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Culture & Cinéma

PLUS JAMAIS SEUL, un film de Alex Anwandter


 

SYNOPSIS

Santiago du Chili. Pablo, un jeune lycéen, se découvre une passion pour le cabaret. Mais un jour il est victime d’une violente agression homophobe. Bouleversé, Juan, son père, met tout en oeuvre pour trouver les coupables…


ENTRETIEN AVEC ALEX ANWANDTER

Alex Anwandter est un chanteur-auteur-compositeur célèbre dans toute l’Amérique latine.

En 2012, à Santiago, un jeune homme, Daniel Zamudio, est victime d’une agression homophobe. Il est abattu après avoir été torturé.

Ce drame a provoqué un choc dans l’opinion chilienne et une loi anti-discriminatoire a par la suite été votée : la loi Zamudio.

Le garçon était un fan de Anwandter. Les deux hommes s’étaient rencontrés à plusieurs reprises. Alex, bouleversé par sa mort, décide alors de s’inspirer de ce drame pour son premier film.

 

 

Où le film se passe-t-il ?

Dans un Santiago imaginaire… L’aspect « abstrait » de l’histoire est important pour moi. Créer une fiction à partir d’un épisode réel permettait d’ouvrir la discussion… Il ne s’agit pas d’un quartier spécifique, mais plutôt d’un panel de quartiers différents de la classe moyenne. De la même manière, la plupart des personnages n’ont pas de nom de famille. Je voulais ainsi renforcer le côté universel de cette histoire.

 

Le film met en scène deux générations et leurs différences mais semble aussi opposer les nouveaux arrivants à l’« establishment ».

Oui, absolument. J’avais le désir d’écrire cette histoire en m’éloignant le plus possible de la réalité, je ne voulais surtout pas faire une biographie. La relation père-fils renvoie à deux générations en effet mais c’est aussi une métaphore de la transmission de la masculinité : être un homme, qu’est-ce que cela implique ? Qu’est-ce qui se transmet dans une lignée d’hommes ? J’ai aussi esquissé le lien entre le père et son propre père, à travers une séquence de rêve très étrange.


Le spectateur pense voir la vie d’un jeune homosexuel mais après un tiers du film, nous sommes entièrement avec le père… Comment avez-vous travaillé la structure, ainsi que la ligne narrative ?

En effet, le film change de point de vue. Je rejette l’idée de me focaliser sur certains épisodes ou sur les détails « juteux » d’une attaque spectaculaire. Parce que la discussion s’arrêterait là. Et je ne veux pas que le film se termine à cet instant. Le film continue, il survit à cette violence. Le monde n’a pas changé après l’agression de cet adolescent. Il nous reste à voir ce qui a changé dans le monde du père après ce traumatisme. Bien sûr, le père découvre d’autres formes de violences… J’espère que le film offre la possibilité aux spectateurs de s’interroger : comment réagiraient-ils dans la situation de cet homme ?

 

Oui, adopter le point de vue du père insuffle une dimension supplémentaire dans la manière de voir et d’expérimenter la réalité.

J’espère… L’objectif est de montrer l’histoire dans son contexte. Avoir un homme d’âge mûr, hétérosexuel, comme personnage principal a le mérite de faciliter l’identification du plus grand nombre et de mettre en lumière les préjudices de cette violence quotidienne. 


Quel rôle le corps joue-t-il dans le film ? Le père, par exemple, travaille dans une usine de mannequins.

Jusqu’à présent, j’ai reçu autant d’interprétations sur les mannequins que de gens qui ont vu le film ! Bien sûr, le mannequin est un autre symbole. J’aime spécialement l’idée de permettre au spectateur de penser à un corps comme à un canevas neutre. Pour moi, le mannequin représente l’abstraction de ce qu’un corps devrait être.

Il y a aussi l’idée de la matière : un corps et un mannequin sont modelés dans quelque chose. Même si le travail du père est précisément de diriger la production de mannequins, il est indifférent à l’éducation de son fils… Je voulais mettre en lumière ce paradoxe. Le mannequin représente aussi un autre type de violence faite au corps. Spécialement envers les femmes. Même si c’est en sous-texte, c’était important pour moi.

 

La scène de l’agression est longue, graphique, semblant faire écho aux scènes de maquillage et de travestissement. Le sang et les paillettes dialoguent-ils ?

Je suis contre la violence au cinéma. Mais dans mon histoire, il y avait cette agression. J’étais confronté au dilemme : faire face à la violence ou regarder ailleurs. Mais le film ne pouvait pas se permettre de détourner le regard, ça n’aurait pas été digne de ce jeune homme. J’ai appris que faire un film, c’est prendre des décisions « éthiques » à chaque stade de sa construction.

 

Vous semblez explorer la question du genre en mettant en scène un large éventail de personnages féminins : la meilleure amie du fils, qui l’aide et qui a le béguin pour lui, la voisine, tante d’un des agresseurs, la médecin, une femme forte et positive, lesbienne.

