, scientifiques et statisticiens, dont certains ont rallié nos rangs. Quand nos idées étaient testées, elles fonctionnaient.
Nous avions raison sur toute la ligne.
Notre « assassin en chef », le docteur Fauci, est devenu notre héros quand il nous a ouvert les portes du NIH et nous a laissé entrer : un moment et un geste historiques !
Nous avons rapidement fait partie des comités devant lesquels nous avions manifesté et avons été impliqués dans les plus importantes décisions concernant le traitement de nos propres corps.
Nous avons entièrement réinventé le système des essais cliniques employé à ce jour pour toute maladie importante. Et, bien sûr, nous avons fait sortir ces médicaments. Et le délai d’approbation pour les nouveaux médicaments, qui était avant de 7 à 12 ans, est aujourd’hui réduit à moins d’un an.

ACT UP a fait tout ceci.
Mes enfants – pardonnez-moi de penser à eux en ces termes – dont la plupart d’entre vous êtes morts...
Vous devez connaître la douleur de la perte d’un enfant.
La plupart d’entre eux n’ont pas vécu assez longtemps pour pouvoir profiter du fruit de leur courage. Ils étaient courageux parce qu’ils savaient qu’ils pourraient mourir. Ils pouvaient se battre, et se battaient volontiers parce qu’ils sentaient qu’ils allaient bientôt mourir – qu’il n’y avait rien à perdre, et peut être tout à gagner.
Et, bien sûr, les enterrements se sont répétés.
Nous avons élevé les enterrements au rang d’œuvres d’art, tout comme nos manifestations, nos théâtres de rue. Nos dessins, dont certains sont maintenant dans les musées et galeries d’art, étaient des formes d’art aussi.
Dieu, nous étions si créatifs lorsque nous étions en train de mourir !

C’est important de fêter tout cela. Mais c’est difficile de le faire quand tant des nôtres manquent. Enfin, du moins pour moi.
Je sais que nous avons 20 ans.
Ça me semble incroyable que tant d’années se soient écoulées. J’ai l’impression que c’était hier. C’est difficile de faire la fête quand on a des souvenirs aussi puissamment douloureux et tragiques. Nous avons tenu tellement d’entre nous dans nos bras. On n’oublie jamais un amour comme celui-là. Ne vous y trompez pas, le sida était et est une tragédie terrible qui n’aurait pas du devenir une pandémie. Quand j’ai commencé, il y avait 41 cas. Aujourd’hui, il y en a 75 millions. Il faut l’aide de beaucoup d’ennemis pour en arriver là.

Rodger McFarlane a écrit cette liste des accomplissement d’ACT UP :

- Accélération de l’approbation des nouveaux médicaments expérimentaux.
- Élargissement du protocole compassionnel des nouveaux produits expérimentaux et des nouvelles applications pour des médicaments existant.
- Mise en place d’une alternative mathématique aux funestes études en « double-aveugle placebo » de la vieille époque.
- Mise en place de méthodes statistiques rigoureuses pour les modèles de recherche communautaires.
- Accélération et élargissement de la recherche en immunologie, virologie et pharmacologie.
- Dénonciation et attaque en justice des pratiques douteuses entre le NIH et la FDA d’une part et les groupes pharmaceutiques de l’autre (maintenant, avec notre déclin, ces pratiques sont à nouveau hors de contrôle).
- Mise en place d’un contrôle des consommateurs sur l’approbations de la FDA concernant la classification des médicaments et sur le NIH concernant la recherche médicale.
- Mise en place par l’État de programmes d’aide médicale et élargissement de la surveillance par les consommateurs de l’assurance maladie et des formulaires de remboursement.

Chacune de ces réformes améliore profondément la santé et la survie de centaines de millions de personnes bien au-delà du sida et cela pour des générations à venir.

À ceci, j’ajouterai qu’ACT UP est à l’origine des initiatives suivantes :
- « Needle Exchange »,
- « Housing Works »,
- « AID for AIDS »
- The AIDS treatment Data Network
- The GlobalAIDS Action Committee
- HealthGAP
- Et le TAG – Treatment Action Group

Peut-être ignoriez-vous que nous avons fait tout cela. Nous savons bien que les historiens n’incluent jamais aucune référence aux gays dans leurs histoires. Les gays ne sont jamais inclus dans l’histoire de quoi que ce soit.

Aujourd’hui, le docteur Fauci admet que la médecine moderne peut être divisée en deux périodes : avant et après ACT UP.
Il a déclaré au New-Yorker « ACT UP a remis la médecine entre les mains des patients, là où elle doit être ».

