Séropositivité et tabous
Briser les tabous sur la séropositivité
"Vous cherchez un séropositif ? J’en suis!", sourit le président de Paticka asbl. Pour lui, le Sida c’est «pas de tabou»: un principe qu’il fait maître dans sa structure.
A la différence de la Croix-Rouge ou des institutions d’aide aux malades, Paticka asbl ne propose aucun suivi médical pour les malades mais s’est fixée l’objectif de prévenir pour mieux guérir, en remettant le sujet du Sida dans le quotidien. «Il faut montrer que le virus est toujours là, explique le président Patrick Wengler.
Les gens pensent souvent que le VIH n’est qu’en Afrique. Et qu’en Europe, cela ne touche que les PD et les toxicos. C’est faux, tout le monde: femme, homme, homo ou hétéro, peut être touché. Il faut enlever ces préjugés grâce à la sensibilisation et la prévention.» En 1981, le Sida était appelé «le cancer gay».

A l’origine de cette nouvelle association, il y a la vie de son président et fondateur. «Il y a trois ans, le 28 février, j’ai découvert ma maladie. Au début, je n’ai pas réalisé ce qu’il m’arrivait. J’ai mis le sujet de côté. Je devais aller tous les trois mois dans un centre pour faire des prises de sang mais je continuais à vivre normalement.» Jusqu’au jour où le médecin lui apprend que son virus est «agressif» et que, sans traitement, «il me restait trois ans à vivre». «A 25 ans, quand on t’annonce trois ans d’espérance de vie, tu te poses beaucoup de questions sur ce que tu veux faire dans le futur. Je suis tombé en dépression et ma maladie s’est aggravée.»
Hospitalisé en février 2009, il perd 17 kg en trois semaines et prend conscience de son déni. Il commence alors un traitement qui n’a pas toujours été si simple. «Il y a trente ans, c’était une soixantaine de cachets pour se soigner. Aujourd’hui avec la trithérapie, c’est trois pilules par jour. Au début j’ai eu un peu mal, de la nausée, une perte de la faim, comme durant une chimio. Mais on s’habitue vite». Grâce au traitement, «le virus est toujours dans mon corps mais il est inactif et indétectable, ça va beaucoup mieux.» Le jour de lancement de l’ASBL a été choisi en rappel de la date où il a été déclaré séropositif, mais aussi à l’anniversaire des trente ans de la découverte de la maladie.
«Des artistes et non des médecins»
A travers son histoire personnelle, Patrick veut faire tomber les tabous de la société. «Les gens ont toujours peur de ce qu’ils ne connaissent pas», explique-t-il. «Au quotidien, beaucoup vivent cachés et n’ont pas le courage de dire qu’ils sont infectés. Il y a toujours des idées reçues, des gens qui pensent qu’on peut attraper le SIDA avec une poignée de main.»
Paticka s’adresse plus au grand public qu’aux malades. «Nous sommes des artistes et non des médecins, on ne se substitue pas aux organismes de la santé. Nous assurons juste le lien avec le public. Si des malades viennent nous voir, nous les conseillons et les redirigeons vers d’autres organes». Ainsi, l’association a choisi «le chemin de l’art» pour «toucher les gens de manière indirecte, ce qui peut être plus facile pour ceux qui ne veulent pas entendre le message autour de la maladie».
POUR RAPPEL :
SIDA 30 ans plus tard
Si les premiers signes de l'épidémie datent de la fin des années 1970, le premier cas est officiellement annoncé le 5 juin 1981 par le Centers for Disease Control de Los Angeles dans un article nommé Pneumocystic Pneumonia - MMWR Morb Mortal Wkly Rep. En 1982, les USA utilisent le sigle A.I.D.S. qui signifia d'abord Acquired Immune Deficiency Syndrome puis Acquired Immunodeficiency Syndrome. Depuis, la maladie a été déclarée pandémie.
par Jonathan Vaucher/L’essentiel online
Publié le 26 juillet 2011