Oui, construire ces personnages féminins a été une expérience d’introspection troublante. Durant l’écriture du scénario, je pouvais sentir la force de la culture sexiste en moi. J’ai remarqué que s’éloigner des stéréotypes féminins dans une œuvre de fiction demandait un effort… Au final, j’ai trouvé très enrichissant et stimulant d’écrire ces personnages féminins.

 

Vous êtes musicien, on sent le soin que vous avez apporté au son dans votre film. Par exemple dans la scène de dispute entre le père et son associé où le son de l’arrosage de la pelouse apporte une tension inattendue.

Le son de l’arrosage dans le jardin est à la fois un son irritant et descriptif du monde que le père doit découvrir. Il se trouve à cet endroit pour une fête d’anniversaire. Dans sa rage, il doit faire face à quelqu’un qui se soucie du bien-être de sa pelouse, ça semble complètement décalé et dérisoire.

Certains disent que le son représente 60% d’un film. Cette idée me plaît. Le son enrichit pleinement un film, le complète. C’est un équilibre fragile : informer sans surligner l’aspect émotionnel du récit. Mais sans non plus s’interdire de se laisser aller à l’émotion…

Parfois, une musique s’imposait à moi, comme le morceau tragique qui suit la scène de l’agression.

 

 

La bande sonore est particulièrement variée allant de l’opéra, à la musique folk en passant par la version espagnole de Lucio Battisti « Il mio canto libero » …

Oui, j’espère que chaque musique propose quelque chose de différent. J’ai utilisé ma sensibilité pour le choix des morceaux, afin de donner aux scènes leur unité. Par exemple, j’ai voulu apporter une teinte pop à cette histoire profondément tragique. Cette décision pouvait paraître choquante mais cela me semblait essentiel pour rendre hommage à l’univers du garçon et à son identité profonde. Ce garçon n’est pas qu’une victime, c’est aussi un jeune homme incroyablement vivant.


Quels sont vos liens avec les autres réalisateurs chiliens ? Où en êtes-vous dans votre travail personnel ?

C’est tout nouveau pour moi. C’est un milieu que j’apprends à connaître... Je suis en train d’écrire un deuxième scénario. Je pense que nous avons beaucoup d’acteurs talentueux au Chili. Spécialement les acteurs plus âgés qui n’ont pas encore donné le maximum de ce qu’ils pouvaient faire. Je me réjouis de pouvoir travailler avec eux.

Je suis aussi impressionné par la qualité des scénarios. Je suis un grand fan de La Nana de Sebastian Silva. Je trouve que c’est une histoire merveilleusement racontée, très consciente, assez ambiguë aussi pour que le spectateur puisse s’investir. C’est ce genre de film qui me touche. Je trouve que Pablo Larrain fait également un très beau travail. J’ai été très ému par son film El Club. Je me sens à l’aise vis-à-vis de la trajectoire prise par le cinéma chilien qui traite ses propres problématiques sociales, culturelles, historiques, sans avoir peur de les exposer au monde. Ce cinéma s’oppose à l’idée de gagner le « Jackpot » avec une histoire qui s’exporterait à l’international. Je crois que nous pouvons désormais séduire le plus grand nombre en restant nous-mêmes.


 

BIOGRAPHIE DU REALISATEUR

Alex Anwandter est un musicien et cinéaste chilien né à Santiago en 1983. Sa carrière en tant que musicien et chanteur commence en 2005 avec son groupe de pop-rock Teleradio Donoso et très vite son succès s’étend de toute l’Amérique latine jusqu’en Europe. En entamant une carrière solo en 2010, il obtient une reconnaissance aux Etats-Unis. Son dernier album sorti en 2016, Amiga, a d’ailleurs obtenu la 18ème position au Billboard Latin Pop Albums (hit parade américain). Il est donc aujourd’hui l’un des artistes les plus renommés du Chili, avec plus d’un million de vues Youtube à chacun de ses nouveaux clips. Cinéphile, Alex Andwandter a pris la direction de vidéos musicales pour ses projets et pour d’autres artistes. Adoubé par le Magazine Time, ses musiques et ses films ont été remarqués sur toutes les scènes, du Billboard à Vice Magazine, en passant par MTV, et célébré par la NPR (principale radio publique américaine) pour sa vidéo Como puedes vivir contigo mismo, un hommage au documentaire Paris is Burning pour son courageux message d’égalité et de non discrimination.

 

En 2012, Alex Andwandter se lance dans une nouvelle étape de sa carrière : ému par le meurtre du jeune Daniel Zamudio, victime d’un crime homophobe à Santiago, il écrit le scenario de Plus jamais seul (Nunca vas a estar solo). Le film met en scène l’acteur chilien récompensé Sergio Hernandez, collaborateur de Raul Ruiz, et récemment vu dans Gloria de Sébastian Lelio, ainsi que le jeune talent Andrew Bargsted.

 

La première mondiale a lieu en février 2016 à Berlin où il est sélectionné dans la catégorie Panorama. Le film remporte le prix du jury au Teddy Awards. Ce prix récompense les meilleures oeuvre LGBT depuis trente ans.

 

En ligne le 28 avril 2017

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