Comment se fait-il que ce groupe de gays - appelez-nous les « survivants » ou les « descendants » de ceux qui ont fait tout cela -, soit si relativement inutile maintenant ?
Peut-être que le mot « inutile » est trop dur. Disons « inactif », ou « invisible ».
Non, finalement « inutile » n’est pas si dur.
Bon, admettons que nous soyons sous-employéEs.
Aussi longtemps que je vivrai, cela restera une énigme.

À l’époque, nous n’avions que le présent.
Nous étions libéréEs de la responsabilité de devoir penser à l’avenir, donc, nous pouvions agir.
Aujourd’hui, nous n’avons que notre avenir. Imaginez ce que cela peut signifier de penser comme ça. Aujourd’hui, ceux qui n’avaient pas d’avenir n’ont qu’un avenir. Et je ne parle pas que des personnes réunies dans cette salle, mais des gays partout dans le monde.
Nous pensons à nouveau à ce qu’« ils » pensent de nous.
Il semblerait que la plupart d’entre nous ne soit plus si libre d’agir.
Notre peur avait été transformée en énergie. Nous étions libres de crier « Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre ! »
Troy Masters, qui publie LGNY , m’a écrit : « ACT UP a reconnu le Mal, et l’a affronté bruyamment ».

Oui, nous avons affronté le Mal.
Durant un certain temps.

Nous ne disons plus « Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre ! ». Du moins pas pour que qui que ce soit puisse l’entendre.

Mais le Mal qui m’a mis en colère à l’époque continue de le faire.
Je pose toujours la question autour de moi : « N’y a-t-il rien qui vous fâche, vous aussi ? ».
N’y a-t-il donc rien qui fâche qui que ce soit ?
En sommes-nous revenuEs à l’année 1981, entouréEs et étoufféEs par des personnes aussi peu intéressées par leur survie qu’elles l’étaient en 1981 ?
À ce sujet, j’ai prononcé un discours et écrit un petit livre intitulé « La Tragédie des gays d’aujourd’hui ».
C’était il y a environ deux ans.
Beaucoup d’applaudissements.
Beaucoup de remerciements.
Pas d’action.

Une étude danoise publiée il y a quelques semaines a annoncé que la durée de vie après l’infection par le VIH est maintenant de 35 ans.
35 ans. Vous vous rendez compte ?
C’est grâce à ACT UP.

Une bande de gaminEs qui a appris à monter des actions de rue, à maîtriser les médias, à mener des bras de fer qui ont apporté de gigantesques changements institutionnels aux répercussions énormes. Nous avons inspiré la création de centaines d’associations de lutte contre le sida à travers le pays. Notre action a permis de dégager des millions de dollars par an et de faire travailler des dizaines de milliers de volontaires sur le terrain, rassemblant en même temps une expertise clinique immense et gagnant une autorité morale sans précédent dans l’histoire de la médecine.

Nous sommes responsables de tout cela.
Et nous avons obtenu les médicaments.
Ce n’est ni le NIH, ni la FDA qui les ont obtenus, c’est nous
Nous avons cassé les pieds de la FDA et du NIH jusqu’à qu’ils les aient approuvés et mis à disposition.

Ce bon vieil ACT UP a été bien utile.

Mais il ne l’est plus.
Le vieil ACT UP n’est plus assez utile.
Nous ne sommes pas assez nombreux/-ses. Trop peu de gens assistent aux réunions. Nos groupes se sont évaporés.
Le volume de notre voix a baissé.
On n’entend plus nos protestations.

Nous devons être entenduEs !
Il le faut.

Nous ne sommes pas des miettes, ne nous contentons pas de miettes !

Aucun responsable public ne mérite notre soutien.
Aucun.
Tous les jours, ils agissent contre nous de manière de plus en plus brutale.
Je ne voterai pour aucun d’entre eux et vous ne devriez pas le faire non plus.
Voter pour une de ces personnes, leur accorder votre soutien, c’est les encourager dans le suprême mépris dans lequel ils nous tiennent.
Et nous devrions leur faire savoir, à chacun d’entre eux, que nous ne les soutiendrons pas. Peut-être que le fait que les pédés ne les soutiennent pas leur fera gagner plus de votes, mais au moins nous aurons sauvé notre dignité personnelle.
Et je prédis : cela nous attirera le respect de tous ceux qui, depuis longtemps, se demandent pourquoi nous nous laissons traiter de manière aussi brutale année après année, pendant qu’ils nous privent de notre virilité, de notre féminité, de notre humanité.
Aucun d’entre eux, candidatE ou personnalité publique, ne prendrait notre défense.
Nous l’avons vu souvent.
De Bill Clinton avec sa politique du « Don’t Ask, Don’t Tell » et son soutien à la loi immonde de « Défense du mariage », à Hillary, avec ses inacceptables discussions sur nos positions. Cette femme est incapable de faire des propositions simples et détaillées. (Lisez David Mixner à propos d’Hillary et Bill : ça fait peur. Allez faire un tour sur www.davidmixner.com).
Ann Coulter traite les gens de « pédés » et d’« anormaux » sans être inquiétée. Andrew Sullivan lui a répondu que « L’émasculation des hommes membres de groupes minoritaires est un procédé ancien au service de la bigoterie la plus immonde ! ».
Et pas plus tard que ce matin, le général des armées Peter Pace a déclaré qu’il pensait que les 65000 soldatEs lesbiennes et gays qui se battent en ce moment même pour ce pays sont amoraux/-ales.
Que le premier soldat de ce pays puisse dire une telle chose sans risquer la moindre poursuite est répugnant.

