- Moreau, Daho récit musical du Condamné à Mort

Jeanne Moreau et Etienne Daho livrent une interprétation musicale d'un texte de 1942 de Jean Genet, Le Condamné à mort. Après la sortie d'un album, les deux artistes se produisent pour deux dates exceptionnelles sur la scène parisienne du Théâtre de l'Odéon les 23 et 24 novembre 2010.
Jean Genet (1910-1986), écrivain, poète et dramaturge français, a écrit Le Condamné à mort depuis la prison de Fresne, dans laquelle il fut incarcéré en 1942 suite à un vol. De manière très crue et directe, le long poème de Genet rend hommage à Maurice Pilorge, un prisonnier guillotiné en 1939 à Saint-Brieuc et met en avant les rapports entre hommes au sein de la prison. Développant une véritable fascination pour son personnage, Genet explore avec fougue les profondeurs du désir homosexuel.
Déjà mis en musique à plusieurs reprises, notamment par Marcel Mouloudji (seulement dix ans après la première publication de ces vers), puis Hélène Martin (au début des années 1960), Marc Ogeret ou encore Hervé Villard, le texte de Genet est réapproprié par le rennais Etienne Daho dans une première chanson, "Sur mon cou", dès 1998. Le chanteur, né en Algérie, incarne la variété pop française depuis les années 1980 et trouve dans la sensibilité de Genet une noirceur engagée qui manquait à son répertoire.
Ecoute des extraits du spectacle
Proche de Genet, Jeanne Moreau apprécie quant à elle toute la dimension érotique aux accents orientaux du Condamné à mort. Elle rejoint Daho dans ce projet original de porter les notes d'Hélène Martin sur un album concept (augmenté pour son édition de luxe d'un livret de 32 pages avec notes d'intention) qui sera donné sur la scène du Théâtre de l'Odéon fin novembre.
INFOS PRATIQUE :
Le Condamné à mort, de Jeanne Moreau et Etienne Daho
Les 23 et 24 novembre 2010 à 21h
Au Théâtre de l'Odéon
place de l'Odéon, 75006 Paris
Du mardi 23 au samedi 27 novembre
Mise en place sur la façade du Théâtre de l'Odéon d'un portrait de Jean Genet réalisé à cette occasion par Ernest Pignon Ernest.
Colloque
«Jean Genet politique, une éthique de l'imposture»
Mardi 23 et mercredi 24 novembre de 10h à 17h
Colloque dirigé par Albert Dichy et Véronique Lane.
Comment aborder une œuvre qui se présente ouvertement sous le signe de l’imposture ?
Mardi, 23 novembre 2010
10h00 - 12h30
Ouverture
Albert Dichy et Véronique Lane
Écrire, trahir
Président de séance : Michel Corvin
Hadrien Laroche, "Ce qui me reste d'un Genet ou 'faire le propre'"
René de Ceccatty, "Peut-on écrire sans trahir ?"
Francis Marmande, "Genet, cheval de Bataille"
14h30-17h00
Voiler, dévoiler
Présidente de séance : Véronique Lane
Ginette Michaud, "Jacques Derrida et Jean Genet : théâtre de l'impossible"
Mairéad Hanrahan, "Le tissu du moi ou la nudité travestie : art et travestissement dans l'écriture de Genet"
Hélène Cixous, "Entretien de la blessure"
Mercredi, 24 novembre
10h00-12h30
Esthétique du mensonge
Président de séance : Francis Marmande
Thomas Newman, "Genet et Valéry : éthique et esthétique"
Michel Corvin, "Politique de la solitude"
Tahar Ben Jelloun, "Jean Genet, menteur sublime"
Entretien avec Albert Dichy et Véronique Lane
14h30-17h00
Impossible vérité ?
