L'édito du 02.03.08
Vous est-il arrivé de vous sentir d’une autre époque, d’un lieu différent, d’avoir l’impression d’être cerné par des martiens ? Pas au boulot, non. Là, on ne se pose plus la question. Résignation oblige. Sur la toile non plus. On se tient déjà hors du temps, hors de tout. A la maison ? Les habitudes ont pris le dessus. Le soir devant la télévision ? On ne s’étonne plus de rien. Dans une soirée branchée ? Le décalage figure le propre de ces espaces. Comme sur les estrades des défilés de mode, la vocation de rendre l’ordinaire extra touche au but sans réelle surprise.
Alors, où croiser des extraterrestres ? Comment créer les conditions du sentiment d’une autre époque ? Réponse :Comme la rencontre de l’âme sœur, sans vous y attendre. Juste avec un peu de disponibilité. L’acuité grande ouverte. L’activité en jachère. L’abondance de soucis en sursis. J’y viens.
J’ai trempé dans l’air d’une autre génération en rejoignant à contrecœur l’exemplaire uniformité, le convenu comme le premier homme sur la lune a ressenti l’apesanteur de sa vanité d’humain et la soudaine lourdeur de la morale des histoires quotidiennes et banales. Que dit-il vous demandez-vous ? Je veux parler de ces prises de conscience qui vous feraient vomir votre tartiflette si vous n’avez pas la force d’entrer dans le rang de la communauté de ceux qui se reconnaissent dans l’expression des chagrins à heures fixes. J’y viens.
À table, de la fondue aux mycellium. Vive les vacances. On se détend. Vous le pensez. La montagne, ça vous gagne. On oublie un peu les bonnes manières qui nous fatiguent. Avantages / inconvénients. Il faudrait réaliser la balance des excès et des excédants de fatigue relationnelle. Vous plongez votre fourchette dans ce reste de raclette. Plus efficace et pratique qu’avec le pique. Et hop, un champignon, puis un morceau de pain perdu dans le fond de fromage.
Soudain, on vous admoneste, on vous enseigne la morale. Plus personne ne cherche pourtant à piocher. Peu importe. Avec la fourchette portée à la bouche, ça ne se pratique pas. Qu’est-ce qui se fait ou pas ? Et pourquoi ? Et patati et patata comme dirait l’écrivain.
Vous n’êtes pas au bout de vos surprises pour votre premier soir au chalet. Tout heureux, vous avez mis 3 bûches dans l’âtre. On vient de vous le notifier : « C’est du gaspillage. » Malheur à vous ! Vous filez vous coucher. Il vaut mieux rêver.
Le lendemain matin, vous êtes le premier levé. Las d’attendre le petit déjeuner, vous observez : Tiens, une p’tite braise ! Challenge : réanimer la flamme. Relever le défi, comme un jeu. Un quart d’heure après le feu couve et voilà des lueurs. Gagné. Vous pensez que tout le monde appréciera. Vous jubilez, avec 1 rondins, pas 3. Vous avez retenu la leçon de la veille. Puis, vous entendez une voix. Elle se précipite. « Mais on ne fait pas du feu le matin ! » Sermon de savoyard. Pourtant, vous êtes bien en vacances, à la neige. Je considérais qu’entouré de PD, un idéal se profilerait. Faut croire que non. Que dites-vous de l’époque ? Pour ma part, ça sent l’cramé.
Je vous épargne la cohorte des événements conventionnels observés. Qu’est-ce qu’on s’range ! Et qu’est-ce qu’on s’ennuie ! Le PACS est passé par là, du côté de la singerie d’une société que les uns veulent intégrer et les autres oublier. Moi le premier.
Lionel DUROI pour
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