Si j’en ai après Hillary et Bill Clinton, c’est parce que je pense qu’elle, ou plutôt qu’ils pourraient gagner les élections. Deux pour le prix d’un : impossible de résister.
Il est donc important de poursuivre les Clinton maintenant, pendant qu’il est encore temps de négocier leur soutien plutôt que de s’allier à eux.
Beaucoup trop de gays et de lesbiennes, et de nos associations, collectent des fonds pour elle et la portent aux nues sans réserve, et cela beaucoup trop tôt.
Quant à Bill, certes, il fait du bon travail contre le sida en Afrique, mais ce serait bien de faire la même chose en Amérique pour tous ceux qui passent entre les maillons du Ryan White Drug Assistance Program.
Avez-vous remarqué à quel point c’est à la mode, pour les institutions et les deux Bill, Gates et Clinton, de faire de bonnes actions en Afrique, mais manifestement ringard de faire la même chose en Amérique ?
Je n’aime pas cette femme, mais je pourrais l’aimer si elle ne se foutait pas de nous comme l’a fait son mari.

Nous ne sommes pas des miettes ! Nous n’accepterons pas des miettes !

Le CDC déclare que 300000 hommes qui ont eu des rapports avec des hommes sont morts pendant ces derniers 20 années.
Je connaissais bien 500 d’être eux : je sais qu’il s’agit d’un mensonge. Tout comme je sais que les chiffres du CDC qui indiquent un pourcentage dérisoire de personnes gay est un mensonge face aux 20 % indiqués par le Williams Institute de l’UCLA .
Qui nie le « génocide » qu’ils nous infligent ?
Ils ne veulent pas de nous.
Quand finirons-nous par l’admettre ?

Nous affrontons les discriminations à chaque coin de rue.
Quand nous nous préparons à mourir, les plus ancienNEs d’entre nous doivent payer des taxes incroyables. Cela nous empêche de léguer nos biens à nos amantEs, ou aux associations gay. Mon Dieu quelle terrible perspective, n’est-ce pas, d’imaginer que des gays puissent léguer leur fortune à des associations gay ! Vous pensez que j’ai un approche trop « élitiste » de cette affaire ? Eh bien, vous utilisez ce Centre Gay et Lesbien en ce moment même, comment pensez-vous qu’il a été financé ?
L’imposition sans la représentation politique est ce qui a mené à la Révolution.
Maintenant, plus de 200 ans plus tard, les personnes gaies n’ont toujours pas l’égalité.
Les gays n’ont d’égalité en rien dans ce pays.
Ils nous traitent de manière criminelle.
Chaque année qui passe nous éloigne de plus en plus du progrès et de l’égalité.
George W. Bush laissera un héritage de haine que nous mettrons des années à effacer.
Il a rempli chaque tribunal de ce pays de juges conservateurs nommés à vie. Il a placé de façon inamovible un conservateur à chaque poste-clé du gouvernement.
Cela signifie que même le plus tolérant des présidents futurs ne pourra pas nous libérer de cette haine. Aujourd’hui, les éluEs du Congrès font illégalement pression sur les juges, et si le président réprouve la façon dont un juge s’est comporté, il le révoque, ce qui est également illégal. La Cour Suprême ne nous accordera pas l’égalité dans un avenir proche, or c’est de la Cour Suprême que tout doit venir.
Ce sont eux qui élaborent les lois discriminatoires de ce pays.
Si ça ce n’est pas de la haine, si ce dont je parle ne représente pas la haine, j’ignore ce qu’est la haine.
Pour eux, nous ne sommes que des miettes… et encore.

Et je ne parle pas seulement du mariage gay.
Les candidats aux élections ne parlent que du mariage gay, en multipliant les déclarations d’intention. Mais ils ne parlent pas d’égalité des droits. Le mariage gay ne sert qu’à détourner l’attention, à donner l’impression de parler des gays. Mais en réalité ils n’en parlent pas. Et nous ne leur demandons pas de parler du type d’égalité dont je parle, mariage ou non. Le thème du mariage gay sert de diversion qui leur permet de faire semblant de parler des gays alors qu’ils n’en font rien.
Pour une raison qui m’échappe, le mouvement gay a réduit ses maigres exigences au mariage. Eh bien pour le moment, mon amant et moi-même ne souhaitons pas nous marier, mais en revanche, nous aimerions être égaux.

