• Les éditos de 2004 à 2007
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Edito & L'éditorial

L'EDITO du 05.03.07



Sarabande

Une découverte, un embrasement d’émotion, une machine à faire jouir, un plaisir frauduleux, une extravagance, je pourrais aller plus loin, mais je m’arrête là. L’œuvre de Karl Lakolak est une révélation, une apparition égale à l’arc en ciel qui se dessine à l’horizon sans prévenir. L’artiste parvient à organiser le mariage improbable de la carpe et du lapin. L’expression peut se révéler osée, mais ici, je n’en vois pas d’autres. Son livre avec ses images, ses textes et sa vidéo sont à mettre entre les cuisses. Je n’exagère rien !

De quoi s’agit-il ? D’un petit ouvrage au papier un peu raide paru en janvier 2006 dans lequel l’auteur a inséré un DVD. Jusque-là me direz-vous, pas de quoi fouetter un chat. Peut-être, mais au moins un corps, si possible un beau, même un passable.
J’imagine tout à fait les séances de travail de Karl Lakolak (la première fois que j’ai lu son nom, j’ai songé au Boncolac de l’enfance). Là, c’est pour les grands. Un corps nu dans un atelier. Un mur graffité de couleurs vives avec des lettres, des mots entiers souvent, évocateurs du sens propre au regardant. Des lumières chaudes, harassantes, filantes et perspicaces. Un univers à la fois sombre et lumineux de clairs obscurs, multiforme.
Quand on regarde le film, dès les premières images, on est pris d’une émotion fragile. Un sentiment de voyeur se niche au creux de l’iris, voyage jusqu’à l’occiput, traverse la colonne vertébrale, descend dans les jambes, passe par le centre de tout ce qui nous façonne homme ou femme et nous fait un peu bander. On se demande pourquoi. Rien ne se trouve là pour ça et pourtant, c’est vraiment ce qu’il advient. Je veux dire, rien de porno. Et cependant, tout s’inscrit en profondeur.
La première fois que j’ai fixé une vidéo de Karl, je suis demeuré statufié, interdit, figé net. Il me semblait que j’observais des danseurs ignorant ce qu’ils élaboraient. Ils recevaient des giclées de peinture tout en essayant de bouger au rythme d’une inspiration retenue. Comme si j’avais tenté de savoir ce qu’il pouvait bien chercher à m’instruire de leur état. Plus je les examinais, plus j’avais envie de pénétrer leur cerveau vacillant. Leur corps balançait entre l’exposé et le caché, l’exhibition et sa retenue. Un éprouvant va-et-vient d’appétit d’en découdre avec le sens m’habitait. Je crois que je n’ai jamais rien compris de ce qui se passait et pourtant j’ai toujours vibré à l’unisson d’une aspiration fantasmée dans cet atelier d’artiste attirant.
« C’est l’ambiguïté de cette sarabande de beautés interlopes, ses mélanges de genres et ses trafics, ses peurs et ses forces, ses cauchemars et ses rêves, ses raves et ses orgies, son show-biz et ses backrooms, ses amours et ses désamours, que peint, photographie et filme, en technicolor fluo flaschi, Karl Lakolak, « clouant nu ses modèles et ses poteaux de couleurs ». Voici comment Bernard Lafargue préface le livre de Karl. Et il ajoute : « Esse est percipi, disait Berkeley ; aujourd’hui, être, c’est être photographié dans Gala, défiler en boucle à la télé, sur le net. Alors, une photographie d’artiste, c’est pain bénit et peau de chagrin ! ». C’est tellement tangible, que c’est peut-être pour ça que le modèle réitère perpétuellement le plaisir de se fragiliser. Juste pour cette unique peau de chagrin terriblement singulière. Dévastateur et enchanteur à la fois. Voilà pourquoi, je prends la peine d’insister, sauf si vous êtes déjà convaincus : plongez dans l’œuvre de Karl, elle vous enverra au ciel !

En ces temps de faux sérieux et de vraie pantalonnade, respirez un peu.

Lionel DUROI pour Gayvox.com
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