Président de séance : Albert Dichy
Patrice Bougon, "Le parjure sans doute (engagement et imposture)"
Jean-Loup Rivière, "Le regard du mort"
Didier Eribon, "L'impossible politique : fragments d'un discours minoritaire"
Alexandre Romanès, "Genet et le cirque"
Colloque organisé par l’Odéon-Théâtre de l’Europe et l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine
Avec le soutien du McMahon Memorial Fund of Wesleyan University
Au salon Roger Blin (entrée libre sur réservation present.compose@theatre-odeon.fr / 01 44 85 40 44)
Lecture
L'atelier de Jean Genet
Mardi 23 novembre à 19h
Lecture par André Marcon et Daniel Mesguich
Soirée d’ouverture du cycle, avec lectures de textes rares inconnus ou inédits de Jean Genet, présentée par Albert Dichy (IMEC).
Jean Genet a cinquante ans lorsqu’il achève la rédaction des Paravents. Peu après, il renonce à toute publication d’oeuvre et entre dans un silence littéraire qui va durer vingt-cinq ans. Son dernier livre, Un Captif amoureux, paraîtra en 1986, un mois après sa mort.
Qu’écrit un écrivain lorsqu’il choisit de se taire ? À travers des notes, des esquisses, des lettres, des brouillons extraits des archives Jean Genet à l’IMEC, cette lecture nous introduit pour un soir, avec l’accord exceptionnel de l’ayant droit de l’auteur, dans l’atelier de l’écrivain et dans les archives d’une vie : Genet y parle, comme à lui-même ou à ses proches, de ses amitiés, de ses amours, de ses voyages, des auteurs qu’il lit, des artistes qu’il aime, des mouvements qu’il soutient, mais aussi pêle-mêle de l’Amérique, de la mort, de la prison, du cirque et du théâtre.
Organisé par l’IMEC et l’Odéon-Théâtre de l’Europe.
En Grande salle (tarifs de 6 à 18€)
Concert
«Le condamné à mort»
par Jeanne Moreau & Étienne Daho
Mardi 23 et mercredi 24 novembre à 21h
mis en musique par Hélène Martin, arrangements Étienne Daho
interprété par Jeanne Moreau et Étienne Daho / batterie Philippe Entressangle /
basse Marcello Giuliani / guitares Mako et François Poggio / violoncelle Dominique Pinto

Le Condamné à mort est la première oeuvre publiée par Jean Genet en 1942. Alors que le poète est emprisonné à Fresnes pour vol, il écrit ce long poème qui met en scène la dernière nuit de Maurice Pilorge, assassin de 20 ans et condamné à mort. Depuis une dizaine d’années, Étienne Daho chante Sur mon cou, extrait de cette oeuvre. La rencontre avec Jeanne Moreau a concrétisé leur envie commune d’enregistrer (Naïve, novembre 2010) et d’interpréter sur scène l’intégrale du Condamné à mort, originellement mis en musique par Hélène Martin en 1964.
En partenariat avec Naïve.
© photo Pierre René-Worms
En Grande salle (tarifs de 6 à 40€)
Lecture
«Lettres à Ibis»
Mercredi 24 novembre à 18h
Lecture par Matthieu Dessertine de la correspondance à paraître aux éditions Gallimard.
Lettres à Ibis rassemble une vingtaine de lettres inédites datées du milieu des années trente et de la fin des années quarante. Elles sont toutes adressées par Genet à «Ibis», le pseudonyme d’Andrée Pragane, dont les réponses sont perdues.
Cet ensemble, de tout premier ordre, nous renseigne tout autant sur la biographie fort mal documentée du jeune Genet, que sur la naissance de son écriture et de son style.
Ibis, à elle seule, est un personnage passionnant. Femme libre, indépendante, future danseuse et écrivain, elle enthousiasme Genet. Elle vient de fonder avec quelques amis un hebdomadaire : Jeunes, qui se dit pacifiste, féministe et anarchiste. Genet y travaille en qualité de démarcheur, nourrissant certainement l’espoir d’y collaborer. Ibis, on l’entrevoit dans ces lettres, a compris le talent de Genet, et l’encourage dans cette voie...
