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SPORTSFRIENDLY #3
LA REVUE SPORTIVE DES GAIS ET LESBIENNES


 


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Le numéro #3 de la revue SportsFriendly est disponible.



Au sommaire de ce numéro de mars 2011 :


 

  • Un dossier foot avec une interview exclusive de Lilian Thuram
  • Les salles de sport au banc d'essai
  • Les photos de la soirée FSGL au Tango
  • L'actu du sport friendly de ces derniers mois
  • Et toutes les autres rubriques : le coin de la fédé, les assos, sous les shorts des filles, hors vestiaire, le saviez-vous, Droit...



Il fait partie de nos valeureux champions du monde, c’est un as du foot avec pas moins de 142 sélections en équipe de France. C’est en tout cas jusqu’à présent comme cela qu’on le connaissait. Aujourd’hui, Lilian Thuram n’est retraité que du foot. Pour preuve la fondation qu’il a créée pour lutter contre le racisme par l’éducation, pour enseigner, « On ne nait pas raciste, on le devient. »
Cette vérité est la pierre angulaire de la Fondation qui s’appuie sur l’expertise d’un comité scientifque composé notamment d’Yves Coppens, Françoise Vergès, Michel Wieviorka, Evelyne Heyer, Pascal Boniface, Marie Rose Moro, Louis Sala Molins, Elisabeth Caillet, Pascal Blanchard …. www.thuram.org

Hyperactif au grand cœur, hyper humaniste et hyper disponible pour donner de sa personne si la cause lui semble juste, si elle peut faire changer les mentalités pour vivre dans un monde meilleur, Lilian Thuram a bien voulu répondre à nos questions et nous donner son avis au sujet de l’homosexualité, et des diffcultés à l’assumer dans le sport, et plus particulièrement dans le monde du football.

Traditionnellement, le football est perçu comme un univers machiste, pensez-vous que cela influe sur la fréquence des insultes « homophobes » que l’on entend sur les stades ?

Les insultes que l’on entend sur les stades ne sont pas dues à un univers machiste mais à l’homophobie de notre société.

Pensez-vous que les problèmes d’homophobie sont plus intenses au sein du football qu’au sein d’autres disciplines sportives ?

Le foot étant le sport où l’on trouve le plus de licenciés et de supporters, on va donc y rencontrer l’homophobie plus souvent que dans d’autres sports ; Ceci est simplement dû au nombre de personnes qui regardent et qui pratiquent le foot. Encore une fois ce qui se passe dans l’univers du foot n’est malheureusement que le refet de ce qui se passe dans notre société.

Le sport est un vecteur d’ouverture, de tolérance et bien souvent de médiation sociale ; comment concilier acceptation de la différence (qu’elle soit liée à l’origine, à la couleur, ou aux choix de vie) et « identifcation collective » des supporters à leur équipe ?

On a souvent tendance à stigmatiser le foot en ne le montrant qu’à travers des problèmes. Mais n’oublions pas que le football permet la rencontre de femmes et d’hommes de cultures différentes, de milieux sociaux différents, de couleurs différentes, de religions différentes. Le football est un extraordinaire vecteur du vivre ensemble. Effectivement il y a aussi des problèmes et pour les dépasser, il faudrait en parler. Mais ces discussions restent taboues dans la société.
Prenons l’exemple de l’homosexualité : un jeune homme ou une jeune fille diront difficilement leur sexualité car ils savent très bien que des a priori subsistent, particulièrement chez ceux qui ont intégré de façon inconsciente les discours négatifs autour de l’homosexualité.
Et ces discours sont véhiculés parfois dans le monde du foot par certains éducateurs, qui vont pouvoir dire tranquillement à leurs joueurs à la mi-temps d’un match « bougez-vous, arrêtez de jouer comme des pédés. »
Sans le vouloir ces éducateurs vont sûrement rendre les enfants homophobes.

 


Donc pour vous l’encadrement a sa responsabilité ?

C’est une évidence, comme l’est aussi le discours que les parents, la famille, les amis, les lois, vont tenir, car ce qui est sûr, c’est que personne ne nait homophobe, on le devient.

Vous avez dit à propos du racisme qu’il fallait “... Eduquer ses enfants à ne pas être victimes, à s’instruire, à lire, à comprendre le monde dans lequel on vit...”, est-ce que cela pourrait être également la base de la lutte contre l’homophobie dans le sport ?

