De quoi le bareback est-il le nom?

 

Par Gabriel Girard, EHESS-CERMES (Paris) / /  VIH.org

 

A l'heure des nouvelles stratégies préventives, est-il toujours utile d'étudier le «bareback» pour appréhender les évolutions de la prévention chez les gays? Et si oui, comment s'y retrouver parmi les multiples définitions du terme, qui sert à la fois à la description (et à la condamnation) de certaines pratiques, mais également à la définition d'identités individuelles et collectives? Près de 10 ans après les premiers débats sur le sujet (en France le premier article de fond traitant du bareback parait dans Têtu en avril 1999), le terme s'est largement banalisé au sein des communautés gays. Au point qu'on ne sait pas toujours, selon qui l'emploie, à quelle réalité il se rapporte.


Deux articles scientifiques récents proposent, à partir d'une lecture critique des usages du terme dans les sciences sociales, de faire le point sur les enjeux actuels de la recherche sur le «barebacking»1. L'article de Berg dresse un état de la littérature scientifique sur le sujet, et l'article de Carballo-Dieguez et al. propose, à partir d'une étude qualitative auprès de gays, de repenser le terme bareback afin d'en faire un outil plus utile aux chercheurs et aux acteurs de la prévention.

 

 

Un objet de recherche pour les sciences sociales

Berg s'appuie sur une sélection de 42 articles issus d'enquêtes empiriques (qualitatives ou quantitatives), publiés entre 2000 et 2008, pour la plupart dans des contextes anglo-saxons (USA, Australie, Angleterre). C'est globalement le même corpus que mobilise Carballo-Dieguez et al. Sans surprise, le premier constat des deux articles est, qu'au-delà de la diversité des disciplines et des méthodologies d'enquête, l'emploi du terme bareback par les chercheurs recouvre des acceptions fort hétérogènes. L'intentionnalité des relations anales non protégées constitue le seul point commun à toutes ces définitions. Mais de nombreux autres paramètres rentrent en jeu dans les définitions proposées: la notion de relation dans un «contexte de risque» (Carballo-Dieguez, 2004); le statut du partenaire, le bareback ne concernant que les relations avec un partenaire autre que le régulier/principal (Mansbergh, 2002); ou le fait que les partenaires soient séropositifs (Elford, 2007). Mais les deux articles soulignent également que le sens du bareback a largement évolué dans le temps : ainsi, pour certains gays interviewés, le terme permet de qualifier toute pratique de sexe anal sans préservatif, indépendamment du partenaire ou de l'intentionnalité (Halkitis, 2005).

 

Ces enjeux terminologiques ne représentent pas de simples «lubies» de chercheurs. Les enjeux liés à la construction des catégories d'enquête («bareback», «risque», «intentionnalité») peuvent avoir des implications très concrètes pour les politiques de prévention auprès des gays: la manière dont on définit le bareback conditionne la façon dont sera mesurée la diffusion et l'évolution du phénomène. A l'heure des débats internationaux sur la pénalisation de la transmission du VIH, la description de l'intentionnalité du risque (et de la responsabilité morale/pénale qui en découle) est une question importante.

 

Il est évidemment très compliqué de déterminer la «prévalence» du bareback parmi les gays, tant les enquêtes s'appuient sur des échantillons dont on ne sait pas mesurer la représentativité. Les taux varient fortement en fonction du lieu de l'enquête, des questions posées et des caractéristiques des répondants (entre 34 et 45% dans une enquête à New York, autour de 12% à Londres ou 10% à San Francisco). Selon Berg cette question de prévalence du phénomène est à traiter avec prudence, en raison des désaccords entre chercheurs sur la définition du bareback.

 

 

Comment prendre en compte les définitions données par les gays eux-mêmes?

Le second enjeu de définition concerne la dimension «identitaire» du terme: qui s'auto-identifie comme «barebacker», ou comme ayant des pratiques bareback ? A quoi cela correspond-il en terme de pratiques et de rapport au risque? Plusieurs chercheurs américains se sont appuyés sur le sens que les gays donnent à leurs pratiques:

  • Dans une enquête, l'affirmation en tant que barebacker est rattaché «au renforcement d'une identité sexuelle», en «résistance à des normes comportementales» (Yep, 2002) 

  • Pour d'autres chercheurs, le bareback propose «une identité sociale aux hommes qui préfèrent le sexe non protégé, contribuant à transformer les normes sociales de la prévention, et à établir des réseaux sociaux et sexuels d'hommes qui préfèrent le sexe non protégé». (Woltiski, 2005)

  • Enfin, les comportements et les identités bareback «peuvent correspondre à des constructions très diverses, de la même manière que 'l'identité gay' n'est pas nécessairement le synonyme de 'comportements avec des personnes de même sexe'». (Halkitis, 2005)

 

L'équipe d'Halkitis a pour sa part comparé les individus qui s'identifient comme barebackers et les autres, soulignant chez les premiers plusieurs caractéristiques: plus souvent séropositifs, une plus grande consommation de produits psychoactifs et une plus grande déclaration de rapports sexuels «à risque» (Halkitis, 2005). Mais ces travaux ne fournissent pas de résultats significatifs sur la corrélation entre la revendication d'une identité et la fréquence des pratiques non protégées. Dans une autre recherche (Parsons et Bimbi, 2007), 12% des répondants à une courte enquête dans les milieux communautaires s'identifient comme «barebackers»...mais le sens que les personnes donnent au bareback n'est pas exploré. Selon Carballo-Diezguez et al., si le bareback peut être analysé comme une nouvelle identité sexuelle, reste encore à élucider comment le terme est concrètement approprié par les gays.

 

(Suite et fin de l'article...)

 

 

Mise en ligne le 14/12/2009

 

 

Bibliographie

Berg RC, Barebacking: a review of the literature, Arch Sex Behav, 2009

Bourne et al., Relative safety II, Original Research report, Sigma Research, 2009

Carballo-Diéguez A, Bauermeister J., "Barebacking": intentional condomless anal sex in HIV-risk contexts. Reasons for and against it., J Homosex. 2004;47(1):1-16.

Carballo-Dieguez A et al, Is 'bareback' a useful construct in primary HIV-prevention? Definitions, identity and research, Cult Health Sex. 2009 vol 11 n°1:51-65

Elford et al., Barebacking among HIV-positive men who have sex with men: cases from the internet, STD, 34, 2007

Halkitis P, Wilton L, Woltiski R, Parsons J, Hoff C, Bimbi D, Barebacking identity among HIV-positive gay and bisexual men: demographic, psychological, and behavioral correlates. AIDS 2005, 19 (suppl 1):S27-S35

Jin F, et al., "Unprotected anal intercourse, risk reduction behaviors, and subsequent HIV infection in a cohort of homosexual men", AIDS. Jan 14;23(2):243-52, 2009

Le Talec JY, Réduction des risques chez les hommes gais: représentations et réalités, Rapport de recherche, Université Toulouse 2, AIDES, 2008

Mansergh G, Marks G, Colfax G, Guzman R, Rader M, Buchbinder S, 'Barebacking' in a diverse sample of men who have sex with men. AIDS 2002, 16:653-659

lire 2 commentaires
m... le 19/07/2010
Titre : reponse a angelus1980
Commentaire :
le bareback.... est une pratique a risque meme avec nimporte qui apres tu pence ce que tu veu .. mais les sensation ne sont pa augmente je trouve !!!!
a... le 15/01/2010
Titre : Oui
Commentaire :

Le bareback oui mais pas avec n'importe qui car sa reste une pratrique a haut risque donc prudence a tous......


Même si les sensation sont augmenté ATTENTION

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