Gayvox.fr
Culture & Presse / TV

Comment Dix pour cent est tombée dans la représentation stéréotypée du personnage lesbien


La série de France 2 est tombée dans le piège de l’intrigue hétéronormée pour un personnage lesbien. Et c’est bien dommage. Attention, spoilers.


 

La saison 2 de Dix pour cent avait commencé sur les chapeaux de roues et on retrouvait avec plaisir nos agents de stars parisiens et les célébrités qu’ils gèrent. Surtout, ce début de deuxième saison a permis à un personnage de briller encore plus : Andréa Martel, interprétée par Camille Cottin. L’actrice, connue grâce à ses frasques dans Connasse, campe ici un personnage principal féminin fort, indépendant et homosexuel. Elle crève l’écran avec une interprétation juste et efficace, et finit par éclipser ses camarades de jeu. Alors forcément, quand on égratigne son personnage haut en couleur, on est un peu déçus.


Dix pour cent avait réussi à introduire un personnage clairement lesbien, sans questionnement et sans détour, avec ses joies et ses peines, de cœur ou de boulot. L'équipe de showrunners de la série, qui compte une majorité de femmes, pose un regard bienveillant sur les personnages féminins et a, à travers le show, soulevé de nombreuses questions sur la représentation des femmes en général. Des thèmes intéressants sont traités tels que l’égalité hommes-femmes et la place des femmes dans la société. Fanny Herrero avait par ailleurs confié à Biiinge que cet aspect-là était crucial pour elle :


"C’est hyperimportant de déjouer les stéréotypes au maximum. Même si on doit forcer certains traits pour la comédie, je suis obsessionnelle sur le sujet de la représentation des femmes. Que va-t-on leur faire dire et comment ? Qu’il y ait des productrices et pas que des producteurs dans la série… L’idée est d’être un peu volontariste. 


Les gens le remarqueront peut-être, ou pas. Mais on est sur France 2 en prime time. Des millions de gens vont nous regarder. C’est un bain socioculturel et politique dont il faut absolument profiter pour faire passer des idées qui nous sont chères. Sinon, à quoi ça sert d’être auteure ?"

 

Alors que s’est-il passé au moment de l’écriture de cette saison 2 ? Fanny Herrero est bien consciente de l’enjeu d’une telle série sur les représentations féminines sur le petit écran et a malheureusement raté le coche avec l’intrigue d’Andréa. Il est bien dommage que le personnage de Camille Cottin suive un chemin des plus classiques pour une femme lesbienne, à savoir forcément tomber dans les bras d’un homme à la fin. Si la série arrive à mettre à mal les discriminations récurrentes envers les femmes, en abordant notamment les problématiques du corps et de la vieillesse avec l’épisode consacré à Juliette Binoche (toujours excellente), elle n’a pas réussi à éviter le stéréotype "je suis lesbienne mais je finis par coucher avec un homme" avec le personnage d’Andréa.


Une erreur de parcours

 


Les deux premiers épisodes de la saison 2 annonçaient une fournée intéressante avec un rythme assuré et des intrigues abouties. Si les personnages de Gabriel et Arlette sont assez mal exploités, Andréa restait le maillon fort de la série. Pourtant, notre chouchoute va elle aussi essuyer un revers. C’est à partir de l’épisode 3 que tout se casse la gueule quand notre agent préféré finit par passer la nuit avec le nouveau patron d’ASK, Hicham Janowski (Assaad Bouab). On l’apprend en début de saison, Andréa connaissait Hicham depuis l’enfance dans leur petit patelin. Ils se retrouvent pour une décoration à la mairie de leur ville natale et Andréa réussit à convaincre Hicham de racheter l’agence ASK, au bord de la faillite.


Si la relation amour-haine entre ces deux personnages était intéressante, aucune tension sexuelle n’était réellement palpable, du moins du côté d’Andréa. Hicham, lui, fantasmait sûrement, comme n’importe quel beauf, sur l’orientation sexuelle d’Andréa, mais leurs chamailleries ressemblaient plus à une relation entre un frère et une sœur. Alors, quand dans l’épisode 3, où Hicham organise une énorme soirée d’anniversaire pour son fils, le nouveau PDG d’ASK et Andréa prennent pour target une jolie mannequin blonde, les choses dérapent. L’alcool aidant, les deux ennemis commencent un plan à trois avec la jeune femme, mais finissent par la délaisser pour terminer leurs ébats à deux. On est alors en droit de se demander si on ne se fout pas un peu de notre gueule. Une série du service public présentait enfin un personnage lesbien fort au premier plan, alors, le fait qu’Andréa couche avec Hicham tombe comme un cheveu sur la soupe.


Après cette partie de jambes en l’air, Andréa tombe enceinte et retrouve par la même occasion son ex, Colette (Ophélia Kolb). La suite de l’intrigue reste malgré tout intéressante, Colette s’impliquant physiquement et émotionnellement dans la situation d’Andréa, mais ce revirement nous laisse un peu pantois. Il est dommage qu’une série de qualité comme Dix pour cent tombe dans ce trope (stéréotype scénaristique récurrent) : le cliché de "la lesbienne qui finit par coucher avec un mec". Au-delà de la pauvreté au niveau de l’intrigue, c’est surtout la communauté LGBTQ qui est mal représentée.


Déjà, pour n’importe quelle femme lesbienne qui subit des remarques sexistes et homophobes, ce genre de scénario ne fait que perpétuer le cliché, certes ridicule, de la femme qui est devenue lesbienne parce qu’elle n’a soi-disant pas trouvé le bon mec. D’un autre côté, ce sont les bisexuel-le-s dont l'image est ternie, se voyant représenté-e-s comme des personnes qui ne savent pas pour quel bord pencher. Pourquoi ne pas tout simplement présenter un personnage bisexuel assumé à la télévision plutôt que le cliché d’un homosexuel qui finit par coucher avec l’autre sexe ?


