• Les éditos de 2004 à 2007
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Edito & L'éditorial

L'EDITO du 04.12.06


Vielles pierres

Chambres d’hôtes, Bed and Breakfast, gîtes et autres pensions gay fleurissent en France depuis quelques années. Loin des illusions, les initiateurs de ces projets louvoient, naviguent et se fourvoient à l'occasion. À plus de cent euros le week-end, vos exigences n’ont rien d’inconvenant. Pourquoi serait-il plus difficile de concevoir la relation de négociation commerciale quand la prestation porte les couleurs du rainbow ?

Tout tient dans la communication. Au départ, de belles et généreuses intentions. À l’arrivée, des changements d’orientations radicales, parfois violents que les tenanciers préfèrent taire. Sans compter les services annoncés qui ne sont pas régulièrement rendus.
Exemple : un refuge (avec tout l’imaginaire qui tourne autour) qui devient auberge avant de se qualifier hôtel. Ou bien, un relais transformé en chambres d’hôtes et qui fini par ne ressemble à rien, qui ne reflète aucune référence « officielle ». Pourquoi ? Parce que la confusion des définitions des propositions est largement entretenue. Elle arrange bien les bricoleurs de projets qui pratiquent des tarifs de secteurs hors secteurs. Concrètement, vous avez vu la photo d’une charmante cheminée sur le site Internet. Vous vous dites : chouette, je vais cocoooner tout le week-end au coin du feu. Quand vous arrivez le vendredi soir, on vous apprend que les ramoneurs ne sont pas passés, que cela relève d’une question d’assurance, que vous pouvez toujours rêver. Adieu foyer, bûches et flammes. Les embûches commencent. Vous vous consolerez avec une éventuelle piscine (si elle n’est pas vidangée ce week-end-là). Le hammam ? Ce n’est pas précisé sur le web, mais il ne fonctionne qu’entre telle heure et telle heure. Pendant la nuit, vous vous réveillez, la gorge sèche, la tête en compote, en sueur. Le chauffage n’est pas facilement réglable. Tant pis. Vous n’allez tout de même pas fuir la place en pleine nuit. À huit heures du matin, vous décidez de boire un petit noir. Pendant que tout le monde dort encore, vous traversez un salon sombre et, au bout, l’unique accès qui vous permettrait de rejoindre la cuisine, la salle à manger, le sauna, et la salle de télé est barré. Vous vous retrouvez esseulé dans ce salon obscur où trône une cheminée qui vous aurait comblé de joie si seulement vous pouviez réactiver quelques braisent. Le maître des lieux avait oublié de vous dire que rien ne bouge avant 9h. Autre possibilité : l’enchaînement des suppléments inattendus qui s’additionnent. De la tasse de thé au café « offert » à 16h en passant par un apéro-surprise ou le prêt d’un peignoir qui vous sera compté à la sortie. Vous avez intérêt à vous méfier, à interroger, à négocier ferme quitte à passer pour un radin. Peu importe. Il n’y a pas de raison pour que l’aubergiste ou le Tébardier bénéficie seul des flous artistiques, des non-dits, des entourloupes.
Stoppons là. On risque de les fâcher. Que peut-on attendre de tous ces lieux gay ? Qu’est-ce qui peut encore motiver votre future visite après tous ces déboires ? En imaginant que votre portefeuille vous permet d’oublier l’addition. Une observation bienveillante des efforts qu’ils accomplissent ? La conviction qu’ils réinvestissent et que l’amélioration viendra demain ? Le hasard d’une heureuse découverte à renouveler ? Tout ça sans doute et bien plus. Recette ou formule miracle n’existe pas. C’est une question de rencontre, d’échange, de « feeling » commercial.
Enfin, si vous en êtes à coucher pour faire baisser les prix, pourquoi vous gêner ? Il n’est pas dit que le résultat vous convienne pour autant.

Lionel DUROI pour Gayvox.com
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