Je voudrais que toutes les personnes gay admettent ce simple fait, cette vérité incontestée : on nous hait.
Combien faudra-t-il de mortEs dans nos rangs pour que nous en soyons persuadéEs ?
Près de 70 millions de cas de VIH ont mijoté dans un chaudron rempli de haine.

Mark Harrington m’a dit la semaine dernière que l’une des choses formidables qu’ACT UP avait réussies était de nous avoir renduEs fierEs d’être gays.
Notre militantisme était un acte d’amour.
Notre militantisme était un acte d’amour tourné vers les autres : nous avons tenté de nous soigner, de nous maintenir en vie.

Plus personne ne s’occupe de nous aujourd’hui comme ACT UP l’a fait à l’époque.

ACT UP ne nous sauve plus maintenant.
Il ne s’agit pas de pointer du doigt pour désigner des coupables.
C’est comme ça.
Plus personne ne va aux réunions, nos groupes dans le monde entier ont presque disparu.
Admettez-le.
Je ne veux pas fonder une autre association. Pourtant je sais que nous le devrions.
Ou, au moins, administrer un électrochoc à celle-ci.

Et je sais que si nous optons pour une nouvelle voie, nous devrons le faire correctement, et accepter le fait que l’ancien ACT UP que nous connaissions n’est plus assez efficace pour répondre à nos besoins présents.

Je sais aussi que toute organisation que nous fonderons maintenant devra être une armée.
Par le passé, vous avez refusé ce mot. Peut-être que maintenant que vous entendez le chef de l’armée américaine nous traiter de personnes amorales, vous ne résisterez plus au mot armée. Nous devons fonder une armée avec des responsables élus et une hiérarchie.
Elle devra être une armée gay, avec des chefs gays, qui se battra pour des personnes gay sous un drapeau gay, dans une formation de bataille gay, contre nos ennemis communs et qu’elle soit libérée de la peur d’offenser et du sentiment que ce n’est jamais le moment de dire ce que nous avons à dire.
Nous devons cesser notre éternelle coopération avec ce statu quo.

En réunissant de l’argent pour Hillary, ou Obama , ou Kerry , ou, que Dieu nous en garde, Giuliani , ou qui que ce soit, nous tranchons nos propres gorges en attendant qu’ils se déclarent sans réserve en faveur des choses dont je viens de parler, et pas d’un tiède « peut-être » au sujet d’un partenariat de seconde classe jeté sur une feuille de papier sans valeur.
L’immigration. L’imposition sans représentation. La sécurité.
Pourquoi ne soutiennent-ils pas tous la législation contre l’homophobie ?
Tous les ans, 20000 jeunes chrétiens se rendent en pèlerinage à San Francisco afin de prier pour les âmes des gays.
Je suis désolé, mais ça n’a rien à voir avec la liberté d’expression : c’est un autre visage de la haine.
Si tout autre groupe envoyait 20000 jeunes chrétiens prier pour des âmes juives, il perdrait son exonération fiscale. Du moins il l’aurait perdue avant l’ère Bush !
Protestons-nous ?
C’est épuisant d’être témoin de notre passivité, année après année, surtout maintenant que tout le monde parmi nous – je dis bien tout le monde – a reçu en cadeau la possibilité de rester en vie.
Je sais que les jeunes gays ne voient pas les choses comme ça, mais beaucoup d’entre nous sont morts afin de vous donner en cadeau la possibilité de rester en vie.
Vous êtes en vie grâce à nous.
Je souhaite que vous le compreniez.
Et que nous devons aux morts, ainsi qu’à nous-mêmes, de continuer la bataille que nous avons abandonnée.

Nous ne semblons pas nous rendre compte que plus nous devenons visibles, plus nombreux/-ses nous sommes à sortir du placard, plus nous devenons vulnérables à la haine.
Autrement dit, plus ils nous voient, plus ils nous détestent. Nous n’avons pas l’air de nous rendre compte du fait que plus nous incitons chacunE d’entre nous à faire son coming-out (chose que nous ne devons jamais cesser de faire), plus nous devrons nous protéger d’un monde qui nous déteste de plus en plus ouvertement.
Je ne pense pas que nous nous rendons compte de ça, or il le faut.