Au salon Roger Blin (tarif unique : 5€)
Colloque
Jean Genet – La censure dans la traduction littéraire
Jeudi 25 novembre de 10h à 17h
Par la fédération internationale des traducteurs (FIT).
avec Neil Bartlett, Patrice Bougon, Albert Dichy, Geir Uvsløkk (en cours)
Il s’agira de se concentrer sur Un captif amoureux dans ses différentes traductions, ainsi que sur d’autres textes et leurs réceptions dans différents pays. La censure telle que l’on peut la repérer dans les oeuvres de Jean Genet, et dans les représentations théâtrales et le défi que cela pose encore aujourd’hui : re-traductions et retour sur les sources.
Au salon Roger Blin (entrée libre sur réservation present.compose@theatre-odeon.fr / 01 44 85 40 44)
Conversation
Jean Genet en Palestine
Jeudi 25 novembre à 18h
Conversation avec Leïla Shahid.
La révolution palestinienne m’aurait donc échappé ? Tout à fait. Je crois l’avoir compris quand Leïla me conseilla d’aller en Cisjordanie. Je refusai car les territoires occupés n’étaient que du drame vécu seconde par seconde par l’occupé et par l’occupant. Leur réalité était l’imbrication fertile en haine et en amour, dans les vies quotidiennes, semblables à la translucidité, silence haché par des mots et des phrases.
Jean Genet, Un captif amoureux, Gallimard, 1986
Au salon Roger Blin (entrée libre sur réservation present.compose@theatre-odeon.fr / 01 44 85 40 44)
Lecture
«Elle»
Jeudi 25 novembre à 20h
Lecture dirigée par Olivier Py.
avec Gilbert Beugniot (L'huissier), Frédéric Giroutru (Le photographe), Olivier Py (Le cardinal), Matthieu Dessertine (le 2e photographe) ...
L’Huissier : Et cependant. Elle vient. À pas lents, hésitants, mais Elle vient. Ne vous raidissez pas. Demeurez souple. Ce ne sera pas terrible, vous savez. D’ailleurs Elle est encore très loin. J’ai entendu le bêlement de son agneau familier. Ce qui signifie que sa porte fut ouverte un instant : le temps qu’Elle en sorte.
Le Photographe : Elle a un agneau ?
L’Huissier : Pour la légende. C’est le détail qui l’humanise et la rend accessible, présente et, visibles, sa douceur et sa bonté. C’est à partir de lui que nous pouvons rêver et nous emparer d’Elle.
Elle, Jean Genet, Théâtre complet, Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, octobre 2002)
En coproduction avec France Culture.
En Grande salle (tarifs de 6 à 18€)
Lecture
Lettres de théâtre à Roger Blin et à Jean-Louis Barrault
Vendredi 26 novembre à 18h
Lecture par Serge Maggiani
Lettre à Roger Blin (31 décembre 1965)
Mon cher Roger,
Tous les vivants, ni tous les morts, ni les vivants futurs ne pourront voir Les Paravents. La totalité humaine en sera privée : voilà ce qui ressemble à quelque chose qui serait un absolu. Le monde a vécu sans eux, il vivra pareil. Une nonchalance politique permettra une rencontre aléatoire entre quelques milliers de Parisiens et la pièce. Afin que cet événement – la ou les représentations –, sans troubler l’ordre du monde, impose là une déflagration poétique, agissant sur quelques milliers de Parisiens, je voudrais qu’elle soit si forte et si dense qu’elle illumine par ses prolongements, le monde des morts – des milliards de milliards – et celui des vivants qui viendront (mais c’est moins important).
Je vous dis cela parce que la fête, si limitée dans le temps et l’espace, apparemment destinée à quelques spectateurs, sera d’une telle gravité qu’elle sera aussi destinée aux morts. Personne ne doit être écarté ou privé de la fête : il faut qu’elle soit si belle que les morts aussi la devinent, et qu’ils en rougissent. Si vous réalisez Les Paravents, vous devez aller toujours dans le sens de la fête unique, et très loin en elle. Tout doit être réuni afin de crever ce qui nous sépare des morts. Tout faire pour que nous ayons le sentiment d’avoir travaillé pour eux et d’avoir réussi.