Un cas de figure malheureusement récurrent

 

 

Évidemment, on est un peu déçus par la tournure des événements dans cette deuxième saison en ce qui concerne le personnage d’Andréa. Contactée par Buzzfeed, la créatrice de la série a consenti à reconnaître sa maladresse  :


"Peut-être que j’ai été trop légère avec ça. À cet endroit-là, on n’a pas réalisé que ça pouvait blesser. Peut-être qu’on aurait dû être plus délicat, mais on écrit des personnages, on n’écrit pas pour une cause. D’un point de vue scénaristique, on a un échiquier de personnages qu’on anime et des fois on exagère un peu pour les besoins de la dramaturgie. Peut-être qu’on va pousser les personnages plus vite à des endroits où, dans la vraie vie, ils n’iraient pas, où ça prendrait plus de temps."

 

Bien sûr, ce genre de situation où une femme lesbienne (ou un homme homosexuel) se découvre bi existe IRL, mais le fait que ce schéma soit constamment adopté dans le peu de séries avec des personnages homosexuels pose problème. Ce n’est pas la première fois, en France, qu’un personnage de série exposé comme homosexuel finit par devenir bisexuel. La série Clem, diffusée sur TF1, avait introduit, en saison 6, le personnage de Dimitri, joué par Rayane Bensetti. Ce jeune lycéen, amoureux de son camarade Lucas, finissait par faire son coming out devant sa famille. Seulement, surprise (enfin pas tant que ça), dans l’épisode final, Dimitri finit par embrasser une fille. Exit Lucas, le jeune homme finit par soi-disant "retrouver le droit chemin" hétéronormé. Ce revirement de situation a déçu beaucoup de fans qui appréciaient ce personnage, tel qu’il était. Autre exemple du cru, plus ancien celui-ci, la série Clara Sheller, déjà bourrée de clichés sur la représentation de la trentenaire parisienne un peu paumée et malheureuse en amour qui entretient une relation fusionnelle avec son meilleur ami gay, JP, mettait encore les pieds dans le plat en mettant en scène un "moment d’égarement" où Clara et JP couchaient ensemble.


Aux États-Unis, ce genre de situations est aussi monnaie courante. Dans la version US de Skins, le personnage lesbien Tea, alors en couple avec sa camarade de classe Betty, finit par tomber dans les bras de son pote Tony. Dans la série Girls, c’est Elijah, l’ex et meilleur ami gay d’Hannah, qui couchera avec Marnie au début de la saison 2. Dans Dawson, une scène de trouble entre Jen et Jack aurait pu gâcher leur amitié alors que le jeune homme est clairement gay. Et la liste est longue. Il est dommage que des personnages présentés comme explicitement gays ou lesbiens doivent à chaque fois faire face à un moment de doute et qu’ils ne puissent pas vivre pleinement leur homosexualité.


Une communauté LGBTQ toujours plus réprimée sur le petit écran

 

 

La maladresse de Fanny Herrero et son équipe de scénaristes pose la question plus générale de la représentation de la communauté LGBTQ sur le petit écran. Si de plus en plus de séries mettent en avant des personnages lesbiens et gays (on est encore loin de voir beaucoup de personnages bi, trans et queer), la communauté LGBTQ fait encore et toujours partie des minorités maltraitées dans les séries. Déjà, il faut savoir que les personnages identifiés comme gays, lesbiens ou bisexuels ne représentaient que 4 % des personnages récurrents à la télévision américaine sur la saison 2015-2016, selon l’association GLAAD (Gay and Lesbien Alliance Against Defamation). En France, il est extrêmement rare de voir des personnages LGBTQ dans les séries télévisées, même si TF1 a fait un essai avec la série Louis(e), dont le personnage principal est transsexuel, mais la fiction n’a pas vraiment convaincu.


Déjà peu nombreux, ces personnages ne sont, de surcroît, pas vraiment bichonnés par leurs créateurs. Un autre trope sur les personnages lesbiens et gays très répandu dans les shows américains est celui du "Bury Your Gays" ("enterre tes gays"), dans lesquels s’engouffrent bon nombre de scénaristes. Il n’est pas rare de voir un personnage lesbien se faire tuer dans nos séries préférées : Tara dans Buffy contre les vampires, Lexa dans The 100, Denise dans The Walking Dead, Shay dans Chicago Fire, Naomi dans Skins… Et on peut continuer la liste encore longtemps. Plusieurs fois, l’association GLAAD est obligée de monter au créneau et de nombreux fans de séries font part de leur ras-le-bol sur les réseaux sociaux. Mais le chemin semble encore bien long.


Malheureusement, la série Dix pour cent a plongé la tête la première dans le trope de "la femme lesbienne qui finit par coucher avec un homme" alors qu’elle voulait éviter ce genre de clichés, et c’est bien dommage. Cette deuxième salve d’épisodes avait bien commencé, et malgré cette maladresse et des épisodes 3 et 4 plutôt mauvais, la fiction de France 2 reste une belle réussite pour une série made in France. Espérons qu’elle se rattrapera dans une potentielle saison 3.


Source : Konbini


En ligne le 16 mai 2017

Infos gay lesbienne LGBT, news gay lesbienne LGBT, actualité gay lesbienne, LGBT, culture gay lesbienne LGBT

Informations
Pour utiliser nos services, tu dois être membre de Gayvox et identifié.
Je suis déjà membre Mot de passe oublié ?
Pas encore membre
Je souhaite m'inscrire maintenant :

Rencontres express

Je cherche
Qui cherche
Résidant en

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies. En savoir plus OK