Pourquoi dis-je que nous avons besoin du mot armée ?
Parce qu’il sous-entend force et discipline, ce dont nous avons désespérément besoin de faire preuve.
Parce que ça fait peur aux gens, et que Dieu sait que personne n’a réellement peur de nous. À un moment donné, ils avaient peur : les laboratoires pharmaceutiques avaient peur de nous. Le NIH et la FDA avaient peur de nous. Des personnes placardisées partout avaient peur de nous. Ce n’est plus le cas.
Notre sens extrême de la démocratie lors de toutes ces interminables réunions doit cesser.
Cela a été douloureux à constater, mais la démocratie ne nous protège pas.
L’union nous protège : un engagement solidaire face à nos nombreux ennemis.

Nous refusons d’imaginer la création d’une armée gay, tout comme, à l’approche de la Shoah, les Juifs ont refusé de l’imaginer, même si leur grande philosophe Hannah Arendt les a incités, non : suppliés, non : implorés de le faire .
Hannah Arendt qui a eu le tragique malheur de voir ce qui se préparait sans que ses avertissements ne soient écoutés, ni même crus.
La semaine dernière, M. Obama a demandé à ses gens, quoique timidement « Mettez vos chaussures de marche ! Allez faire de la politique ! Changez ce pays ! » : si tous les Noirs dans ce pays faisaient cela, non seulement gagnerait-il les élections, mais ils auraient enfin le pouvoir.

Nous refusons de voir ce qui se passe autour de nous, nous croyons que cela arrive aux autres mais ne croyons pas que cela puisse nous arriver : la justification et l’utilisation de la torture, l’enfermement de prisonniers, perçus comme une menace par l’Amérique, dans des camps de concentration où ils croupissent pour une durée indéterminée, dans des zones où la loi n’a plus cours. « Un pouvoir s’exerçant en sous-main, secrètement, sous le prétexte de la sécurité du pays, qui fait de l’ombre au gouvernement constitutionnel, mais qui demeure libre de toute contrainte légale ». (Waldron ).
Vous ne pensez pas ce tout cela peut vous arriver ?
Moi, si.
Vous pensez qu’aucun de ces « prisonniers politiques » embarqués dans ces camps n’est gay ?
Vous avez tort.

Beaucoup d’Églises Épiscopales sont en train de s’aligner sur la politique du Nigeria. L’homosexualité est un crime puni par la loi au Nigeria, au Ghana, en Iran, en Arabie Saoudite, dans une centaine de pays différents, tout comme la moindre velléité de militantisme gay.
Puni par la loi signifie la peine de mort.
L’archevêque nigérian à la tête de l’Église Épiscopale pense que nous devrions être emprisonnéEs.
Les Épiscopaliens ! Qui pensait devoir se soucier un jour des Épiscopaliens ?!
Qui pensait que nous devrions un jour nous soucier de ce qui se passe dans le Wyoming ? Matthew Shepard a été assassiné dans le Wyoming !

Quand reconnaîtrons-nous qu’on nous ment sans cesse ?
Nous devons ouvrir l’œil attentivement.
Nous devrions faire face attentivement et résister, selon le mot d’Arendt.
Des gens intelligents (et les gays le sont !), ont prouvé en de nombreuses occasions que nous sommes moins capables de nous juger nous-mêmes que toute autre catégorie sociale.
Quand une journaliste conservatrice peut traiter un candidat à la présidentielle de « pédé » ou d’« anormal » sans encourir de représailles sérieuses, pourquoi ne voyons-nous pas qu’il y a un problème ?
Quand le New York Times omet d’écrire l’éloge funèbre de la lesbienne la plus célèbre des temps modernes, Barbara Gittings , il y a un problème.
Quand je ne parviens pas à faire publier dans U.S. News & World Report une lettre au sujet d’un reportage insidieusement homophobe qu’ils ont écrit au sujet de Jamestown, il y a un problème.
Quand le chef de la hiérarchie militaire de notre pays nous traite de personnes amorales, il y a un problème.

Non, ACT UP ne nous sauve plus maintenant.
Personne ne nous sauve plus, aujourd’hui.

Nous pensons que nous avons des amis hétéros.
Nous pensons que si nous avons des amis hétéros, tout ira bien.
Mais ces amis ne militent pas avec nous. Ils profitent des libertés qu’ils ont avec leurs mariages et leurs allocations.
Oui, ils nous aiment bien, mais vont-ils sacrifier leurs libertés pour que nous puissions obtenir les nôtres ?
Bien sûr que non.
Et nous ne devrions pas attendre d’eux qu’ils le fassent.
Bien que ce serait plutôt gentil ; nous nous sommes battus pour eux et les leurs bien assez souvent.