Jean Genet, Théâtre complet, Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, octobre 2002)
Au salon Roger Blin (tarif unique : 5€)
Cinéma
Jean Genet en images
Vendredi 26 novembre à 20h
Projection en avant-première de Jean Genet, le contre exemplaire de Gilles Blanchard.
Et en première partie projection de l’unique film de Jean Genet Un chant d’amour.
En partenariat avec arte.
En Grande salle (tarif unique 8€)
Atelier de la pensée
Jean Genet et la prison
Samedi 27 novembre à 15h
À partir des écrits de Jean Genet, débat sur le monde carcéral aujourd’hui.
Avec Tayeb Belmihoub, auteur et comédien, a publié Tourisme pénitentiaire aux éditions Mélanges (2009), Cécile Brunet-Ludet, magistrat, chargée de mission à la Direction de l'Administration Pénitentiaire, en charge du dossier "Expression collective des personnes incarcérées", Philippe Combessie, professeur à l'université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et auteur de Sociologie de la prison paru à La Découverte, collection Repères (2009) et de Prisons des villes et des campagnes. Etude d'écologie sociale paru aux Editions de l'Atelier-Editions Ouvrières, Corinne Héron-Mimouni, agent pénitentiaire, auteur de Matonne ! Mémoires de Fresnes et d'ailleurs paru aux éditions Ramsay (2002) et de Matonne de jeunes paru aux Editions de L'Arbre (2010) et Dominique Lhuilier, professeur au CNAM, auteur de L'univers pénitentiaire-Du côté des surveillants de prisons aux éditions DDB (1997) et de Le travail incarcéré-Vues de prison aux éditions Syllepse (2009).
Modérateur : Bruno Michel.
«Pourquoi j’aimais retourner en prison, je vais essayer de vous donner une explication, qui vaut ce qu’elle vaut, je ne sais pas. J’ai l’impression que vers la trentaine, trente, trente-cinq ans, j’avais, en quelque sorte, épuisé le charme érotique des prisons, des prisons pour hommes, bien sûr, et si j’ai toujours aimé l’ombre, même gosse, je l’ai aimée peut-être pour aller en prison. Je ne veux pas dire que j’ai commis les vols pour aller en prison, bien sûr, je les ai commis pour bouffer. Mais enfin ça me conduisait peut-être intuitivement vers l’ombre, vers la prison.»
Jean Genet, Entretien avec Antoine Bourseiller, Ombre et lumière – L’ennemi déclaré (Gallimard, 1991)
Le surveillant : Chante pas si fort. (Il se tourne vers Yeux-verts et Maurice). Quand on veut être bon, vous voyez ! Impossible avec des gars comme ça. Et ça finit par vous rendre inhumain. On prétend après que les gardiens sont des brutes.
(À Lefranc :) Si vous étiez moins lourd, vous auriez compris que je fais mon métier. Personne ne peut dire que je vous cherche et affranchi je le suis plus que vous.
Lefranc : C’est à prouver.»
Haute surveillance, Jean Genet (Gallimard)
Au salon Roger Blin (entrée libre sur réservation present.compose@theatre-odeon.fr / 01 44 85 40 44)
Lecture
Jean Genet par Christian Olivier et Têtes Raides
Samedi 27 novembre à 20h
lecture musicale par l'auteur et chanteur des Têtes Raides
Avec des extraits de Le funambule, Lettres au petit Franz, Le condamné à mort, Journal du Voleur.
Christian Olivier, auteur et interprète au sein des Têtes Raides, fait entendre pour la première fois un choix de textes de Genet, à sa manière puissante et musicale, imposant ici l'évidence d'une rencontre.
Une soirée unique sur le grand plateau de l'Odéon en clôture du cycle consacré à Jean Genet.
En Grande salle (tarifs de 6 à 18€)
Centenaire organisé par l’Odéon-Théâtre de l’Europe, avec l’IMEC,
en partenariat avec les Éditions Gallimard, arte, France Culture, les Inrockuptibles et la Fnac.
Nous organiserons également dans le cadre de cet hommage à Jean Genet un cycle de formation en direction du monde enseignant.
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