• Les éditos de 2004 à 2007
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Edito & L'éditorial

Edito du 16 10 06


Vrai faux



Largement inauguré par notre Pasqua national, le faux vrai, ou le vrai faux a fait flores. Le genre officiel a perverti la langue. L’officieux n’a pu se redresser qu’au prix d’une surenchère qui passe pour de la justification. Le vrai mobilier de Roche et Faux bois par exemple ou la vraie maison de maçon d’un constructeur qui sait faire illusion. Le vrai ne vaut désormais que pour les gueux, le peuple, la plèbe. Le voyou, le pauvre ou l’homo (dans le désordre).

Si l’on spécifie qu’il existe de vraies décisions politique par exemple, c’est bien parce qu’il y en a de fausses. On connaît le pacte civil à peu près vrai qui institue une vague relation d’aide entre deux individus de sexe identique, voire entre deux personnes de la même famille. On a fait semblant de confondre dépendance économique et copulation pour faire passer une pilule même pas abortive. Vous verrez, après le Pacs, le vrai PacS, puis le vrai faux PaCs. Tout ça pour conserver le mariage sans préciser s’il est vrai ou faux. D’ailleurs, on préfère le qualifier de blanc. C’est plus propre, même quand c’est forcé.
Ce n’est pas la langue qui dérive. C’est le langage qui se tord, les filiations qui se pervertissent, les rapports de force qui s’installent du point de vue des dominants. Tautologie ? Pas sur. Si l’évidence de cette réalité se reflétait dans un contre-pouvoir ordinaire et quotidien, ça se saurait et l’état de fait ne serait plus posé là comme admis, définitif, indiscutable.
À se demander si les petits « caillasseurs » de banlieue ne font pas que répliquer à l’absence de pertinence des réactions politiques les concernant. Lorsqu’ils inventent des mots et des musiques, quand ils réagissent avec la violence du geste et qu’ils mettent à mal les institutions, ils ne font que rappeler à nos consciences le manque d’à propos des décideurs qui manipulent tout : le langage et les hommes. Comme si la génération montante avait compris sans savoir le dire calmement, que le langage, c’est l’humain.
Oui, mais qui est l’homme ? Un voyou ou un politique ? Un pauvre ou un riche ? Un hétéro ou un homo ? De quel singe nu parle-t-on ? Du vrai ou du faux ? C’est peut-être inqualifiable un mortel. Et s’il faut le qualifier, doit-on user de superlatif pour contrecarrer les qualificatifs ? Puisque depuis l’apparition du vrai et du faux dans notre expression quotidienne, qu’elle soit diplomatique ou publicitaire, le sens a foutu le camp. On n’est pas dans la mouise !
Je pense que désormais, nous devons prononcer (pour parler vrai ?) qu’il n’est pas faux de déclarer : un homo est un vrai ; un voyou n’est pas faux, un homme politique, souvent, demeure innommable. Quant au pauvre con, il s’en tient là. Je n’en connais pas de faux.

Faites vos jeux, rien ne va plus, et bonne semaine.

Lionel DUROI pour Gayvox.com
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