L’ancien modèle d’ACT UP nous a bien servi, mais il est maintenant temps de passer à l’étape suivante.
Je ne dis pas qu’il n’y a plus de combat à mener contre le sida. Il y en a encore, et nous devons continuer à nous battre. Les infections sont de nouveau en hausse. Les efforts en matière de prévention sont insuffisants.
Il est toujours légalement interdit aux étrangers séropositifs de mettre le pied en Amérique.
Mais ces questions ne mobilisent plus assez.
Trop peu de gens assistent à nos réunions, nos groupes ont disparu.
Beaucoup d’entre nous ont essayé de comprendre ce qui nous est arrivé, et pourquoi nous avons cessé d’être ce que nous avons été par le passé.
Nous avons tous un avis sur la question, mais comme je disais, il est temps d’arrêter de chercher à comprendre et temps d’avancer.
J’espère que l’extension du domaine de notre lutte ne réduira pas au silence nos préoccupations du passé mais invitera davantage de gens à y mêler ces nouveaux questionnements pour en faire un mélange plus solide.

ACT UP a donc besoin d’un nouveau modèle. Un nouveau modèle qui permettra des actions et des stratégies différentes qui ne toucheraient plus uniquement la lutte contre le VIH.
Je ne vous demande même pas si vous souhaitez une nouvelle organisation : j’espère que vous êtes assez malinEs pour vous rendre compte – eurêka ! – que nos grandes victoires du passé, qui ont littéralement changé le cours de l’histoire, peuvent être accomplies à nouveau.
Parce que nous sommes contraintEs d’affronter toujours le même danger, celui de notre extermination, et cela de la part du même ennemi : notre propre pays, le « processus démocratique » en vigueur dans notre propre pays.
Jour après jour, notre pays déclare que nous ne sommes égaux en rien. Toutes les vies que nous avons sauvées ne sont que des miettes si nous ne sommes toujours pas libéréEs.
Et nous ne sommes toujours pas libéréEs.
Les personnes gay ne sont toujours pas libres.

Faites un tour dans le Queens, en Jamaïque, en Iran, dans le Wyoming : nous ne sommes toujours pas libres.
Dans combien d’endroits dans ce pays, dans ce monde, pouvons-nous nous promener dans la rue en tenant la main de la personne que nous aimons ?
Je suis allé au mariage d’un neveu en Jamaïque il y a 20 ans. Aujourd’hui, ils sont assoiffés du sang des gays là-bas. Ils le font sentir dès la minute où l’on descend de l’avion. Il y a des hommes avec pieds-de-biche qui attendent pour nous casser la gueule à l’aéroport.
Notre gouvernement proteste-t-il ?
Bien sûr que non.
Qu’est-ce ça peut foutre qu’un pédé crève ?
Ils sont en train de décapiter des gays en Iran. C’est ça le progrès ?
Le Parlement Européen, qui par le passé était le fer de lance de la lutte pour les droits des personnes gay dans le monde, est sur le point d’être pris d’assaut par des formations conservatrices qui renforcent le bloc néo-fasciste demandant la peine capitale pour des homosexuels.
Vous ne pensez pas que cela pourrait arriver ici ?
Moi, si.
Le premier soldat de ce pays l’a dit ce matin : nous sommes amoraux.
Le maire de Moscou nous traite de « saleté ».
Les chefs polonais nous traitent de racaille.
Ann Coulter nous traite de pédés.
Le Général Pace nous traite de personnes amorales.
Qu’est-ce ça peut foutre qu’un pédé crève ?

Une personne gay tuée en Irak, en Libye, au Nigeria, en Jamaïque, au Ghana ou en Arabie Saoudite est la même qu’une personne gay tuée ici.
Pourquoi est-ce que j’insiste à ce point au sujet des meurtres survenus dans des pays étrangers ?
Parce que ce qui motive les meurtres de gays en Iran est la même haine que celle qui motive les attaques contre les gays à Paris, Londres, Chicago et au plus haut niveau de l’armée américaine. Spécialement quand notre propre gouvernement ignore superbement ces attaques contre nous.
Qu’est-ce que ça peut foutre qu’un pédé crève ?
Aujourd’hui, nous ne formons plus qu’un seul monde. La destruction des personnes gay est une tâche répartie équitablement dans le monde et la haine est une maladie qui se répand très rapidement.
Je répète : le meurtre d’unE gaminE gay n’importe où dans le monde est le meurtre d’unE gaminE gay ici.

Oui, aujourd’hui nous devons nous soucier de beaucoup d’autres choses en plus du VIH.

Aujourd’hui, vous pouvez vous marier dans le New Jersey, mais des juges new-yorkais ont fait preuve de la plus grande haine fanatique légale en dehors de l’Iran où, comme je viens de le dire, ils sont en train de décapiter des gays. Ils sont en train d’attacher des garçons gays, de mettre des capuches sur leurs têtes et de les pendre comme ils l’ont fait ailleurs pour Saddam Hussein.
Parce qu’ils sont gays.
Notre gouvernement proteste-t-il ?
Y a-t-il un quelconque gouvernement qui proteste ?
Bien sûr que non.
Qu’est-ce que ça peut foutre qu’un pédé crève ?

