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Antilles: homophobie au sein du PS

An Nou Allé, le CRAN et le Comité IDAHO condamnent l'homophobie au sein du
PS et exhortent Ségolène Royal, en visite aux Antilles, à rétablir «l'ordre
juste» dans les fédérations locales du PS
"Ségolène, encore un effort contre l'homophobie !"




Paris, mercredi 24 janvier 2007
Communiqué de presse n°ANA2007/11

-=-=-

La situation devenait de plus en plus cocasse - ou navrante, c'est selon.
Raymond Occolier, délégué national du PS à l'éducation et à la mémoire,
conseiller régional de Martinique et maire du Vauclin, petite commune du sud
de l'île, avait été désigné récemment comme animateur de campagne de
Ségolène Royal en Martinique. Jusqu'ici, rien d'extraordinaire. Mais le même
M. Occolier, candidat aux législatives, faisait campagne contre le mariage
des couples de même sexe et promettait un référendum en Martinique contre
cette mesure, si par malheur (pour lui) Ségolène Royal était élue. Bref,
tout en militant pour Ségolène, Raymond faisait campagne contre Madame
Royal ! M. Occolier n'en était pas à son coup d'essai. Le 1er octobre
dernier, il l'avait affirmé : «Dans la Bible, Dieu dit que c'est une
abomination. Si un jour on instaure le mariage homosexuel, je préférerais
démissionner du poste de maire plutôt que de célébrer un mariage
homosexuel». Homme pieux et modéré, au style fleuri, socialiste exemplaire,
soucieux de laïcité, homme de lettres, citant volontiers le Lévitique (XX,
13, ce même verset où l'on condamne à mort les sodomites), tel était
l'animateur de campagne de Ségolène Royal en Martinique.

An Nou Allé, Association des NoirEs LGBT (lesbiennes, gais, bi & trans) et
de leurs amiEs en France, signala le cas dès le 2 octobre et rencontra
plusieurs secrétaires nationaux du Parti socialiste (et notamment Victorin
Lurel, député de la Guadeloupe). Au lieu de réagir, le PS engagea une vraie
course de lenteur. Lorsque, cerise sur le gâteau, Raymond fut nommé
animateur de campagne de Ségolène Royal, An Nou Allé envoya une lettre au PS
(le 15 janvier). Sous la pression, et de crainte que le ridicule n'éclate
aux yeux de tous, on s'avisa enfin d'annoncer (le 22 janvier) la démission
de M. Occolier - trois jours avant la visite de Madame Royal en Martinique.
L'anecdote est plaisante. On voit par là comment, indifférent pendant plus
d'un an à l'homophobie en Martinique, le Parti socialiste se mobilise à
l'arrivée de Madame Royal aux Antilles pour éviter que la presse nationale
ne fasse ses choux gras de la gaffe énorme qui consiste à nommer comme
animateur de la campagne du PS en Martinique un homophobe qui milite pour et
contre Madame Royal.

L'animateur de campagne était-il un cas isolé ? Pas vraiment ! Le 14
décembre 2005 déjà, An Nou Allé attirait l'attention du PS sur le cas de
Marlène Lanoix, première secrétaire fédérale du PS en Martinique, qui avait
écrit dans le quotidien France-Antilles que le Pacs était une «dérive de
société décadente». Sans sourciller, Madame Lanoix assimilait
l'homosexualité à «l'inceste» et appelait le peuple martiniquais «à
descendre dans la rue pour crier sa désapprobation au mariage homosexuel».
Or, ne voilà-t-il pas que Jules Otto, premier secrétaire fédéral du PS en
Guadeloupe, affirma lui aussi : «Nous sommes encore dans une société
judéo-chrétienne. Cela ne correspond pas à la tradition guadeloupéenne.»
Ragaillardie par ses propos, Marlène Lanoix déclara derechef, le 26
septembre dernier : «L'homme doit rester le compagnon de la femme. L'espèce
humaine pourrait disparaître, privée de sa capacité de reproduction.»

Ainsi, depuis décembre 2005, An Nou Allé alerta le PS des dérives homophobes
des responsables de ses fédérations antillaises. Depuis décembre 2005, le
Parti socialiste fit mine de s'émouvoir. M. Otto fut prié par le PS de
formuler des excuses publiques, mais sa lettre se perdit dans la nature, et
ne fut jamais retrouvée, hélas. La commission nationale des conflits fut
saisie de l'affaire Lanoix, mais la dame ne fut jamais traduite devant la
commission. Quant à M. Occolier, on l'éleva au rang d'animateur de campagne
avant de le déchoir de cette fonction pour éviter le scandale. Mais nulle
commission des conflits ne songea jamais à l'incriminer, et il demeure
toujours candidat socialiste aux élections législatives. Enfin, Victorin
Lurel, qui avait promis d'inviter An Nou Allé «avant la fin 2006» pour
dialoguer avec les sections guadeloupéennes du PS et les sensibiliser à la
question de l'homophobie, demeure à ce jour injoignable. Voilà comment on
gère l'homophobie aux Antilles, voilà comment on gère l'homophobie au PS.

Au-delà des responsables politiques politiquement irresponsables, demeure un
fait plus grave encore : les violences physiques. Ainsi, le 22 décembre
dernier, un militant de l'Amvie (Association Martinique Vivre Ensemble) qui
faisait de la prévention contre le sida fut accusé d'être un «makoumè»
(pédé, en créole), et attaqué au cutter, agression qui nécessita 21 points
de suture. Les insultes, les attaques, les agressions physiques se comptent
par dizaines. Mais, vivant dans la clandestinité, les victimes n'osent
porter plainte. Et quand elles le font, la police se montre odieuse à leur
égard. Les politiques justifient le statu quo par leurs propos honteux. Les
chanteurs populaires comme Admiral T, Krys et tant d'autres appellent à tuer
les pédés sur leurs rythmes endiablés. Bienvenue en Martinique, Madame
Royal.

Nous ne comprenons pas que la justice, la police et le ministère de
l'intérieur ne fassent rien en l'occurrence. Que le PS, dans l'Hexagone
comme aux Antilles, demeure inactif face à ce problème depuis plus d'un an
qu'il est sollicité. Que Marlène Lanoix, M. Otto et M. Occolier demeurent
dans l'impunité la plus totale. Que les promesses de M. Lurel demeurent sans
effet. Pourtant, Madame Royal a récemment affirmé que George Frêche devait
être sanctionné, selon elle, en raison de ses propos racistes. Pourquoi ne
prend-elle pas position publiquement contre l'homophobie aux Antilles ?
Est-ce à dire que l'homophobie serait moins grave que le racisme ? Est-ce à
dire que l'homophobie que l'on condamne à Paris est acceptable sous les
tropiques ? Si l'on veut faire régner «l'ordre juste», il faut aller
jusqu'au bout. Allons Ségolène, encore un effort contre l'homophobie !

-=-=-

Louis-Georges Tin

Président d'An Nou Allé !
CGL Antilles-Guyane & Outre-Mer |
Association des NoirEs LGBT & de leurs amiEs en France

Porte-Parole du CRAN
(Conseil représentatif des associations noires en France)

Président du Comité IDAHO
(International Day Against Homophobia)

president@annoualle.org
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