L’homophobie est avant tout culturelle, elle est inscrite dans notre imaginaire et plus encore dans nos lois. La meilleure façon de combattre l’homophobie dans le sport est que notre société change car il est inadmissible qu’en 2011 une partie de la population n’ait pas les mêmes droits. Aujourd’hui, qui pourrait accepter en France que les personnes de couleurs noires n’aient pas les mêmes droits comme ce fut le cas pendant l’esclavage ou l’apartheid ? Pourtant c’est bien le cas aujourd’hui avec l’homosexualité. Dernièrement, 4 jeunes hommes ont agressé un jeune homme homosexuel et leurs avocats invoquaient pour leur défense, leurs conditions de vie malheureuses etc... mais pour moi ce n’est pas là qu’il faut chercher l’explication de leur acte, le vrai problème est que ces hommes ne sont pas nés homophobes, ils le sont devenus. C’est la société qu’il faut remettre en cause et non le fait d’avoir grandi sans famille, sans mère ou d’avoir été violenté par ses parents.
Il faut avoir le courage de questionner la société et de voir ce qui provoque l’homophobie. La justice a justement condamné à plusieurs années de prisons cet acte d’homophobie.
Pourtant au même moment on refusait le mariage des personnes homosexuelles. Si la société ne reconnait pas les mêmes droits aux homosexuels, vous ne pourrez pas empêcher que certaines personnes en déduisent « il n’a pas les mêmes droits que moi, donc il n’est pas comme moi, c’est donc normal que je ne l’accepte pas. » C’est sur ce point qu’il faut interpeler la société. Nous savons très bien que les lois sont importantes pour tous, nous sommes conditionnés à les respecter. J’ai discuté avec un ami qui était homophobe. Je lui demande : “Toi qui est marron foncé, est-ce juste qu’on puisse te juger seulement sur la couleur de ta peau ? Non me répond-il. « Alors comment peux-tu juger quelqu’un seulement selon ses pratiques sexuelles ? C’est une discrimination. Si tu es capable de juger seulement sur sa sexualité, accepte que l’on puisse te juger sur la couleur de ta peau.» Il a fni par comprendre et accepter qu’effectivement il est tout autant stupide de juger une femme ou un homme sur la couleur de sa peau que sur sa sexualité. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’il n’avait jamais fait le lien entre ces discriminations. Toute la difficulté vient de la faculté à questionner nos propres conditionnements. Ce n’est qu’une histoire de conditionnement...
Par exemple à l’école, quand on étudie des poètes, des écrivains, des scientifiques, etc. pourquoi ne pas nous dire à un moment donné qu’ils étaient ou qu’ils sont homosexuels, je pense que ça pourrait faire avancer les choses.

Au même titre que ce que vous disiez à propos de la culture africaine qui débute dans notre éducation par l’apprentissage de l’esclavage?

Pour lutter contre l’homophobie, il faut pouvoir en discuter aussi au sein de l’éducation nationale, là où nous nous construisons beaucoup en tant que femme et homme, pour faire tomber les préjugés.

Avez-vous, durant votre carrière, été confronté, quel que soit le niveau, à des joueurs ayant eu à gérer leur différence d’orientation sexuelle?

Non. Si pendant ma carrière j’avais rencontré un joueur homosexuel, je l’aurais invité à le dire ouvertement parce que l’impact sur la société aurait été extraordinaire étant donné que le foot est le sport numéro un, cela aurait été un moyen d’éduquer les enfants, les supporters, les autres joueurs. D’ailleurs je reste persuadé que le monde du football accepterait plus facilement qu’on ne le pense le fait qu’il y ait des joueurs homosexuels.

Pour vous le lien est donc bien le même avec le racisme ?

C’est le même mécanisme, le combat est le même, cela vient du conditionnement, comme beaucoup de choses, la religion a sa part de responsabilité également.

Est-ce votre engagement contre le racisme qui vous a fait accepter cette interview ou y auriez-vous répondu de toute façon? (Il s’amuse de ma question)

Réféchissant au racisme lié à la couleur de peau, c’est naturellement que l’on comprend le lien avec l’homophobie, comme on comprend le lien avec la misogynie, l’antisémitisme, l’islamophobie... Ce qui m’étonne c’est que l’on peut rencontrer des gens qui luttent contre l’antisémitisme ou contre l’islamophobie et qui sont racistes, ou homophobes... Il faut avoir la capacité à se dire que c’est exactement la même chose, ce qu’on demande à la société c’est d’être juste, la justice, de la justice pour tous. Je pense que si on lutte tous ensemble, le monde sera plus juste pour nous tous.

Interview réalisée par
Jean-Marie Caddéo




Plus d'infos : SportsFriendly.eu

lire 1 commentaire
Schism le 14/04/2011
Titre : Une interview très intéressante !!!
Commentaire :
Je ne suis pas du tout sprotif , mais très sincèrement j'étais très curieux de lire cette interview car je sais Lilan Thuram très clairvoyant et très humain . Je suis parfaitement d'accord avec ses réponses et les questions posées sont très judicieuses . En effet les combats sont les même très souvent dès qu'il s'agit de rejet venant de la société  , des combats contre l'intolérance tout simplement . Cette interview est très intéressante !!!
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