Connaissez-vous des gens amoureux de personnes qui n’ont pas le droit d’entrer sur le territoire américain ? Être séparé de force de la personne qu’on aime est une des choses les plus tristes que je puisse imaginer. Dans quel genre d’État policier vivons-nous ? Ce n’est pas juste. C’est mal. Cela n’arrive pas aux couples hétéros. Cela ne peut se dérouler que dans un pays où l’on nous hait. Pendant combien d’années encore devrons-nous supporter d’être traités de ce façon ?
Des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande reconnaissent le droit de séjour pour les conjoints de couples binationaux, pourquoi pas nous ?
Il n’y avait pas eu la moindre manifestation contre ces juges new-yorkais, ni contre le moindre de ces juges qui règnent sur nos vies de façon dictatoriale.
Ils ne devraient pas avoir le droit de nous haïr légalement comme ils le font.
Les États-Unis ne devraient pas avoir la permission de nous haïr si activement.
Ce n’est pas juste. C’est mal.
Ces termes de bien et de mal n’ont-ils donc plus de signification ?
Pourquoi tant d’États refusent-ils de criminaliser l’homophobie ?
Combien faudra-t-il de Matthew Shepard pour que l’homophobie soit criminalisée ?

Nous avons le droit de notre côté et nous devons le faire savoir à tout le monde.
Si l’acronyme A.C.T. U.P. doit signifier quelque chose, qu’il signifie désormais Army Corps to Unleash Power, Corps d’Armée Pour Libérer le Pouvoir.

Pensez-y. Pensez à tout cela. S’il vous plaît.

Nous sommes les seules personnes en Amérique qui peuvent être haïes et être discriminées de manière acceptable.
On nous hait même tellement qu’il est légalement possible de modifier la Constitution pour nous haïr encore plus.
C’est ça, la démocratie ?
C’est comme ça que nos tribunaux et nos lois nous protègent ?
C’est ça, l’égalité des droits pour tous garantie par la Constitution américaine ?

L’ennemi le plus important contre lequel nous devons nous battre demeure notre propre gouvernement.
Nous n’avons pas le droit de nous arrêter.

Nous ne sommes pas des miettes, nous ne devons pas accepter des miettes et nous devons cesser d’agir comme des miettes.

ACT UP est l’organisation populaire la plus accomplie de tous les temps. Point.
Nous l’avons été dans le passé. Nous pourrions le devenir à nouveau.
Mais pour y arriver, le militantisme doit être quotidien. Pratiqué en masse.
À l’époque, le militantisme nous a rendus fierEs. Il nous a uniEs.

J’ai sans cesse à l’esprit la phrase « Une armée d’amantEs ne peut pas perdre ».
Alors pourquoi sommes-nous à ce point des perdantEs ?

Nous devons nous témoigner une confiance mutuelle renforcée, assez pour permettre la nomination de nos responsables et la mise en place d’une hiérarchie capable d’éviter ce qui semble être notre autodestruction actuelle et de garantir l’établissement de notre institution dans la longévité.

Je suis conscient du fait que mon discours soulève de nombreuses questions sans réponses.
Il y a 20 ans, quand nous nous sommes rentrouvéEs dans cette même salle, nous ne savions pas quelles étaient nos attentes vis-à-vis d’ACT UP. Mais nous avons résolu ces questions petit à petit. Nous avons assemblé l’organisation morceau par morceau.
Nous devons débattre de beaucoup d’éléments en détail et les codifier en privé.
Les armées ne devraient pas dévoiler toutes leurs cartes !
Nous nous servirons encore de beaucoup d’éléments de l’ancien ACT UP : l’obsession du détail sur des sujets divers, chose à laquelle nous sommes habituéEs ; l’utilisation de groupes d’affinités qui développent leur propre stratégie de guérilla ; notre souci des soins pour tous doit rester d’actualité.
Personnellement, je ne supporte pas le fait qu’on n’apprenne pas l’histoire des gays à l’école. Abraham Lincoln et George Washington étaient gays. Ce sera peut-être aux militantEs de faire en sorte que cette vérité soit enfoncée une bonne fois pour toutes dans le crâne de l’Amérique puisque les historiens gays sont trop timorés pour le faire.
La peur c’est chiant, vous ne trouvez pas ?

Beaucoup de choses que j’appelle de mes voeux font référence aux lois, imposent de les changer ou de les édicter. Il faudrait que nous réunissions un corpus complet de lois en faveur des gays et que nous fassions pression sur chaque politicienNE pour qu’il/elle le soutienne.
Nous nous rendrons très vite compte lesquelLEs d’entre eux/elles sont nos amiEs.
À l’époque, le TAG et AmFAR ont réuni en une proposition de loi plusieurs priorités dans le domaine de la recherche. Ils ont réussi à la faire adopter par le Congrès.

Jim Eigo m’a écrit : « Une génération après la découverte du sida, avoir des rapports sexuels pose toujours le même problème de contamination ou de surcontamination par le VIH. Depuis plus d’un quart de siècle, avoir une relation sexuelle avec une autre personne – chose importante et centrale dans la vie de la majorité des gens – reste marqué par la peur de contracter une maladie de longue durée. Et de s’en sentir coupable. Où sont les outils efficaces et bon marché du XXIe siècle pour empêcher la transmission du VIH par voie sexuelle ? Les amoureux/-ses méritent bien ça ! Au lieu de perdre du temps, de l’énergie et de l’argent pour déterrer les fossiles de ses anciennes réussites, ACT UP pourrait imaginer fêter son anniversaire en rappelant au gouvernement et aux industries pharmaceutiques que les gens ont le droit de faire l’amour sans avoir peur et sans avoir à choisir entre le plaisir et la santé. Voilà bien une question qui pourrait transcender les divisions entre les générations, les ethnies, le genre et le statut sérologique. Et l’organisation pourrait retrouver un peu de la pertinence qu’elle avait aux yeux des militantEs qui s’y sont consacréEs comme si leurs vies en dépendaient – et c’était le cas ! »
Jim ne réclame rien d’autre que la réappropriation de nos vies sexuelles.
Quelle notion fantastique, ou je devrais dire plutôt quel but fantastique !
Sauf que le fait d’évoquer cette question ne fera qu’attiser la haine à notre égard… mais je suis plus que prêt à en découdre.

Commencez-vous à voir comment tout cela pourrait être réuni sous la bannière d’une armée ACT UP ?

J’ai demandé à Eric de lister les outils qui sont à notre disposition maintenant et qui nous faisaient défaut par le passé :

- À l’âge d’Internet, nous pouvons faire sur le web une grande partie de ce que nous faisions lors des réunions et dans la rue : l’informatique qui est aujourd’hui à notre disposition pourrait nous épargner d’interminables réunions.
- La création d’un blog pourrait, en fait, mutualiser bien plus de voix et d’avis que le faisait n’importe quelle réunion.
- On peut toucher des milliers de gens par le biais de listes de diffusion et de blogs au lieu de tenir des réunions dans différentes villes. Nous pouvons toucher des étudiants, des écoliers et des collégiens partout dans le monde. Nous devons à nouveau toucher les jeunes.
- La tenue d’un blog permettrait d’exposer longuement nos idées et notre politique et de jouer le rôle d’une « ligue Queer », afin de dénoncer les agissements de nos ennemis.
- Un site Web bien organisé pourrait fonctionner comme une caisse de résonance et permettre de partager nos informations, de signaler les problèmes, de demander des solutions et d’imaginer et communiquer des plans d’action.
- Des listes de diffusion par mail et un site Web pourraient permettre l’organisation d’actions. Ils pourraient également mettre l’accent sur des lois, actions, articles, films ou émissions de télévision homophobes.

Pourquoi ne pas combattre le feu par le feu ? Où est notre groupe de réflexion radical de gauche ? Il nous faut notre propre « Club des 700 » et notre propre émission de radio. Développer des émissions au contenu gay à mettre en ligne est tout à fait possible aujourd’hui. Pourquoi toutes les émissions de la communauté gay sont-elles des magazines de mode, de décoration d’intérieur ou des séries sentimentales ?

Même Time Magazine admet que les sites Internet dictent les préoccupations des partis politiques.

Je sais que même sans tous ces outils, nous avons été capables de modifier la manière dont le monde a appréhendé une maladie qui nous aurait tous/-tes tuéEs.
Avec tous ces outils et avec toute notre créativité, nous pourrions certainement reprendre aujourd’hui la maîtrise de notre propre destinée.

Avec tous ces outils, avec la volonté de nous battre pour sauver chacunE d’entre nous, avec le renouvellement de la colère qui nous a sauvéEs par le passé, avec la colère et l’amour, nos deux émotions les plus saines et puissantes, je crois que nous pourrions revivre nos victoires historiques.

Je conclurai ces réflexions, ces remarques au sujet de la définition d’un nouvel ACT UP qui, je l’espère, commenceront à être discutées dès à présent, par ce cri du cœur :

ACT UP est mort !
Vive ACT UP !

Merci.




Traduction : Emma et Stéphanie.
Merci à Marie pour la correction.


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